Sur 21 km, entre Aigle et Les Diablerets, l'ASD compte 250 ouvrages d'arts, tels que ponts de soutènements, viaducs et tunnels.

Aller simple pour les sommets alpins

Il en a vu, du pays, l’ASD 
(Aigle-Le Sépey–Les Diablerets), 
ce tortillard de montagne pas comme 
les autres, qui fête ses 100 ans en 2014. En voiture!

La nostalgie vous saisit aussitôt la porte franchie avec des banquettes en bois comme on n’en voit plus depuis des lustres. Les compartiments sont aussi beaucoup plus petits que ceux des trains circulant sur les grandes lignes helvétiques.
L’ASD (Aigle–Le Sépey–Les Diablerets) est un tortillard de montagne, qui fête son 100e anniversaire en 2014.

Il tremble un peu, comme si on le secouait, démarre lentement et traverse paisiblement Aigle (VD) – au milieu de la circulation, tel un tram – avant de passer et de repasser devant le somptueux château de la ville pour que l’on puisse en cerner tous les contours.
Puis, la locomotive-wagon prend de la hauteur, serpente entre les ceps de vigne qui se dorent au soleil d’un printemps décidément précoce, offrant, au fur et à mesure qu’elle grimpe, un panorama alpin éblouissant à ses passagers sous le charme. Elle roule aussi sur des viaducs à donner le vertige.
Une halte s’impose au bourg Vers-l’Eglise pour une visite de l’exposition 100 ans de l’ASD, qui relate notamment l’aspect social lié à ce train, au Musée des Ormonts (l’expo ouvrira le 4 juillet pour une durée de deux ans). Il côtoie une petite église aux murs inébranlables.

La balade ferroviaire, d’une quarantaine de minutes, s’achève au village de chalets typiques des Diablerets, adossé aux pentes enneigées.
Le trajet en voiture pour relier Aigle et Les Diablerets dure trente minutes seulement, mais le charme du parcours par le rail l’emporte largement en termes d’intérêt visuel.
C’est pourquoi les riverains de la ligne y tiennent comme à la prunelle de leurs yeux, «n’hésitant pas à prendre sur leur temps libre pour entretenir et fleurir les petites stations qui la bordent», indique Grégoire Montangero, responsable marketing et communication auprès des Transports Publics du Chablais (TPC).

Le conducteur de locomotive, Alain Morard, à l’heure du départ.

Cet engouement, cette passion, pour ne pas dire l’amour qui lie la population à son omnibus, s’est également traduit par un bras de fer entre l’ASD et les pouvoirs publics pour le maintien de l’exploitation de cette ligne de montagne. Largement déficitaire, elle fait cependant le bonheur des pendulaires en correspondance, des écoliers et des touristes. Un comité s’était à l’époque créé, récoltant 500 000 francs, pour sauver le tortillard. Et il aura fallu 40 millions d’investissement pour le remettre à neuf.

La dernière pierre à l’édifice de la modernisation sera apportée en 2015 avec l’installation d’un block de ligne destiné à empêcher les collisions.
Reste un projet, celui de déplacer la gare des Diablerets, terminus de l’ASD, de quelque 600 m, pour en faire un véritable nœud de trafic incluant les télécabines. «Sur 21 km, il y a 250 ouvrages d’art tels que ponts de soutènement, viaducs et tunnels qu’il faut régulièrement entretenir sous peine qu’ils ne deviennent dangereux. Et ça coûte forcément beaucoup d’argent, souligne Grégoire Montangero. C’est tout le problème des trains de montagne en Suisse: il est extrêmement difficile de les rentabiliser. A titre d’exemple, une ligne ferroviaire australienne de 4000 km ne compte, elle, aucun ouvrage d’art…»

Paysage grandiose avec les ceps de vigne, le château d’Aigle et les monts enneigés. 

Dès 1914, année de sa naissance, le train Aigle–Le Sépey–Les Diablerets s’est distingué par son anticonformisme, lui qui fut le dernier à rejoindre le concert des convois alpins dans notre pays.
Alors que nous avons quitté Aigle par un temps quasi estival qui donnait presque envie de se baigner, nous arrivons aux Diablerets, au pied des pistes recouvertes d’un blanc manteau avec une idée fixe: chausser nos skis. En quarante minutes, l’ASD nous a donné l’occasion d’admirer des paysages aux antipodes les uns des autres. Mais tous irrésistibles.

Le Chablais-Scope, sorte de musée animé à la Tinguely, dans deux wagons des TPC.

100e anniversaire: les grands moyens

Chablais-Scope. L’intérieur de deux wagons des Transports Publics du Chablais (TPC) a été transformé en une sorte de musée animé à la Tinguely par l’artiste montreusien Pascal Bettex pour le 100e anniversaire du train ASD. Le Chablais-Scope sera présenté à la Foire du Valais, à Martigny, dès le 3 octobre prochain, dont les TPC vont être l’hôte d’honneur. L’objectif est ensuite que la double voiture s’en aille dans diverses expositions à l’étranger faire la promotion de sa région d’origine.

La BD «roulante» de Derib. Derib, le dessinateur de Yakari, a aussi mis son talent à disposition des TPC. Il a en effet créé une décoration extérieure (les animaux de la Vallée des Ormonts) sur deux wagons, leur conférant un caractère pour le moins original. Ils seront inaugurés le 5 juillet prochain à Aigle, jour du 100e anniversaire de l’ASD. A cette occasion, Derib, qui habite la région, dédicacera son dernier album, «L’aventure d’un crayon», qui retrace ses 50 ans de carrière.

Mémoire. Un livre et un film vont être réalisés sur le centenaire de l’ASD. Une telle histoire mérite bien une trace écrite et visuelle.

Hébergement. Au terminus du train, dans la station des Diablerets, l’hôtel Eurotel constitue un endroit fort agréable pour se reposer. Cet établissement au cadre et aux chambres boisés, vous fera vous sentir comme à la maison.

www.tpc.ch

www.alpes.ch

www.goalpes.ch

Didier Walzer

Rédacteur

Photo:
Charly Rappo/Arkive.ch
Publication:
lundi 24.03.2014, 10:00 heure

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