Amélie Reymond, 100 victoires en Coupe du monde et 30 globes de cristal, ici à l’œuvre. Elle est aussi détentrice d’un master de l’EPFZ.

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Rencontre Amélie Reymond est la plus titrée des skieuses suisses. La championne de télémark nous parle des pentes, de sa famille, de son master, des choix de sa vie.

Amélie Reymond, vous repartez pour un hiver en équipe suisse de télémark. Avec votre palmarès, que vous reste-t-il à prouver?
Oh je n’ai rien à prouver! Je le fais parce que j’ai encore énormément de plaisir et que j’aime ce sport. Et pourquoi arrêter quand tout va si bien? On peut aussi se poser la question dans ce sens. (Rires)
Je sens par ailleurs que je peux encore progresser. Même si je gagne une course, je sais que je peux encore aller plus loin au niveau de la ligne, de la vitesse.
C’est un sport qui se joue à l’extérieur. Les conditions changent constamment donc il y a toujours du challenge. Si je stagnais depuis plusieurs années, j’aurais déjà arrêté.

Remporter toutes les courses de l’hiver, c’est votre prochain objectif?
Réaliser le Grand Chelem pourrait, en effet, être un objectif, mais ce n’est vraiment pas une obsession. Je vais prendre les courses les unes après les autres.
Pour le moment, je suis contente d’avoir pu laisser mon empreinte dans le télémark. Je n’avance pas aux résultats ni aux statistiques. Je laisse ça aux journalistes. (Rires)

Les mauvaises langues disent qu’il n’y a pas de concurrence dans cette discipline?
Je les invite à venir essayer! (Rires) Ça fait plus de dix ans que je suis sur le circuit et par la régularité de mes classements, j’ai montré que j’avais ma place devant. Mais encore une fois, les portes sont ouvertes…

Vous êtes la skieuse la plus titrée des sports régis par la FIS. Pourtant vous ne bénéficiez pas de la même notoriété qu’une Lara Gut ou Lindsey Vonn. Une frustration?
En Suisse, il y a quelques sports très visibles et dans lesquels les athlètes gagnent beaucoup et ont une grande notoriété. Mais il y a également plein de disciplines qui avancent dans l’anonymat, comme le télémark. Je n’ai pas choisi un sport pour être connue. Après je suis ravie que mes 100 victoires aient attiré l’attention sur le télémark, c’est ce qui m’importe.

«

Mon carburant? Le plaisir, clairement. Dès qu’on fait les choses par contrainte…»

Vous avez débuté le télémark à 17 ans. Qu’est-ce qui vous a pris alors que tous les jeunes s’essayaient au snowboard?
Je skiais beaucoup à Thyon et dans la station, j’ai toujours vu des personnes en faire. Un jour après mon entraînement de ski alpin, j’ai demandé à mon coach, qui faisait aussi du télémark, si je pouvais lui emprunter son matériel. Tout de suite, j’ai adoré ce jeu d’équilibre. J’ai ensuite vu la diversité des catégories en compétition. Le géant, le saut, le skating, tout ça demande des capacités physiques très variées. Cette idée de pouvoir réapprendre une discipline depuis le début m’a plu. Et j’ai eu de la chance de pouvoir partager cette nouvelle passion avec Françoise Matter, à ce moment-là championne du monde.

Vous considérez-vous comme individualiste?
De par ma discipline, je suis plutôt individualiste car je ne peux compter que sur moi pour faire une bonne course. Mais derrière, l’équipe est très importante.
À haut niveau, nous n’avons pas réellement le choix de l’être, dans le sens où il faut se fixer des priorités et s’y tenir. Quand je suis en entraînement, je loupe des dîners de famille et c’est comme ça.

Si vous pouviez avoir plus de temps, vous l’utiliseriez pour…
Faire du sport, j’aime vraiment ça. Grâce au télémark, j’ai un entraînement physique très varié qui me permet l’été de faire du vélo, de la marche et de l’alpinisme.
Heureusement, mon cercle d’amis est composé de sportifs qui peuvent m’accompagner. Sincèrement, je n’ai pas le sentiment de faire de gros sacrifices.

Vous avez commencé le ski très jeune en famille. Aujourd’hui partagez-vous encore des moments sur les pistes avec vos proches?
L’an dernier, nous avons fait une journée de ski en famille avec mes trois frères et sœurs et ma maman. Mais c’est plutôt rare! J’ai l’avantage d’avoir mes proches dans un cercle restreint autour de Sion. Je profite donc de les voir durant la semaine par petites touches entre le travail et l’entraînement. Et avec mon copain, nous nous réservons à l’avance le ou les week-end(s) de libre qu’il me reste pendant l’hiver…

Amélie Reymond à Sion, lors de sa rencontre avec «Coopération».

 

En parallèle à votre carrière sportive, vous avez mené des études à l’EPFZ en sciences du mouvement. Maintenant, vous travaillez à l’État du Valais à 80%. Un autre exercice d’équilibriste!
Pour moi, c’était logique de ne pas faire uniquement du télémark. J’ai donc poursuivi mes études à Zurich et j’ai eu de la chance que les examens se fassent en fin d’été.
Aujourd’hui, travailler dans le Service de la santé du Valais m’ouvre l’esprit. Cela me permet de voir qu’il n’y a pas que le ski dans la vie.

Et de relativiser vos victoires…
Oui, bon... (rires) Je dirais que je suis plus ancrée dans la réalité et au niveau financier, je me dois d’avoir une activité lucrative. L’hiver, je pourrais éventuellement vivre du télémark, mais il me faudrait un travail saisonnier l’été. Finalement, cet équilibre me convient. Un jour est composé de 24 heures. J’en dors huit. Il reste tout de même seize heures à occuper!

Une peur du vide?
Disons que j’ai effectivement de la peine à ne rien faire.

Une semaine sur une île déserte, ça serait un supplice?
J’irais me promener et découvrir le coin! Je n’ai jamais été habituée au farniente. Aussi loin que je me souvienne, les vacances avec ma famille étaient plutôt actives. Nous partions en camping-car faire beaucoup de visites.

Quelle éducation avez-vous reçue?
On nous a appris à ne pas lâcher. Quand on prend un engagement, on le tient et sans s’arrêter à la première difficulté. Je me souviens qu’à l’âge de 5 ans, j’ai voulu suivre ma grand-maman ainsi que mon grand frère à la cabane Rambert (ndlr: en dessus d’Ovronnaz en Valais).
Elle m’avait prévenue que ça serait long et difficile pour moi. Mais j’ai voulu y aller. Après vingt minutes, j’en avais déjà marre. (Rires) Mais j’y suis arrivée!

Votre carburant?
Le plaisir clairement. Dès qu’on fait les choses par contrainte, ça se complique…

Et à table?
J’aime manger à la maison car je sais de quoi je me nourris. Je ne suis pas de régime spécifique. J’ai de la chance avec le télémark de ne pas être catégorisée en fonction de mon poids. Je recherche donc l’équilibre dans ce que je cuisine. En revenant d’une course, j’aime par exemple  me faire de bons röstis avec un œuf au plat.

Votre péché mignon?
Le chocolat, mais je ne le considère pas comme un péché ou un interdit. Je ne bois pas de café, donc un petit carré de chocolat en voiture ou en course, ça me redonne du pep.

Jusqu’à quand vous voyez-vous monopoliser les podiums?
Cette année, les finales de la Coupe du monde sont à Thyon et les Championnats du monde à La Plagne en France. Ça pourrait être des endroits adéquats pour arrêter… Mais j’annoncerai mon retrait quand je serai prête et décidée à le communiquer.

Amélie, l’art de l’équilibre

Elle est née à Bâle en 1987, mais Amélie Reymond et sa famille s’installent rapidement à Sion. Elle découvre les sports de neige très tôt et, à 13 ans, s’engage dans les compétitions de ski alpin. À 17 ans, elle s’essaie au télémark, qu’elle ne lâchera plus. Depuis 2007, elle enchaîne les victoires en Coupe du monde en parallèle à ses études à l’EPFZ et aujourd’hui d’un emploi à l’État du Valais. L’hiver dernier, elle a franchi la barre des 100 victoires et des 30 globes de cristal. Ce qui fait d’elle l’athlète la plus titrée des sports de la FIS.

www.ameliereymond.ch

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Sophie Dorsaz

Rédactrice

Photo:
Stefan Bögli, Sedrik Nemeth
Publication:
lundi 28.11.2016, 13:20 heure



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