Andreas Steindl proche de la station du Gifthittli. Derrière lui la Dent-Blanche (à g.) et l’Obergabelhorn (à dr.).

Andreas Steind: la montagne, une histoire de famille

Au sommet Andreas Steindl est membre de l’équipe suisse de ski-alpinisme, recordman et guide de montagne. Au pied du Cervin, rencontre du Zermattois de 26 ans.

Andreas Steindl a gravi 5 sommets des Alpes à 4000m en 7h45

Nous vous rencontrons à Zermatt, chez vous. C’est ici que vous avez attrapé le virus de la montagne?
Oui je l’ai attrapé très jeune. À 5 ans, je suis allé au Riffelhorn avec mon père qui est aussi guide. Ensuite, j’ai fait de la grimpe, puis du ski alpin, de la cascade de glace jusqu’en Coupe du monde et maintenant je cours dans l’équipe suisse de ski-alpinisme. Zermatt et ses montagnes sont depuis toujours mon terrain de jeu. Chaque matin en me levant, je regarde le Cervin. C’est mon repère.

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Depuis toujours, ces montagnes sont mon terrain de jeu »

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Une passion pour la montagne qui vous a poussé à devenir guide à 22 ans…
Oui, c’était déjà un rêve d’enfant. Je voyais mon père partir en montagne et revenir avec de magnifiques photos. À l’école, je me déguisais en guide pour carnaval. Je me dessinais une moustache et une barbe, j’enfilais un costume et me parais d’un piolet et d’une corde. Quand j’ai fait le Cervin pour la première fois à 14 ans avec mes parents, je me suis dit que je ne serais jamais guide, c’était trop dur! J’ai tout de même commencé le cours de guide à 19 ans, après mon
apprentissage de charpentier.

L’alpinisme, c’est une histoire de famille…
Mes parents adorent tous les deux les activités en montagne. Et depuis que nous sommes tout petits, ils nous ont habitués à des occupations extérieures, que ce soit de la marche ou de la luge. Souvent le dimanche, nous partions nous promener avec ma maman, quand mon père était occupé à guider. Aujourd’hui, une de mes sœurs est aussi très active dans le milieu de la montagne, notamment à ski et en escalade.

Comment gérez-vous si jeune toutes les responsabilités que demande ce métier?
J’ai emmené mes premiers clients à l’âge de 20 ans en tant qu’aspirant-guide. Le plus dur pour moi a été d’apprendre à faire respecter mes décisions. Quand on est face à des hommes de 40 ou 50 ans, PDG de grandes entreprises, et qu’il faut faire demi-tour car les conditions ne sont plus optimales, il faut savoir être strict.

Le Cervin est sa montagne, gravie plus de 70 fois

Vous évoluez tantôt au pas du guide, tantôt au rythme des compétitions de ski-alpinisme. N’est-ce pas contradictoire comme approche de la montagne?
Ce sont deux approches très différentes effectivement. En tant que guide, je veille à la sécurité de mes clients, pour qu’ils passent une bonne journée en montagne. Quand je m’entraîne ou que je fais des courses, j’essaie de me dépasser. J’ai besoin de cet équilibre. D’un côté, je transmets ma passion et partage avec mes clients des émotions très intenses en montagne. Cela crée des liens forts. Et de l’autre côté, je repousse mes limites et tente de réaliser mes rêves. Sans cela, la vie me semblerait inintéressante! (Rires)

Quelles sont vos ambitions pour la saison de ski alpinisme au sein de l'équipe suisse?
La Patrouille des Glaciers. J'aimerais être sélectionné pour courir dans la cordée élite de l'équipe suisse avec Martin Anthamatten, un de mes meilleurs amis détenteur du record en 2010. C'est d'ailleurs en le voyant en course cette année là que j'ai voulu commencer les compétitions.

Entraînement sur le Cervin

L'été dernier, vous avez réalisé un record en gravissant cinq 4000 en 7h45 entre Zermatt et Saas-fee. Qu'aviez-vous à prouver?
Avant de penser en terme de record, je réfléchis à une ligne logique, esthétique et intéressante à parcourir. Mais c'est vrai que j'ai aussi envie de me mesurer aux autres alpinistes car j'ai le sens de la compétition.

Qu’est-ce que ça vous apporte de parcourir des arêtes et des glaciers, seul, au pas de course?
J’aime le côté méditatif de ces courses. C’est vraiment moi et la montagne, le reste n’a plus d’importance. C’est un sentiment très intense, la concentration est au maximum. Pour ces ascensions en solo, il faut avoir beaucoup de compétences et pas seulement être un bon grimpeur ou un bon alpiniste. Il faut un mental solide et un feeling avec le terrain. Tous les sports que j’ai pratiqués plus jeune m’ont formé dans ce sens. Je ne prends pas de risques considérables car je suis aussi à l’aise dans ces terrains que d’autres sur des sentiers. Et à ceux qui me prennent pour un fou, je réponds que j’aime ma vie et que j’en profite intensément au plus près de mes rêves.

Le porte-bonheur Bob l’éponge, reçu avant les Championnats du monde de 2013

Que pensent vos parents de vos activités d’alpiniste?
Nous en parlons très peu. Je pense qu’ils sont fiers de moi. Mais d’un autre côté, je sais que ma mère appréhende mes excursions. Dans la famille, nous avons déjà vécu des deuils liés à la montagne. Aussi, pour avoir fait de nombreuses courses, elle connaît cet univers et sait ce qu’il peut s’y passer. Elle fait cependant confiance en mon jugement et mon sérieux.

Vous arrive-t-il de faire des courses en famille?
Il nous arrive de nous retrouver sur les skis, mais c'est plutôt rare. Nous sommes tous très actifs, notamment dans le milieu du tourisme, c'est donc difficile de réunir tout le monde.

Ueli Steck et Kilian Jornet sont les grands noms de l'alpinisme de vitesse. Des modèles pour vous?
Oui, Ueli Steck était un idole pour moi quand j'ai commencé l'alpinisme. Maintenant, en pratiquant aussi des ascensions rapides seul, je me rends compte que ce qu'il fait est réalisable. Il est humain. J'ai eu la chance de participer à son projet des relier tous les 4000 des Alpes et de me rendre compte qu'on partage la même mentalité en montagne. Quant à Kilian Jornet, je le connais surtout par les compétitions. Nous n'avons pas de projet commun prévu mais qui sait...

Qu’emportez-vous dans votre sac en montagne?

Pas grand-chose! Une paire de crampons, un piolet, une veste et quelques barres de céréales ou un sandwich.

La veille d’une excursion, que mangez-vous?
Rien de spécial, je n’ai pas de régime particulier. Par contre, j’adore cuisiner. J’ai vécu avec un ami cuisinier et c’était le premier métier de mon père, alors j’ai appris quelques trucs. Ma spécialité: un risotto aux cèpes accompagné d’un filet d’agneau en croûte.

Si vous n’êtes pas en altitude, vous êtes…
(Silence) Mais j’y suis tout le temps! Non, j’ai tout de même passé une semaine au bord de la mer l’année passée (rires). Mais c’est vrai que même mes jours de repos, je les passe au cœur des montagnes avec mon parapente.

Quel est votre voeux le plus cher pour 2016?
Rester en bonne santé, continuer de m'entraîner et d'aller en montagne. J'ai un ou deux projets personnels plus spécifiques en tête mais je ne préfère pas en dire plus. D'abord je le réalise, ensuite j'en parle. C'est ma devise. (Rires)

Et dans 10 ans, où vous imaginez-vous?
Je pense que je serai toujours au coeur des montagnes de Zermatt. J'espère que je pourrai encore travailler comme guide et faire des compétitions. Dans l'intervalle, j'aimerai voyager en Himalaya ou en Alaska.

4 dates dans la vie du skieur et de l’alpiniste

1989 Le futur guide de montagne naît à Zermatt le 8 avril. Il a deux sœurs.
2003 Le 28 juin, le futur recordman (2 h 57 en 2011) gravit pour la première fois le Cervin, avec ses parents.
2011 Obtient son diplôme de guide de montagne. En 2013 gagne les Championnats du monde de ski-alpinisme.
2015 Il réalise un nouveau temps record, le 7 août, en ralliant 5 sommets de 4000 mètres en 7 h 45.

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Sophie Dorsaz

Rédactrice

Photo:
tandenmatten@swissonline.ch
Publication:
lundi 18.01.2016, 13:57 heure



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