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Jacques Wullschleger
écrit le 06.09.2016 dans Sports de cible


Annik Marguet, championne de tir

«Enfant, j’étais nulle en sport», dit Annik Marguet, rencontrée à Villars-sur-Glâne, dans un  café-restaurant, qui s’appelle «Le Refuge». «J’étais un peu en surpoids, incapable de maîtriser cette activité et de me montrer à la hauteur de mes camarades comme cela m’était imposé.» Comme pour   défier ou conjurer cette loi de la nature, elle a développé la culture de la gagne, de la compétition.  Cela étant, quelque chose nous dit qu’elle avait déjà ça en elle, atouts révélateurs de sa déjà forte personnalité affirmée de manière précoce, cultures multiples n’attendant plus que le moment de s’exprimer. «La géo, l’histoire et les maths, j’aimais bien. Mais pas le sport.» 

Elle est étonnante, Annik Marguet : frêle et forte à la fois, sensible mais qui en a une dans son viseur, point de mire de son sport, déterminée dans la gagne mais à hautement l’écoute de son corps, de ses sensations.

- Comment vous est venue l’idée de pratiquer le tir ?

"Mon grand-père, mes parents, tous pratiquent ce sport. Dans mon village, on allait au stand régulièrement. A 5-6 ans, j’étais déjà cybar. J’ai déchiffré des palettes de différents couleurs,       avant les lettres. Dès 14 ans je suis allée aux cibleries. J’avais ce sport dans les gênes. D’ailleurs, ajoute-t-elle le regard brillant, je n’attendais plus que le moment d’avoir 15 ans pour suivre les    cours jeunesses, à 300 m. Puis, j’ai passé au tir à 10 m, enfin au tir à 50 m."

- Quelle est la réaction des personnes ne vous connaissant pas quand vous leur dites que vous pratiquez le tir ?

"Il y a de l’intéressement ou de la moquerie."

- Pourquoi le tir est-il un sport peu ou alors pas du tout médiatique ?

"Pour deux raisons : parce que le tir est associé à l’armée, qui n’a pas toujours la cote. La Fédération est liée à l’armée. Le tir est un des sports entraînés et soutenus à l’école de recrues sportive à Macolin. C’est une nouvelle liaison qui s’est créée."

- Et l’autre raison ?

"Le tir est un sport d’adresse. Or, pour la grande majorité des gens, le sport, c’est faire un effort, transpirer. Au tir, l’effort est à l’intérieur. Il y a la gestion des émotions, on doit tout stabiliser et gérer les pulsations. La bataille est interne."

- Le tireur est-il un athlète ?

"Oui, on est des athlètes, quelle que soit notre morphologie. Prenez Madame Heidi Diethelm Gerber, qui a terminé 3e aux JO de Rio, au tir rapide à 25 m. C’est une dame qui a une certaine prestance. Ce qu’elle a réalisé est formidable. Je dirais même extraordinaire. On doit travailler le dos, les abdos, les jambes et notre cardio. La musculature doit être fine et endurante."

- Quelles sont les autres qualités qu’il faut posséder pour pratiquer le tir, quelle que soit l’arme sportive ?

"Le mental s’entraîne ; en ce qui me concerne, étant très intuitive, je l’ai construit. Il faut aussi cultiver la persévérance, rester calme face aux éléments qui peuvent fâcher ; et avoir une forte maîtrise de soi. Cette maîtrise, elle doit être là dès le départ."

- Vous avez parlé d’éléments…

"…Ce sont des paramètres naturels, face auxquels on ne peut rien faire, qu’il faut accepter : le chaud, le froid, l’ombre, le vent, la pluie. Ils peuvent perturber, quand on est jeune, mais avec l’expérience, on arrive à les contourner."

- A un moment donné de votre carrière, avez-vous fait appel à un préparateur mental ?

"Oui, de 2008 à 2012. Ce préparateur travaillait pour Swiss Olympic. Il était à disposition, les frais étaient payés par la Fédération."

- Faut-il avoir une vue parfaite pour faire du tir ?

"Non, pas forcément, parce qu’on a des lunettes de correction. J’en ai, qui sont nécessaires si on     est myope ou astigmate."

- S’enrichit-on en pratiquant le tir ?

(Elle sourit) – Non, on s’appauvrit, mais j’ai eu la chance, durant toute ma carrière, de pouvoir compter sur un comité de soutien dont la mission était de chercher des sous. Beaucoup de gens      m’ont aidé - sponsors, donateurs privés -. Ce comité de soutien a énormément travaillé. Il a été extraordinaire, parvenant à recueillir jusqu’à frs 30'000.- par année. Grâce à lui, j’ai eu un gros souci en moins, j’ai pu me consacrer uniquement à mon sport."

- Le tir n’est-il pas un sport macho, un sport d’hommes ?

"Oh oui ! Les femmes sont arrivées dans le tir international, dans les années 60-70. La raison ? Simple et belle. En 1970, une dame est devenue championne du monde à la carabine, 50 m. Du coup, l’année qui a suivi, il y a eu deux disciplines, celle des hommes et celle des dames.

Annik Marguet et l'équipement

Le tir, quand il devient sport de performance, coûte cher, mais comme dans tout, il existe des différences de prix et c’est aussi valable dans les armes sportives, en fonction des calibres.

Annik Marguet a acheté deux carabines, durant sa carrière, qui a duré de 2005 à 2016. «Deux carabines, le top du top ; la première m’a accompagnée de 2001 à 2007.» Le prix d’une ? 8'000 francs. «Vu le coût, on la bichonne, on en prend soin, on la protège.» Ce modèle-là, c’est, en quelque sorte, le  Stradivarius du tireur.

La munition a un prix, qui varie aussi. «On bénéficie d’un rabais en fonction du nombre de boîtes achetées et d’un autre si on fait partie de l’équipe nationale.» La Suisse est le pays qui achète le plus   de boîtes pour les populaires. Le fournisseur est anglais.

L’équipement - chaussures, paire de pantalons, veste et gants - est fortement conseillé. «Les trois positions (couché, à genou, debout) ont besoin d’être consolidées, cela amène de la stabilité. Il faut protéger le dos quand on est debout. Le coût ? Environ 1500 euros, tous les deux ans. Il y a une perte de rigidité, touchant surtout la veste. D’où cet investissement nécessaire car protecteur.»

Annik Marguet et son actualité

De profession, Annik Marguet est laborantine en chimie, dans la recherche, mais depuis qu’elle       est maman - 2013 -, elle ne pratique plus. «J’ai travaillé dans des entreprises privées, et pour la Confédération, dans les cantons de Genève, Fribourg et Neuchâtel.»

Elle mettra fin à sa carrière internationale, bientôt. «Par une lettre envoyée à la Fédération, j’ai annoncé mon retrait pour le 30 septembre 2016», annonce Annik Marguet . «Mais je vais faire encore quelques championnats de Suisse, individuellement, en groupes ou par équipes.» Pour la petite histoire, elle pratique le tir à 50 m à la Société de Fribourg-Ville et le tir à 10 m à Avry-sur-Matran.

Dès le 1er octobre prochain, Annik Marguet dispensera son savoir et son talent au Centre national d’entraînement, qui va s’ouvrir à Macolin. «Je m’occuperai des athlètes régionaux.» Elle se rendra seulement à Lucerne - ville où se trouve le siège de la Fédération, la 2e plus grosse du pays - pour participer à des séances. «J’ai besoin de challenge, de défi. Il faut s’éclater, faire des choses dont on a envie.»

Son emploi du temps ? 50%, un pourcentage de base appelé, comme partout ailleurs, à déborder. (30% pour le sport d’élite et 20% consacré à la relève).  

En Suisse, il y a 4 Centres nationaux. Un 5e est prévu à Lausanne. En 2017 ?

Annik Marguet et le tir à l'arc ?

La conversation dévie sur le tir à l’arc, qui est un autre sport d’adresse. «Quand j’ai suivi les cours d’entraîneurs, il y avait beaucoup d’archers. Le tir à l’arc ? C’est intéressant. J’ai envie d’essayer.» Annik Marguet, qui connait la musique, met un bémol sur la portée de son discours. «Oui j’ai envie d’essayer mais la première fois que j’ai eu une passion pour un sport, ça a duré 25 ans.» Elle sourit, contente, surtout fière de cette longévité.

Alors, elle fait très attention, Annik Marguet, compétitrice dans l’âme, qui n’aime pas perdre dans le domaine sportif «ça m’est insupportable» mais qui accepte la défaite aux cartes «Là, je m’en fiche. Ça ne m’atteint pas. On est dans un autre domaine.»

Elle donne un exemple. «Avec mon mari, on a commencé l’escalade. Il arrive plus vite que moi en haut et ça m’énerve.» Si Annik Marguet ne montre plus ce courroux sportif - du moins, elle essaye -, «je garde ça à l’intérieur, aujourd’hui, je ne le montre presque plus», ose-t-elle. Mais son mari, lui, sait que ça l’agace.Comme ils s’aiment, les deux s’en amusent.

Palmarès

Annik Marguet est née le 30 juin 1981 à Ponthaux.

Championne de tir à la carabine.

A participé à 2 JO.

En 2008 à Pékin : 25e à 50 m, 3 positions, 33e à 10 m air comprimé.

En 2012 à Londres : 40e à 50 m, 3 positions, 38e à 10 m air comprimé.

En 2011, aux Championnats d’Europe : à 10 m, 25e en individuel et 4e avec l’équipe. Elle est 8e en individuel et 16e par équipe, 3 positions, 50 m. Et 9e individuel et 8e par équipe, au match couché,    50 m.

En 2007, aux Championnats d’Europe : aux 3 positions (debout, genou, couché), 12e en individuel et 3e en équipe.

Championnats du monde 2010 à Munich : 3e à 50 m, 3 positions. 16e en individuel. Et 1ère par équipe (MEDAILLE D’OR) au match couché 50 m.

En 2010, étape Coupe du monde à Fort Benning (Etats-Unis) : 12e à 10 m et 4e, 3 positions, à 50 m.

En 2006, présente en Bundesliga, renfort étranger dans l’équipe de Germania Prittibach.

A participé à une trentaine d’épreuves de Coupe du monde. Et à trois Mondiaux (ils se déroulent tous les 4 ans).

Nombreux autres podiums en Suisse et à l’étranger.  

En 2009, a été lauréate du Mérite sportif fribourgeois.

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Jacques Wullschleger

 

Un fou de sport. Et le mot est faible. Jacques Wullschleger (62 ans) a consacré sa carrière au journalisme sportif, d’abord pour la «Feuille d’avis de Lausanne» (devenue «24 heures»)dès 1972, puis au «Matin» dès 1984. Son palmarès parle pour lui: plusieurs Coupes du monde de football, des Tours de Romandie et d’innombrables championnats de hockey, tennis, natation, patinage artistique… Au final, des milliers d’articles, mais aussi des événements et des rencontres qui ont marqué l’homme.

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