À Vevey, quai Perdonnet, devant le Café littéraire, novembre 2015.

Antoine Jaquier: «Je suis ravi d’être aujourd’hui»

Rencontre Antoine Jaquier est animateur socioculturel. Et il est ce romancier qui scrute les désarrois et les violences des êtres. De quel monde rêve-t-il?

Ce matin, comment allez-vous?
Très bien, par cette belle journée de novembre. Je me réveille tôt et j’ai toujours plaisir à me lever pour démarrer ma journée.

Vous êtes donc un être du matin.
Oui, vraiment l’inverse de Bukowski! (Rires) Je suis un couche-tôt-lève-tôt.

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Il vous arrive d’écrire donc très tôt?
Non. Mais les week-ends sont entièrement consacrés à l’écriture. Je me fais des sessions de six heures le samedi, six heures le dimanche, avec une relecture le lundi matin.

Les ravages de la drogue dans votre premier livre, les violences insondables d’un meurtrier sadique dans votre deuxième roman… La réalité est si noire?
Pour certaines personnes oui, évidemment, et je pense même que la majorité de l’humanité vit dans une souffrance dont on n’imagine pas la profondeur en tant que privilégié et chanceux de vivre en Suisse. Mais même ici la souffrance est très présente, que ce soit au travers d’un proche qui souffre d’une dépendance, d’un sadique qui tout d’un coup fait exploser votre vie et votre quotidien. La puissance d’un seul être malveillant, cette capacité à faire souffrir un nombre considérable de personnes impuissantes autour de lui… Par chance la réalité n’est pas toujours si noire, mais la noirceur fait partie de la vie à certains moments et certaines cicatrices ne se referment pas.

«

Par chance, la réalité n’est pas toujours si noire »

De quel monde rêvez-vous?
Je pense que j’ai des valeurs assez hippies où je rêve à une fraternité et à une bienveillance qui seraient possibles les uns envers les autres. Par contre, je n’aime pas beaucoup les hippies qui mettent en avant des valeurs et ne les respectent pas eux-mêmes. Dans mon premier livre, je les insulte un peu, parce que je trouvais que les valeurs étaient belles, mais hélas, la nature humaine a fait qu’elles n’étaient pas réalisables. J’ai l’impression qu’on vit cela au niveau mondial où chacun aspire à cette fraternité, entre les peuples, entre les hommes, mais que notre nature fait que l’égoïsme et la peur de perdre ce qu’on a nous empêchent de trouver l’harmonie.

C’est-à-dire?
Je rêve d’un monde harmonieux où chacun pourrait laisser éclater ses meilleurs côtés. Lorsqu’on parle individuellement aux gens, on a l’impression que chacun en a envie, que les être maléfiques sont très rares et que la majorité aspire à la beauté, à la bonté, à la bienveillance. Mais pour une raison particulière, ça ne marche pas. La noirceur est présente et l’impuissance est révoltante.

Vous qui avez une première formation de dessinateur en horlogerie, comment vous êtes-vous mis à écrire?
Il y a eu un livre de Philippe Djian, Bleu comme l’enfer. Avant je lisais des choses plus classiques et quand j’ai découvert Philippe Djian qui, lui, ramenait le style américain en France, je me suis dit que ça pouvait être aussi de petites histoires écrites sans le poids de Proust et de Céline, autrement dit, en gros, sans avoir toute cette connaissance de la littérature.
Je sentais en moi cet élan, j’écrivais de petites choses, pensais faire deux lignes et faisais une page. Et le livre de Djian a été un déclic. À la vingtaine, j’ai écrit pour mon plaisir une dizaine de nouvelles. Jusqu’au moment où j’ai lu le premier livre de Beigbeder par exemple (là on est vraiment dans la littérature exaltée, dans la notion de plaisir de l’écriture sans gêne, sans le poids des grands auteurs), ce qui m’a permis d’affirmer à des amis que j’étais capable d’écrire un roman. Et ces amis m’en ont lancé le pari…

Vos amis, qu’est-ce que vous leur mitonnez? Vous aimez cuisiner?
Oui, je cuisine, j’aime faire de bons repas, mais que pourrais-je vous dire…

Le moleskine et le stylo offerts par sa compagne

Ce que vous faites le mieux?
Je pense que c’est les spaghettis bolognaise (rires). Ils sont exceptionnels! Mais ce n’est pas un grand repas…

En automne 2025, comment vous imaginez-vous?
Je fais un peu un constat de bonheur, aujourd’hui et mes aspirations ne sont pas phénoménales pour les dix ans à venir. Je n’ai pas le rêve de ne plus être travailleur social pour être seulement écrivain. La solitude de l’écrivain me pèserait. J’aime les gens, travailler avec eux, les accompagner dans mon statut de travailleur social, dans la prévention que je fais, par exemple au travers de pratiques artistiques. C’est un peu difficile de répondre à cette question, parce que je suis ravi de ce que j’ai aujourd’hui. Heureux en couple avec ma compagne, de vivre où je suis… En écriture? J’espère que dans dix ans j’aurai sorti deux livres, à chaque fois un peu meilleurs…

La montre que lui a léguée son oncle

4 dates dans la vie du romancier

1970 Naît à Nyon. Il devient dessinateur en horlogerie, puis ani-mateur socioculturel.

1999 Décès de sa sœur. C’est durant cette année qu’il perd aussi son père et se met vraiment à écrire.

2013 Parution de son premier roman, «Ils sont tous morts» (Prix Rod). Près de 4000 livres vendus.

2015 Son deuxième roman, «Avec les chiens» (Éditions L’Âge d’Homme). Bourse à l’écriture de l’État de Vaud.

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Jean-Dominique Humbert

Rédacteur en chef adjoint

Photo:
Darrin Vanselow
Publication:
lundi 23.11.2015, 15:40 heure



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