Jusqu’à 4-5 ans, l’enfant doit comprendre et apprivoiser ses émotions.

Au secours, mon enfant a peur du noir!

Il ne veut pas dormir, il a peur du loup. Cette phase s’avère tout à fait normale. Nos conseils pour réagir, l’accompagner. Et retrouver le sommeil.

«Je ne peux pas dormir, il y a un ogre caché sous mon lit.» Quel parent n’a pas entendu ce refrain parfois exaspérant? Pourtant ces peurs, du noir, du loup et des monstres, sont naturelles et font partie du développement normal de l’enfant. Comme la psychologue Béatrice Copper-Royer l’écrit dans son livre Enfant anxieux, enfant peureux (aux Ed. Albin Michel): «Toutes les peurs ne sont pas nuisibles, car elles sont là pour nous protéger des dangers… Sans la peur, l’enfant mettrait sa main dans le feu. Pourtant, la peur fait partie des émotions que les parents n’aiment pas retrouver chez leur enfant, surtout à notre époque, où, adulé, il doit être parfait.» 

Comment aider, sans s’inquiéter, un enfant à retrouver un sommeil aussi réparateur pour lui que pour ses parents? La psychothérapeute et psychologue-clinicienne française nous donne les conseils suivants: «Vers 18 mois ou plus tard, l’enfant découvre une certaine autonomie, grâce au développement de sa motricité. Dans le noir, ses repères changent. Il peut avoir envie qu’on laisse la lumière. Ce n’est pas pathologique. Ce n’est pas la peine d’être rigide à ces moments-là. Il est important que les enfants apprennent à se séparer de leurs parents. Une lumière dans le couloir, une veilleuse, ça rassure. Surtout, il faut accepter cette phase, parce qu’elle va passer, on ne sait pas exactement quand. A un moment, ils dormiront dans le noir sans problème.»

Avant le coucher, des rituels

Vers 3, 4, 5 ans, il est courant qu’un enfant fasse un cauchemar, dans la deuxième partie de la nuit, et réveille ses parents. «Pendant la période œdipienne, l’enfant a des sentiments très ambivalents, surtout à l’égard du parent du même sexe: il l’admire énormément, mais en même temps, il aimerait être à sa place. Il se sent coupable, et cette inquiétude peut lui donner pas mal de cauchemars avec des voleurs et des monstres.» En général, quelques mots rassurants suffisent pour qu’il retourne dans son lit.

Et s’il ne veut pas? Pour Béatrice Copper-Royer, il faut éviter de laisser l’enfant dormir dans le lit des parents. «Sauf en toute fin de nuit, vers six heures du matin, par exemple, pour un câlin. Chacun sa place. Il ne faut pas entrer dans son jeu, poser la règle avec persévérance et conviction, lui dire qu’on est là pour le protéger.» Comme ces phobies sont souvent l’expression d’une anxiété de séparation, les rituels avant le coucher aident beaucoup. En effet, un livre lu sur les genoux des parents, un au revoir à toutes les poupées ou n’importe quelle habitude répétée tous les soirs annonce dans le calme le moment de la séparation.

Les enfants se tournent naturellement vers ce qui leur fait du bien. Ils aiment les contes, qui leur parlent de ce qui les effraient, et reconnaissent leurs émotions à travers un récit qui fait peur. «Les enfants adorent les histoires que leurs parents racontent. Elles leur permettent d’apprivoiser leur peur. La peur fondamentale, c’est l’angoisse de l’abandon, comme dans le conte du Petit Poucet. Mais ils aiment toutes les histoires de monstres et de loups, qui leur permettent de comprendre et d’apprivoiser leurs émotions, surtout à travers la répétition.» A cet égard, l’album Peur du noir moi? de Magali Le Huche (aux Ed. Albin Michel), pourrait être un outil ludique pour explorer les fantasmes autour de la nuit et les conjurer.

Cohérence chez les parents

Par contre, durant cette période œdipienne où l’enfant découvre en outre le plaisir de l’opposition, il faut éviter d’exacerber la situation en montrant des désaccords à l’intérieur du couple. Une maman devrait par exemple éviter de surprotéger son enfant et d’intervenir quand son mari montre de la fermeté. «C’est sûr, ils essaient de semer la zizanie. Quand le père pose une limite et que la mère intervient et protège l’enfant, elle confie le pouvoir à l’enfant, et le laisse créer des dissensions, dont il va ensuite se sentir coupable. Les enfants repèrent très vite les désaccords et en usent.»

Plus impressionnantes que les cauchemars, les terreurs nocturnes sont de véritables troubles du sommeil. L’enfant est en proie à une angoisse dans une période de sommeil profond. Il hurle dans son lit, ne reconnaît pas son parent, et ne se souvient pas de l’épisode le lendemain. «Surtout vers 4 ou 5 ans, il faut se poser des questions sur ce qui peut déclencher cette forte anxiété. S’agit-il de la naissance d’un petit frère, d’une rentrée à l’école, d’une maîtresse qui l’inquiète, d’un copain qui l’embête? Des tensions familiales? Il faut faire des hypothèses. La rivalité dans une fratrie est fréquente et provoque des émotions complexes, de l’amour mais aussi de l’agressivité. Les enfants en ont peur, ils se sentent coupables. Il faut leur montrer que c’est normal et leur dire: «Peut-être que ton petit frère t’énerve ou te rend triste.»   

Si malgré la réflexion et la cohérence des parents, l’enfant exprime systématiquement de grandes difficultés à se coucher et qu’il se réveille la nuit, il faut consulter. «On voit les symptômes sur la durée. Parfois un regard extérieur remet les choses à leur place. Quelques entretiens peuvent régler très vite un grand nombre de problèmes autour des troubles du sommeil du petit enfant.»

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Dix conseils

Pour l’aider à affronter ses peurs

  • Accepter cette peur, elle passera.
  • Instaurer un rituel.
  • Installer une veilleuse ou une lumière dans le couloir.
  • Raconter des histoires qui font peur dans un contexte rassurant (sur les genoux, par exemple).
  • Eviter de laisser l’enfant dormir dans le lit des parents.
  • Ne pas le protéger des limites fixées par un autre parent.
  • Ne pas lui laisser croire qu’il peut prendre la place de l’autre parent (vous êtes déjà marié-e, etc.).
  • Faire des hypothèses pour comprendre la source de son anxiété.
  • Lui montrer que son agressivité (ou toute autre émotion) à l’égard d’un petit frère est normale.
  • Consulter si les troubles persistent, sont systématiques ou si les parents se sentent dépassés.



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texte:
Laurence de Coulon
Photo:
Alamy Stock, Getty images
Publication:
lundi 04.06.2018, 12:00 heure



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