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Christine Pielmeier et Cornelia Accola, de l’Institut pour l’étude de la neige et des avalanches (SLF) à Davos, établissent les conditions neigeuses directement sur le terrain.

Les prévisionnistes d’avalanches du SLF publient deux bulletins journaliers sur la situation avalancheuse: à 8 h et à 17 h.

Les déclenchements volontaires d’avalanches par charges explosives peuvent se faire par hélicoptère ou directement à pied sur le terrain selon les conditions météorologiques.

Avalanches: prévenir le pire chaque jour grâce aux experts sur le terrain

Risques C’est un travail de l’ombre qu’effectuent les prévisionnistes d’avalanches. Rencontre à Davos avec celles et ceux qui œuvrent au maximum pour notre sécurité en montagne.

Ici, au-dessus de Davos, il est tombé près d’un mètre de neige durant la nuit. Ce matin, quelques flocons voltigent encore. La vue sur le versant opposé est voilée par les nuages bas. Le sol, le ciel et les montagnes se confondent dans un blanc presque uniforme. Si les amateurs de sports d’hiver goûtent peu ces conditions, Christine Pielmeier et sa collègue Cornelia Accola savourent leur sortie dans ce désert de neige.

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Profil de neige révélateur

«J’établis un profil de neige», explique Christine Pielmeier, prévisionniste d’avalanches à l’Institut pour l’étude de la neige et des avalanches (SLF) à Davos, en creusant la neige de sa pelle. Elle tranche un bord bien net: «Pour que toutes les couches soient visibles.» Parallèlement à son travail de bureau, elle se rend souvent sur le terrain. «Je trouve important de rester en contact avec la neige; je dois savoir comment elle réagit.»
La spécialiste étudie les propriétés de chaque couche jusqu’au sol. Elle dicte la consistance, mais aussi la température à sa collègue, qui inscrit ces données.
«Peu de couches, épaisses et de consistance similaire sont moins dangereuses que des couches nombreuses, fines et hétérogènes», explique-t-elle. Et ajoute: «J’examine à la loupe les cristaux de neige de chaque couche. Leur taille et autres caractéristiques m’indiquent l’âge de la neige, la stabilité ou l’instabilité des couches.» Géographe de formation et skieuse passionnée, Christine Pielmeier a passé près de trente ans à étudier la neige et la glace. «J’aime la nature. C’est fascinant d’être confronté à ses phénomènes.» C’est l’une des sept prévisionnistes d’avalanches du SLF.
Cet institut, qui a été fondé en 1942 mais dont la genèse remonte aux années 1930, connaît aujourd’hui une renommée internationale. Quelque 140 scientifiques y conçoivent des instruments utilisables par les autorités, l’industrie ou les sportifs. Leurs travaux visent à réduire les dangers naturels dans les Alpes, mais aussi à analyser les évolutions du climat et de l’environnement. Et parallèlement à la recherche, ils proposent des services tels que le bulletin d’avalanches, un précieux instrument de prévention des accidents.

Course matinale contre la montre

La journée de travail de Christine Pielmeier à l’institut a débuté à 5 h 30, avec l’étude des données transmises par plus de 170 stations automatiques de mesure dans toute la Suisse. «Il s’agit entre autres des précipitations, de la température, de la vitesse des vents, de la durée d’ensoleillement», explique-t-elle. Puis elle consulte, toujours sur l’ordinateur, les modèles météorologiques et les prévisions: «Le temps presse, parce que le premier de nos deux bulletins d’avalanches quotidiens paraît à 8 h déjà.» Après avoir évalué la situation sur la base des données récoltées durant la nuit, elle décide d’élever de «limité» à «marqué» le degré de danger pour les Grisons et la partie sud du Valais, où de fortes chutes de neige ont été enregistrées. Mais ce n’est pas encore officiel.

Une décision prise en équipe

Les prévisionnistes d’avalanches du SLF fonctionnent en équipe et demandent toujours au moins un second avis. Dès lors, entre 7 h et 7 h 30, Christine Pielmeier consulte un ou deux collègues en passant les données en revue avec eux afin d’ajuster au besoin l’un ou l’autre détail du bulletin. À 8 h, celui-ci est mis en ligne dans sa version définitive. Il reste valable pour les prochaines 24 h, malgré la publication à 17 h du second bulletin de la journée.
Pour les adeptes de sports de neige, sauveteurs, responsables de la sécurité dans les communes alpines et villageois, ou encore pour les habitants des régions de montagne, la lecture matinale des bulletins d’avalanches est essentielle. «Ils permettent de prendre des décisions telles que des changements d’itinéraires pour raison de sécurité», annonce Christine Pielmeier. «Mais attention: la situation décrite dans les bulletins est une esti­mation générale, prévient-elle. Sur place, chacun doit réévaluer la situation.»

Le profil de neige porte sur le nombre de couches, leur taille, leur température, leur consistance, les caractéristiques de leurs cristaux, etc.

Sécuriser les pistes

Responsable des pistes et du sauvetage sur le domaine skiable de Parsenn au Weissfluhjoch, Romano Pajarola lit très attentivement les bulletins et met en pratique les analyses du SLF. «Si le degré de danger s’élève à «marqué», il faut prendre des dispositions.» Sa tâche principale consiste, en effet, à sécuriser les pistes avec son équipe de six personnes, à procéder au marquage et à la signalisation avant l’arrivée des premiers skieurs. «Lorsque la neige fraîche est trop abondante, nous déclenchons nous-mêmes les avalanches avec des explosions», raconte ce natif de Davos. À 50 ans, c’est bientôt sa 30e saison sur ce domaine, dont il connaît les particularités sur le bout des doigts: «Quelle pente supporte quelle quantité de neige, où et quand procéder à des explosions – c’est notre connaissance de ces éléments qui nous permet d’être rapides et efficaces le matin», précise Romano Pajarola.

Toute information est importante

Pour bénéficier d’une source d’informations supplémentaires, le SLF demande également à toutes les personnes se trouvant dans des endroits enneigés d’annoncer les événements particuliers tels que départs d’avalanches ou signes alarmants. «Ces observations importantes nous permettent d’affiner l’évaluation du danger d’avalanches», affirme Christine Pielmeier. N’y a-t-il pas eu de mauvaises surprises, du fait que ces observations sont effectuées par des non-spécialistes? «Au contraire, rétorque l’experte. Ces observations nous sont pour la plupart communiquées par des personnes soucieuses de leur propre sécurité en montagne, qui apprécient notre travail et sont désireuses de nous aider et d’aider tous les montagnards.»

Les observations peuvent être commu­niquées sur www.slf.ch, par e-mail à lwp@slf.ch, par téléphone (gratuit) au 0800 800 187 ou encore via «White Risk» (lire l'article «Animaux»).

Randonnée

Six mesures à prendre

  1. Avant de vous rendre sur le terrain, informez-vous sur la météo et les risques annoncés d’avalanches!
  2. Enclenchez votre détecteur de victimes d’avalanches (DVA) en mode émission. Emportez aussi une pelle et une sonde.
  3. En route, réévaluez continuellement la situation et adaptez vos objectifs aux conditions que vous rencontrez.
  4. Contournez les congères, ces accumulations récentes de neige soufflée par le vent.
  5. Franchissez un par un les passages clés et les pentes extrêmement raides.
  6. Au printemps en particulier, prenez garde au réchauffement en cours de journée. Le risque augmente avec la température!

L’étude de données transmises par plus de 170 stations automatiques de mesure réparties en Suisse permet aussi d’établir les conditions sur le terrain.

Protection contre les avalanches

Parrainage Coop

Chaque printemps, il faut déblayer les éboulis et débris laissés par les avalanches sur les alpages et les sentiers de randonnée. Par exemple sur les hauteurs de la commune d’Engelberg (OW), dans la région de Brunni, renommée pour son domaine skiable et ses sentiers de randonnée. Le Parrainage Coop pour les régions de montagne y a créé le projet de protection contre les avalanches Sitenwald, soutenu par Coop brico+loisirs. Durant plusieurs mois, pour chaque produit en bois suisse vendu, Brico+Loisirs a reversé 15 centimes au Parrainage Coop pour les régions de montagne. La somme récoltée, plus de 150  000 francs, a été entièrement consacrée au projet de reboisement et de protection contre les avalanches de la forêt de Sitenwald, à Engelberg. Ainsi, depuis l’automne dernier 950 dispositifs de protection contre les avalanches en châtaigner suisse ont été construits sur 5600 m2, tandis que 5000 sapins seront plantés cette année et l’année prochaine.

Plus d’informations: www.coop.ch/parrainage

Appli «White risk»

Planifier avec soin

Pour les personnes en montagne en hiver, l’appli «White Risk» est une plateforme de connaissances idéale sur le thème des avalanches et de la prévention des accidents. Elle renseigne sur la situation d’enneigement et avalancheuse actuelle en Suisse, propose aussi des connaissances de base et des outils d’analyse pour évaluer le danger. L’appli offre en outre la possibilité de visualiser sur des cartes hors ligne les tours préparés sur la plateforme web. Appli gratuite, en français, allemand, italien et anglais.

www.whiterisk.ch

Déclenchement

Le plus courant d’une avalanche

Source Harvey, S., Rhyner, H., Schweizer, J., Lawinenkunde (2012); infographie Caroline Koella

«J’ai crié comme un fou!»

Dieter Marbach, (52 ans), victime d’une avalanche au Piz Spadla

Dieter Marbach, (52 ans), victime d’une avalanche au Piz Spadla
http://www.cooperation.ch/Avalanches_+prevenir+le+pire+chaque+jour+graece+aux+experts+sur+le+terrain Dieter Marbach, (52 ans), victime d’une avalanche au Piz Spadla

Interview Le 24 mars 2008, Dieter Marbach faisait une randonnée à skis avec son frère et un ami en Basse-Engadine. Au Piz Spadla, à 2850 m, les conditions étaient excellentes. Puis une plaque de neige s’est détachée.

Étiez-vous préparé à l’éventualité d’une avalanche?
Aucun de nous n’était inquiet ce matin-là. Nous avions évalué la situation et le SLF (Institut pour l’étude de la neige et des avalanches) avait indiqué un danger «modéré». Nous étions sereins, d’autant que le soleil brillait dans un ciel bleu limpide.

Que s’est-il passé?
En descendant une pente nord, nous avons déclenché une avalanche qui nous a emportés.

Cela doit être une expérience incroyable?
J’ai roulé plusieurs fois sur moi-même, la lumière et l’obscurité alternant selon que je me trouvais près de la surface ou sous une couche épaisse.
La neige pénètre dans chaque ouverture des habits et du corps. J’ai avalé malgré moi des quantités de neige.

Après combien de temps l’avalanche s’est-elle immobilisée?
J’ai eu l’impression d’une éternité; je me demandais quand ça allait s’arrêter. En réalité, l’avalanche a dévalé environ 750 mètres et la dégringolade n’a duré qu’une trentaine de secondes.

À quoi avez-vous pensé?
On dirait un cliché éculé, mais ma vie a repassé à toute allure devant mes yeux.

Aviez-vous peur?
Pas durant la chute, mais une fois que l’avalanche s’est arrêtée. Je me suis demandé où étaient les autres, s’ils allaient bien. Et là, j’ai paniqué.

Qu’avez-vous fait?
J’ai crié comme un fou. Si fort que j’en ai eu mal à la gorge. Mais la neige assourdit terriblement les sons.

Étiez-vous enseveli?
En secouant la tête, je suis parvenu à me libérer. Après avoir craché la neige, j’ai constaté que ma tête émergeait tout juste, mais que le reste du corps était pris dans la neige comme dans du béton. C’est une impression incroyable. J’ai quand même essayé de bouger mes bras et mes jambes, ce qui m’a valu des ligaments distendus. Ce fut ma seule blessure, je m’en suis tiré à bon compte.

Quand avez-vous été secouru?
Lorsque j’ai été emporté, mes skis ont aussitôt été arrachés. Par chance, mon ami, lui, est parvenu à échapper à l’avalanche. Il m’a très vite rejoint et m’a dégagé en creusant de ses mains.

Qu’est-il arrivé à votre frère?
Il a été emporté de l’autre côté de l’avalanche, sur les rochers. Il s’en est sorti quasi mira­culeusement, avec quelques contusions. Mais ses chaussures de ski étaient cassées et ses skis complètement tordus.

Et ensuite?
Un hélicoptère de la Rega nous a emmenés à l’hôpital. Je me demandais vraiment pourquoi, je trouvais que j’allais bien. Une fois à l’hôpital, sous des couvertures chaudes, lorsque l’effet de l’adrénaline s’est dissipé, je me suis mis à grelotter et j’ai été pris de terribles tremblements. J’étais en état de choc. Jamais je n’ai eu aussi froid de ma vie.

L’avalanche a-t-elle modifié votre comportement?
Oui, lorsque nous avons l’impression que la situation n’est pas parfaitement sûre, nous choisissons un autre itinéraire. Nous n’hésitons pas non plus à revoir notre objectif de la journée. Je n’ai pas besoin de toujours atteindre le sommet. Celui d’à côté est beau aussi. Et s’il le faut, il nous arrive de faire demi-tour.

www.slf.ch
Article: «Vers une meilleure prévision des avalanches de plaque»

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Markus Kohler
Photo:
Stefan Schlumpf, Tanja Demarmels, DR
Publication:
lundi 20.02.2017, 14:05 heure



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