Se retrouver en fin de journée au bord du Rhône (GE) est une activité appréciée des Genevois.

Baignade: rivières et fleuves prisés

Coup de frais Se laisser porter par les cours d’eau séduit de plus en plus de Suisses. Plongée dans cette tendance estivale, de Genève à Bâle.

Iago Cruz, coordinateur de la buvette «À la Pointe», à propos du Rhône 

Iago Cruz, coordinateur de la buvette «À la Pointe», à propos du Rhône 
http://www.cooperation.ch/Baignade_+rivieres+et+fleuves+prises Iago Cruz, coordinateur de la buvette «À la Pointe», à propos du Rhône 

Des centaines de baigneurs sont amassés sur la rive gauche du Rhône (GE). D’autres sont dans l’eau, avec ou sans bouée. La température de l’air s’élève à 30 degrés et celle de l’eau affiche une dizaine de degrés de moins. C’est un soir de semaine, il est 17 heures. L’afterwork pour beaucoup de Genevois, dont David qui y vient deux à trois fois par semaine. «Les falaises en face, qui surplombent l’eau verte et calme du Rhône, et toute cette verdure rendent le lieu relaxant. On se croirait en Ardèche!», confie le trentenaire, à peine sorti de l’eau. Difficile d’imaginer que ce paysage bucolique était, il y a moins de dix ans, un endroit quasiment désert et qui traînait la réputation d’un lieu peu fréquentable. À la hauteur de la Jonction, là où le Rhône se mélange avec sa voisine l’Arve, une initiative citoyenne de l’Association pour la reconversion vivante des espaces (ARVe) est à l’origine de ce renouveau. Elle a répondu à l’appel des autorités et lancé l’idée de réappropriation d’une friche urbaine à travers un projet culturel en 2011: la buvette associative, sociale et culturelle «À la Pointe» était née. «Nous avons commencé avec une table et un banc. Depuis 2012, le mot a tourné et la fréquentation du lieu est fulgurante, raconte Iago Cruz, son coordinateur. En période de canicule, on peut compter 2000 à 3000 personnes sur les rives.»

Pratiques institutionnalisées

Des pontons en bois, installés en 2012 par le canton sur les berges, ont renforcé l’attractivité du lieu. Mais la non-concertation avec la Ville, qui possède le sentier le long duquel les gens se prélassent par centaines, a provoqué un litige. D’un côté, il y a ceux qui souhaitent aménager et sécuriser les lieux, avec de la signa­létique, des bouées et des poteaux pour se reposer. En face, les opposants défendent l’aspect sécuritaire et veulent interdire la baignade, trop dangereuse en raison des risques de noyade (voir l’encadré en page 15). Les nuisances sonores sont l’autre sujet de discorde: des plaintes de riverains ont ainsi bloqué ces projets d’aménagements. «L’espace reste précaire et la voirie est débordée», regrette Iago Cruz, qui loue les «pratiques institutionnalisées» de l’autre côté de la Sarine.

Carnaval estival et aquatique

La descente de l’Aar (BE) se fait à la nage, avec des bouées ou à bord de bateaux pneumatiques.

La descente de l’Aar (BE) se fait à la nage, avec des bouées ou à bord de bateaux pneumatiques.
http://www.cooperation.ch/Baignade_+rivieres+et+fleuves+prises La descente de l’Aar (BE) se fait à la nage, avec des bouées ou à bord de bateaux pneumatiques.

Changement de décor et cap sur le nord-ouest de la Suisse: à Bâle. La baignade, ici, n’est pas juste tolérée. La descente du Rhin y est une véritable institution! Chaque soirée estivale ensoleillée, un essaim de baigneurs remonte les rives en direction de la miniplage du Musée Tinguely. Chacun se laisse ensuite porter par le courant sur près de 2 km, solidement cramponné à son Wickelfisch, un sac étanche en nylon et en forme de poisson servant de bouée. Il permet d’y ranger habits, chaussures, portemonnaie et téléphone pendant la baignade. C’est Tilo Ahmels (50 ans), un Bâlois d’origine allemande, qui a anticipé en 2002 cet attrait massif des habitants pour leur fleuve. Son produit est devenu un accessoire à la mode et permet de faire un saut rafraîchissant, et ce même durant la pause de midi. Le ballet de ces poissons flottants multicolores donne à la cité rhénane des allures festives rappelant son célèbre carnaval. Dans l’eau, des bouées indiquent la limite à ne pas dépasser pour éviter tout risque de collision avec les bateaux. Des marches facilitent aux baigneurs leur sortie de l’eau. À moins que ce ne soient les nombreuses buvettes qui la rendent plus facile… «À Bâle, Berne ou Zurich, il y a une vision concertée. Ce sont des acteurs publics qui prennent ces aménagements en charge. Il y a de la sécurité et des vestiaires qui sont fermés la nuit, par exemple. On a là une logique top-down alors qu’elle est plus sauvage à Genève. Nous avons cinq ans de retard en termes de vision urbanistique», analyse Blaise Dupuis, membre de l’ARVe et spécialiste des politiques urbaines à l’Université de Genève. La 37e édition de la Basler Rheinschwimmen est l’exemple le plus significatif de ce succès populaire. Cette baignade officielle, organisée par la section bâloise de la Société suisse de sauvetage, a réuni l’année passée plus de 5000 personnes. Le 15 août prochain, des milliers de Bâlois se jetteront à coup sûr dans le Rhin pour perpétuer la tradition. L’Aar (BE) ou la Limmat (ZH) sont également prisées des baigneurs qui profitent ainsi de l’été sans quitter la Suisse.

Lieu de liberté et de rencontre

Retour au bord du Rhône. Se dorant au soleil, une bière à la main et accompagnée d’une bande d’amis, Stéphanie (30 ans) boude le lac pour le fleuve. «Je préfère sa dynamique et l’atmosphère qui règne autour. J’y suis plus à l’aise, j’aime le courant et le fait de me sentir comme transportée.» Arrivée il y a deux ans de la région parisienne, elle regrette «les nombreux fleuves en Europe où il est interdit de se baigner, comme la Seine» et apprécie «cette liberté d’entrer et sortir où l’on veut». Saluant les habitués des lieux, Iago Cruz poursuit dans ce sens. «Le Rhône est un lieu unique de rencontre. C’est un espace public de rêve pour une ville.»
Ailleurs en Europe, Copenhague, Paris, Londres ou Berlin tendent toutes vers des aménagements, mais le phénomène est récent. «Les villes n’ont souvent perçu leurs cours d’eau que dans leur optique fonctionnelle. Il suffit de voir l’état de la Seine, charriant des déchets, qui n’est qu’un espace de navigation. Longtemps, les villes ont tourné le dos à leurs rivières et fleuves, explique Blaise Dupuis. C’est à partir des années 1990 que les espaces publics ont été réinvestis et leur conception s’inscrit à présent dans les réflexions sur la ville durable.» Et d’ajouter: «Le lien avec la nature est marqué. On réalise que les cours d’eau sont un lieu de délassement et de balades. Avec la mondialisation, les sites industriels ont été délocalisés, laissant place à des friches urbaines. On voit désormais éclore des initiatives de réappropriation des berges un peu partout en Europe, comme Paris Plages.»

«

C’est un espace public de rêve pour une ville»

Iago Cruz, coordinateur de la buvette «À la Pointe», à propos du Rhône 

Véritable melting-pot

À l’image de la buvette genevoise «À la Pointe» qui tourne aussi à plein régime. «Elle se trouve au point de chute de la descente. Là où la majorité des gens sortent de l’eau, explique notre baigneur David, se séchant sur la plateforme de bois bondée. Il y a des jeunes, des vieux, des familles, un véritable melting-pot!» L’association qui gère la buvette propose gratuitement des cours de yoga, une programmation culturelle les week-ends ou encore une bibliothèque libre-service. «Notre projet de prévention ‹Lâche pas ta bouée›, en collaboration avec l’association La Barje, une autre buvette au bord du Rhône, permet de trouver des solutions, avec des discussions sur le terrain, rajoute Iago Cruz. Nous avons un rôle de médiateur.» La thématique de la gestion des déchets y est par exemple traitée. Au bord du Rhône, le vent commence à se lever et rares sont les baigneurs encore présents dans l’eau. Sur les rives, en revanche, ceux qui ont été retardés au boulot affluent et tentent de trouver une place pour profiter encore un peu des derniers rayons du soleil.

Les règles à respecter

Tilo Ahmels, l’inventeur des sacs étanches à succès Wickelfisch à Bâle, a élaboré une liste de règles à respecter issue de ses expériences et souvenirs:

  • être un nageur expérimenté.
  • ne pas nager seul, pour que la personne accompagnante puisse appeler de l’aide au besoin.
  • ne pas quitter les bouées, flotteurs et matelas gonflables.
  • s’informer sur la température de l’eau. Si elle est inférieure à 20 degrés, le corps peut se refroidir rapidement. Prévoir des pauses si la descente dure plus de 30 minutes.
  • nager en anticipant les dangers. Jeter régulièrement un regard en arrière vers d’éventuels bateaux.
  • se tenir éloigné d’obstacles comme des bouées ou des piliers de ponts.

La Société suisse de sauvetage (SSS) dénombre 49 personnes noyées dans les eaux suisses en 2016, dont près de la moité (24) dans des fleuves et rivières.
Ce nombre a presque doublé par rapport à 2014 (13).
Quelques règles de sécurité:

  • ne jamais se baigner après avoir consommé de l’alcool ou des drogues. Ne jamais nager l’estomac chargé ou en étant à jeun.
  • ne pas plonger ni sauter dans des eaux troubles ou inconnues!
D’autres règles de baignade en eaux libres et des conseils utiles

Rhin quotidien?

Dans le Rhin, à Bâle, on peut même nager avec les canards ou les oies le matin.

Notre rédacteur Andreas W. Schmid (photo ci-dessus) vous explique pourquoi la descente du Rhin à Bâle vaut davantage la peine que celle de l’Aar (BE).

Ma collègue de bureau loue les vertus de l’Aar à Berne (lire en page 17). Laissons-la parler! Il est vrai qu’au premier coup d’œil, la couleur de l’eau valorise effectivement plutôt l’Aar que le Rhin. Les photos l’attestent. À part ça, nous ne devons nourrir aucun complexe d’infériorité au bord du Rhin, contrairement aux Bernois et leurs Young Boys, qui coulent chaque année face au FC Bâle, comme une lourde pierre lancée dans l’eau. Mais c’est une autre histoire...
Le Rhin enchante tout le monde, des jeunes aux plus âgés. Un de mes meilleurs amis n’avait jusqu’à présent jamais voulu se jeter dans le courant. «L’eau est dégueulasse», lançait-il, préférant les piscines lors des beaux jours d’été. Mais, ensuite, il se plaignait de démangeaisons causées par l’étrange mélange entre le chlore et l’urine. Lorsqu’il s’est enfin décidé à m’accompagner, il n’en est pas moins resté sceptique au début. «Tout est dans la tête», lui ai-je dit avec le doigt sur la tempe, tel un Wawrinka des grands jours. Mon ami s’est alors laissé porter par le courant, appréciant le point de vue sur la cathédrale, l’odeur de l’eau et le bruit des vagues – son qui est le même partout, que ce soit aux Maldives ou... dans le Rhin. Depuis lors, il se baigne chaque jour, et parfois tôt le matin quand les canards ou les oies sont ses seuls compagnons de bain. Souvent le soir aussi, lorsque la moitié de Bâle saute dans le Rhin et vit sa dose quotidienne de vacances et de bonheur.

Aar you ready?

Dans l’Aar, à Berne, la sortie de l’eau se trouve sous la Coupole fédérale.

Pour notre rédactrice Eva Nydegger (photo ci-dessus), se laisser porter par le courant de l’Aar à Berne est une expérience unique au monde.

Quand j’entends mes collègues de bureau évoquer avec enthousiasme le Rhin, je suis obligée de sourire avec compassion. Bon, certes, la vue sur le Münster est belle, mais la baignade est gâchée par les bateaux occupant la moitié de l’espace. Ne parlons pas non plus de la qualité de l’eau du Rhin!
À Berne, en revanche, l’Aar est la rivière la plus propre d’Europe. On dépose ses vêtements à la piscine de Marzili, juste en dessous du Palais fédéral, où l’on ressortira plus tard de l’Aar. En maillot de bain, on peut remonter le fleuve jusqu’à la passerelle Schönausteg, où les jeunes principalement sautent. Sinon, on marche quelques pas de plus vers le terrain de camping Eichholz. Et ceux qui plongent à cet endroit peuvent apercevoir des bouquetins, des lynx ou d’autres animaux vivant dans le zoo de Berne (Tierpark Dählhölzli).
Se laisser porter par le courant, voir des animaux, des arbres et des buissons mais aussi de jolis bâtiments, est quelque chose d’incomparable. «A sightseeing tour like no other!» a même un jour écrit le quotidien britannique The Guardian.
Quand le Parlement fédéral et le pont Montbijou apparaissent, il est l’heure de sortir de l’eau. On se laisse alors dorer au soleil sur l’un des pontons en bois dans
les bains publics gratuits de Marzili. On ferme les yeux et on entend le doux bruit du courant qui apaise tout le corps. C’est vraiment divin! Cette délicieuse expérience n’existe qu’à Berne. Désolée, Bâle!

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Sylvain Bolt

Rédacteur

Photo:
Patrick Gilliéron Lopreno, swiss-image.ch/Andreas Zimmermann, Keystone, Heiner H. Schmitt, Peter Mosimann
Publication:
lundi 10.07.2017, 14:00 heure



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