Barbie va retrouver des mensurations plus normales.

Barbie: un pas vers la normalité

Mensurations Le lancement des trois nouvelles silhouettes plus «humaines» de la célèbre poupée relance
l’éternel débat. L’avis de Ken.

Maintenant que la presse internationale a donné son avis, j’ai décidé d’ouvrir la bouche, du moins autant que me le permet le vinyle dont se compose mon visage. Au fond, c’est de ma compagne que l’on parle ici. La blonde pulpeuse qui partage ma vie.

«

J’ai peur que ses rêves ne soient irréalisables»

Ken, amoureux fidèle de Barbie depuis plus de cinquante ans

Pour plaire à ceux qui ne la trouvent pas assez réelle, la poupée se présente désormais dans trois autres tailles, sept couleurs de peau, 22 couleurs d’iris et 24 types de cheveux (lire plus bas).
Hanches plus larges ou pas, peu importe: je l’aimerai comme au premier jour. Mon rôle à ses côtés ne changera pas (en tout cas, c’est ce que m’a assuré la direction de Mattel). C’est ma chérie et, en chevalier servant, je la défendrai avec mon épée (même si, vous le savez, je ne fais pas très peur… et mon épée est en plastique).
Toutefois, cette tentative de devenir plus humaine me préoccupe. J’ai peur que ses rêves ne soient irréalisables.

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Barbie gère plus de 180 carrières

Peut-être vous en souvenez-vous (personne n’a passé un demi-siècle à ses côtés comme moi), mais Barbie a déjà subi des opérations. Même si ses nouvelles formes sont une révolution, ce n’est pas la première fois que Barbie a été remodelée pour se rapprocher de standards humains. En 1997, le volume de sa poitrine avait été réduit, son tour de taille élargi. Par ailleurs, dans les années 1960, on avait déjà lancé des variantes avec des poupées afro-américaines ou asiatiques (Christie, Brad et Kira).
La nouvelle palette chromatique des coiffures, des iris et du teint des poupées lancées fin janvier est un prétexte pour offrir aux petites filles de chaque ethnie une compagne de jeu qui lui ressemble. Mais c’est absurde de penser toutes les satisfaire. Il y en aura toujours une qui se sentira à l’écart.
Oui, parce que vous, les humains, vous êtes uniques, tandis que nous, nous sommes issus d’une production industrielle: nés dans des moules et sortis du four comme des biscuits. On a énormément critiqué Barbie pour son tour de taille invraisemblable. Mais la vérité, c’est que Barbie intimide. Qui d’autre est capable de gérer plus de 180 carrières à la fois, faire du skateboard (en talons), piloter des avions et faire le grand écart sans jamais perdre le sourire?

Barbie (ici encore dans sa version classique) veut devenir «authentique».

Elle est un exemple de bravoure, la première de classe que tout le monde déteste, qui rappelle à celles qui ne sont pas faites de plastique qu’il vaut mieux qu’elles évitent de porter des stilettos en skateboard.
Et la hausse de l’action Mattel à la Bourse est constante depuis octobre dernier, grâce à cette chère Barbara Millicent Roberts, poupée qui a commencé à travailler dès sa sortie d’usine, en 1959. Oui, car elle a commencé à grimper les échelons comme mannequin, mais en 1965, elle était déjà dans l’espace en tant qu’astronaute, quatre ans avant que Neil Armstrong ne marche sur la Lune. Bref, même son CV n’a rien de «normal».

Tentatives et échecs

Il faut toutefois admettre qu’elle aussi a rencontré quelques échecs. Et les plus grands flops sont justement à mettre sur le compte de ses efforts pour avoir l’air plus vraie. Par exemple, Teen Talk Barbie s’est mise à parler «pour de vrai» en proclamant des phrases courtes et intellectuellement peu stimulantes telles que «Les mathématiques, c’est difficile» (éliminée de son lexique en 1992).
En 1997, on a essayé Becky, la poupée en chaise roulante. Mais la pauvre ne réussissait pas à entrer dans l’ascenseur de la maison de Barbie. Il y avait aussi son chien, Tanner, qui faisait caca. Une trouvaille réaliste! Quel dommage que ces petits éléments risquaient d’être avalés par les enfants; de plus, ils contenaient du plomb et du chrome…

Pour devenir normale, Barbie devra se mettre à la cuisine.

La torturer est un rite de passage

Quoi qu’il en soit, le débat de fond concerne toujours la silhouette de Barbie et l’effet qu’elle a sur les petites filles. À ce sujet, l’une des études les plus citées est celle de trois chercheurs britanniques. En 2006, ils ont démontré que la poupée influençait de manière négative l’amour-propre des fillettes qui ont tendance à vouloir être comme elle. Une autre étude (anglo-australienne) a démontré que les proportions de Barbie, si elle était humaine, l’obligeraient à marcher à quatre pattes. En outre, ses poignets ne pourraient pas soulever de poids importants, elle ne pourrait contenir que la moitié d’un foie et ne réussirait pas à soulever sa tête (trop grande pour son cou).

Si la poupée était humaine, ses jambes ne lui permettraient pas de marcher.

Et surtout, Barbie n’a pas de cerveau. Cet accessoire n’a pas été fourni. Sinon, elle ne survivrait probablement pas aux coiffures à la Frankenstein, aux amputations ou aux tours dans le micro-ondes qu’elle doit parfois faire. Selon une étude de 2005, il est normal que les petites filles vivent un rite de passage au cours duquel elles torturent leurs poupées pour se détacher de leur enfance.
Non, Barbie ne sera jamais «l’une d’entre vous». Elle ne peut pas. Après tout, ce n’est qu’une poupée.

Les nouvelles Barbie de la ligne «Fashionistas» sont en vente chez Coop City au prix de 16 fr. 90 l’unité.

Après la crise, la vie en rose

Après des années de problèmes d’image et de chutes à la Bourse, Mattel a lancé en janvier trois nouvelles versions de Barbie pour lui donner des proportions plus réalistes. «Curvy» (ronde), «petite» (menue) et «tall» (grande) sont les nouveaux modèles de la ligne «Fashionistas», chacun étant disponible avec différentes couleurs de peau et d’iris et plusieurs types de cheveux. Un coup gagnant! À la suite de ce lancement, Mattel a enregistré une croissance des ventes des titres de l’entreprise. Selon des rumeurs, reprises par l’analyste financier Bloomberg, il pourrait même être question d’une fusion avec Hasbro, l’entreprise rivale qui a obtenu la licence de production des célèbres poupées Disney.

«Barbie n’a pas tant d’influence»

Avis d’experte Ce n’est pas le jouet qui détermine le comportement de l’enfant mais son environnement social et affectif. 

Avez-vous joué à la Barbie?
Oui. Mais à l’époque, elle n’avait pas la réputation d’être anorexique. Elle suivait le modèle des années du boom économique. C’était une battante et elle était belle. Bref, le prototype du rêve américain, et ce n’était pas un problème.

Elle est souvent vue comme un mauvais modèle pour les fillettes qui, en voulant l’imiter, souffriraient de troubles psychologiques.
C’est le même discours que pour les jeux vidéo violents. C’est un faux problème: chez les enfants, la violence ou les troubles alimentaires ont des origines plus profondes que celles du jeu vidéo ou de la poupée avec lesquels ils jouent.

Quelles sont les véritables sources de ces problèmes?
Il s’agit de la qualité des relations familiales et du développement intrapsychique: souvent, dans le cas des troubles liés à l’identité, les attentes et le rôle des figures parentales ont une importance cruciale. En outre, la mère peut être un modèle d’identification important pour la fille.

Quel conseil donneriez-vous aux mamans?
Si elles souhaitent acheter une Barbie à leurs filles, c’est bien, même le nouveau modèle, s’il les fait se sentir mieux. Il faut toutefois garder à l’esprit que ce n’est pas le jouet qui détermine les comportements de l’enfant, mais les relations qui l’entourent et qu’il observe à la maison et dans son environnement.

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texte:
Giorgia von Niederhäusern
Photo:
Alain Intraina, SP
Publication:
lundi 11.04.2016, 14:00 heure



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