Le musicien Barcella (33 ans): «J’ai choisi le nom de Barcella, petite barque en italien, car j’aime l’idée d’une embarcation modeste qui emmène les gens en chansons.»

«Les femmes me fascinent»

En concert à Lausanne le 17 juillet, le chanteur compositeur-interprète Barcella nous reçoit chez lui dans sa ville de Reims. Et nous parle de son quotidien, des Suisses et de la musique où il embarque…

Coopération.  Vous nous recevez à Reims, vous êtes fier de vos racines?
Barcella.  Je suis attaché à la région Champagne-Ardenne d’une manière générale. D’abord parce que j’y suis né et que j’y ai grandi. Parce que c’est une région d’artisans, qui travaillent la terre et la vigne et que je me retrouve bien dans cette persévérance et ce souci du détail quand j’écris des chansons. Cela dit, j’aime d’autant plus cette région que je voyage beaucoup. Je passe la moitié de l’année sur les routes en tournée. Là, je reviens juste du Canada.

Le 17 juillet vous serez à Lausanne. Vous connaissez le public suisse?
Assez bien. Je suis passé aux Francomanias de Bulle, au Paléo Festival, au Festival de la Cité à Lausanne, à Monthey récemment et j’en oublie. L’accueil suisse est très chaleureux. Sans doute l’air des montagnes qui rend les Suisses aussi disponibles à l’écoute de l’autre (sourires).

Vous aimez la montagne?
J’aime la marche en montagne. Cela correspond à ma quête personnelle de la bonne altitude entre la solitude, propice à l’inspiration, et les rencontres très denses avec le public en tournée. La marche est la discipline qui me permet le mieux de me connaître.

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C’est sans doute l’air des montagnes qui rend les Suisses si disponibles…»

Vos chansons vous viennent peut-être dans la solitude, mais sont très inspirées de vos liens avec les autres…
Je suis curieux des autres, c’est vrai. Je me nourris de leur sensibilité. Mais ma première source d’inspiration reste les femmes. Elles me fascinent. Notamment dans leurs efforts pour masquer leur fragilité, pour être fortes comme les modèles masculins auxquels elles continuent à s’identifier, alors qu’il n’y a rien de plus magnifique qu’une femme qui laisse entrevoir sa fragilité. Je suis aussi très touché par les personnes âgées. J’ai écrit une chanson sur ma grand-mère maternelle, une Barcella, qui a passé la fin de sa vie dans une maison de retraite sans se plaindre, alors que je trouvais cette mise à l’écart un peu brutale. J’ai d’ailleurs mené des ateliers d’écriture sur le thème du souvenir et du temps qui passe avec des personnes âgées. Et j’ai écrit une chanson sur la maladie d’Alzheimer.

Que visez-vous avec vos chansons?
J’essaie de mettre des mots sur des émotions communes à beaucoup d’humains, la nostalgie de l’enfance, le rapport au temps qui passe, notre mortalité… Il me semble que c’est là le rôle des artistes: créer du lien entre les gens. J’ai choisi le nom de Barcella, qui veut dire petite barque en italien, car j’aime l’idée d’une embarcation modeste et artisanale qui emmène les gens en chansons, d’un point a à un point b. Et il n’y a rien qui me touche plus que d’entendre le public chanter avec moi et découvrir qu’il connaît les paroles de mes chansons.

Sur votre embarcation, vous n’êtes pas seul…
Si c’est moi qui écris et compose, l’aventure de Barcella est collective. Et je le revendique. Je me suis entouré de quatre multi-instrumentistes, que j’ai recrutés aussi bien pour leur talent musical que pour leurs qualités humaines. Quand je parle de mon travail, j’ai maintenant tendance à dire on, car il y a vraiment la notion de groupe et de partage.

Comment êtes-vous venu à la chanson?
Des histoires que me racontait ma mère, professeur de lettres, quand j’étais enfant. Elle m’a transmis le goût des mots. Très jeune, j’ai écrit des bandes dessinées. Et puis, quand j’ai eu 13 ans, en 1994, le chanteur de Nirvana, Kurt Cobain, est mort. Alors, au collège, on s’est tous mis à se laisser pousser les cheveux et à jouer de la guitare. C’est à partir de là que j’ai commencé à mettre mes mots en musique. C’est venu assez naturellement. A la maison, on écoutait Brel, Brassens, Ferré, Barbara… J’ai toujours eu une grosse tendresse pour Bourvil, et la pudeur qu’il parvenait à distiller dans ses chansons.

Comment vous situez-vous dans la chanson française?
Nulle part en particulier. Je suis très heureux d’être un artiste qu’on a du mal à ranger dans une case. Je plaide pour qu’on décloisonne les genres et les gens. Un artiste doit aller où son inspiration le guide. L’écriture est la première chose qui me vient, ensuite arrive la musique. Je m’inspire de ce qui a compté pour moi, la musique des mots de Boby Lapointe, et de ce qui m’entoure. Dans le dernier album, il y a des sonorités électroniques, rythmiquement plus urbaines. Je ne m’interdis pas de rapper ni de scander.

De quoi est constituée votre face quotidienne?
J’essaie de donner du sens à ce que je vis. Je suis en train de retaper un appartement dans le centre de Reims, je peins. Je customise des objets pour en faire du mobilier: transformer une baignoire en canapé, un caddie en fauteuil. Je vis sans télévision depuis des années, pour me nourrir au propre et au figuré de bonnes choses. La cuisine m’intéresse beaucoup. De plus en plus, je suis soucieux de la manière dont je m’alimente. Je fais mon marché, j’essaie de trouver des produits dont je connais l’origine. On est aussi le reflet de ce qu’on mange.

Portrait

Tendresse facétieuse

1981. Naissance à Reims le 11 mai de Mathieu Ladevèze, qui prend le nom de jeune fille de sa mère, Barcella, d’origine italienne, pour faire l’artiste.

Jongleur de mots. Textes à chanter, textes poétiques «à slamer», Barcella joue aussi avec les mots des autres lorsqu’il conduit des ateliers d’écriture dans des écoles, maisons de retraite et prisons. Le troisième album de Barcella, «Puzzle» (Sony Music), est sorti ce printemps.

Multiprimé. Il a remporté les championnats de France de slam poésie et il a été salué par l’Académie Charles-Cros, le Prix Jacques Brel, le Prix Barbara.

Actualité en Suisse. Barcella sera à Lausanne en concert jeudi 17 juillet, 21 h, au Casino de Montbenon (repli au café-théâtre Le Bourg (rue de Bourg 51) en cas de mauvais temps). Entrée libre.

www.barcella.fr

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Véronique Châtel

Rédactrice, Paris

Photo:
Francine Bajande
Publication:
lundi 07.07.2014, 09:30 heure



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