Une paire gagnante: Anouk Vergé-Dépré (à gauche) et Joana Heidrich font équipe depuis le retrait de leurs partenaires.

Beach-volley: un avenir prometteur

L’histoire à succès du beach-volley helvétique a commencé il y a un quart de siècle à Lucerne. La nouvelle paire féminine composée des talentueuses Anouk Vergé-Dépré et Joana Heidrich devrait faire rapidement parler d’elle. Rencontre.

En février, Joana (derrière, à terre) et Anouk (devant) ont gagné deux matchs à Fort Lauderdale, en Floride, mais en ont aussi perdu deux.

En février, Joana (derrière, à terre) et Anouk (devant) ont gagné deux matchs à Fort Lauderdale, en Floride, mais en ont aussi perdu deux.
http://www.cooperation.ch/Beach_volley_+un+avenir+prometteur En février, Joana (derrière, à terre) et Anouk (devant) ont gagné deux matchs à Fort Lauderdale, en Floride, mais en ont aussi perdu deux.

Lorsque Werner Augsburger évoque les débuts du beach-volley en Suisse, il ne peut s’empêcher de rire. Nous rencontrons le directeur de Swiss Volley au Beachcenter de Berne, où il observe les échanges de balle entre Joana Heidrich (25 ans) et Anouk Vergé-Dépré (25 ans). «En 1992, nous voulions organiser le premier championnat suisse à Lucerne, sur la plage du Lido, mais Swiss Volley ne nous a pas pris au sérieux, qualifiant ce sport de doux rêve de dingues.» Sans se laisser démonter, Werner Augsburger a menacé de fonder un syndicat (!) de beach-volley si on lui mettait des bâtons dans les roues. «Nous avions déjà dessiné le logo.» Sa détermination s’est révélée payante et il reçut le feu vert. Il ne restait qu’à affronter les actionnaires du Lido (ndlr: complexe de loisirs) «qui refusaient de déplacer leur serviette de bain pour faire de la place aux joueurs», ce dont les organisateurs ont dû tenir compte.

http://www.cooperation.ch/Beach_volley_+un+avenir+prometteur Beach-volley: un avenir prometteur
«

Avec trois équipes aux JO 2020, on serait super contents! »

Werner Augsburger (58 ans), directeur de Swiss Volley

Le premier championnat national a donc eu lieu, ouvrant la voie à un quart de siècle d’une belle histoire, ponctuée de succès. Les pionniers furent Martin et Paul Laciga, restés pendant une douzaine d’années au sommet de la hiérarchie mondiale. Les deux frères, qui faisaient figure d’originaux, se parlaient à peine. Après un camp d’entraînement avec eux, un joueur allemand rapporta avec effarement qu’en une semaine, ils avaient peut-être échangé dix mots. Ce qui ne les empêcha pas de connaître la réussite, à l’instar d’autres joueurs de l’équipe suisse, laquelle connut son heure de gloire en 2004, avec la magnifique troisième place de Patrick Heuscher et Stefan Kobel obtenue aux Jeux olympiques d’Athènes.

Rio sans équipe masculine

Les attentes sont fortes, mais «les gens doivent faire preuve de patience».

Les attentes sont fortes, mais «les gens doivent faire preuve de patience».
http://www.cooperation.ch/Beach_volley_+un+avenir+prometteur Les attentes sont fortes, mais «les gens doivent faire preuve de patience».

Cette année-là, trois équipes helvétiques figuraient dans le top ten mondial, marquant le zénith de l’histoire du beach-volley suisse. «Mais cela ne pouvait durer éternellement», déclare Philippe Saxer, directeur du beach-volley chez Swiss Volley, qui vient de nous rejoindre. Vers la fin de la dernière décennie, la fédération se trouvait au pied du mur, les Suisses risquant de décrocher; et ce notamment en raison de l’extrême professionnalisation de ce sport venue bouleverser la donne. Tandis que les hommes de l’équipe suisse se déplaçaient le plus souvent seuls, les duos des autres nations étaient accompagnés de toute une équipe. Suivant le mouvement, Swiss Volley ouvrit un centre national de performance à Berne, ce qui selon Philippe Saxer constitua «une étape majeure de notre histoire».

Kobel et Heuscher ont décroché le bronze aux JO 2004: le meilleur résultat helvétique.

Kobel et Heuscher ont décroché le bronze aux JO 2004: le meilleur résultat helvétique.
http://www.cooperation.ch/Beach_volley_+un+avenir+prometteur Kobel et Heuscher ont décroché le bronze aux JO 2004: le meilleur résultat helvétique.

Après les Jeux olympiques de Londres en 2012, une nouvelle génération est arrivée dans l’équipe masculine, peinant à assurer la relève. Philippe Saxer analyse: «L’effectif n’était pas assez large pour permettre une transition sans accrocs. Nous ne sommes pas le Brésil.» En conséquence, pour la première fois en seize ans, il n’y a pas eu d’équipe masculine suisse au tournoi olympique de Rio en 2016.
L’équipe féminine a relevé le défi. Sauvant l’honneur, Isabelle Forrer et Anouk Vergé-Dépré ont atteint les huitièmes de finale, tandis que Nadine Zumkehr et Joana Heidrich se sont hissées en quarts de finale. Le duo échoua de peu, contraint de s’incliner 13:15 au troisième set, après trois balles de match manquées contre le Brésil.

Un soutien important

Le succès de l’équipe féminine a été déterminant pour l’avenir du beach-volley suisse. Ses matchs passionnants ont marqué les esprits, aussi bien dans le public que chez les sponsors. Et ce sport continue de bénéficier d’un très grand soutien financier – un montant à six zéros – de la part de Swiss Olympic. Comparé au volley-ball en salle masculin, que le manque de succès a relégué au rang de sport marginal comme le télémark, ne recevant que 35  000 francs par année, le beach-volley s’adjuge un
budget d’environ un million de francs. «Et pourtant, c’est un minimum, assure Philippe Saxer, pour chaque franc dépensé, nous nous demandons s’il l’est à bon escient.»

L’expérience est essentielle

Frustrant: aux Jeux olympiques de Rio 2016, Joana Heidrich (photo) et sa partenaire Nadine Zumkehr perdent contre le Brésil après avoir obtenu trois balles de match...

Frustrant: aux Jeux olympiques de Rio 2016, Joana Heidrich (photo) et sa partenaire Nadine Zumkehr perdent contre le Brésil après avoir obtenu trois balles de match...
http://www.cooperation.ch/Beach_volley_+un+avenir+prometteur Frustrant: aux Jeux olympiques de Rio 2016, Joana Heidrich (photo) et sa partenaire Nadine Zumkehr perdent contre le Brésil après avoir obtenu trois balles de match...

L’objectif principal est d’offrir aux joueurs un soutien optimal. Les départs à la retraite de Nadine Zumkehr et Isabelle Forrer ont bouleversé la donne. Il y a des duos prometteurs aussi bien dans l’équipe masculine que féminine, mais Joana Heidrich et Anouk Vergé-Dépré constituent clairement le fleuron du beach-volley suisse. Toutes deux le répètent souvent: «Il faut être patientes.» Elles doivent d’abord acquérir les automatismes; par exemple avec le Coop Beachtour, qui se déroulera du 6 au 9 avril à Zurich, en ouverture de la saison. Philippe Saxer et Werner Augsburger partagent cet avis. «Pour le beach-volley, il faut de l’expérience, confirme Philippe Saxer, c’est la raison pour laquelle nous planifions sur le long terme avec les équipes.»
Deux équipes devraient participer aux Jeux olympiques de Tokyo en 2020. «Et s’il devait y en avoir trois, nous n’en serions que plus heureux», ajoute Werner Augsburger qui, il y a 25 ans ouvrit la voie au beach-volley suisse à Lucerne. Quand à Philippe Saxer, qui était également de la partie en tant que joueur, il reconnaît cependant: «Pour ce qui est du résultat du tournoi, je ne m’en souviens plus!»

Anouk Vergé-Dépré et Joana Heidrich

Anouk Vergé-Dépré

«J’aime le sable et le soleil»

Anouk Vergé-Dépré, qu’est-ce qui vous plaît le plus chez votre nouvelle partenaire?
Elle ne fait rien à moitié et travaille dur pour atteindre ses objectifs.

La plus grande différence entre vous?
J’aime les sucreries, elle pas du tout. Le chocolat ne l’intéresse pas. Là, j’ai parfois l’impression qu’elle me laisse tomber. (rires) Sur le terrain, nous avons toutes les deux un fort tempérament. C’est nouveau pour moi, parce que mon ancienne partenaire, Isabelle Forrer, amenait son calme sur le terrain.

Qu’est-ce qui est mieux?
Je ne sais pas encore. Si nous ressentons toutes les deux de fortes émotions, cela pourrait nous aider à faire des étincelles sur le terrain. Mais nous devons aussi apprendre à garder la tête froide.

Y a-t-il parfois des dissensions?
Oui, comme dans toutes les équipes. L’essentiel est de s’exprimer et de régler les différends de manière ouverte, en cherchant une solution pour que les choses ne s’enveniment pas. Il faut que nous ayons confiance l’une envers l’autre, sinon ça devient difficile. J’ai l’impression que ça fonctionne.

Comment votre changement de position en défense a-t-il été décidé?
En fait, ça a été une question de physique et de coordination. Joana est plus grande (ndlr: 1 m 90 contre 1 m 85), ce qui la destine plutôt au bloc. D’autre part, j’ai déjà joué en défense en junior. Cela constitue un grand changement, mais je m’y habitue chaque jour un peu plus.
Il faudra un peu de temps avant que je puisse à nouveau influencer le jeu comme je le faisais au bloc. Je dois peaufiner mes outils pour retrouver mon ancien niveau.

Entendez-vous la musique pendant les pauses?
Oui, il arrive souvent qu’une bonne musique me motive. Sauf s’ils diffusent toujours le même morceau. La musique apporte au beach-volley une certaine atmosphère, qui fait défaut aux autres sports.

Pourquoi préférez-vous le beach-volley au volley-ball?
Le beach-volley est synonyme de joie de vivre, j’aime le sable et le soleil. Mais j’ai surtout l’impression que j’y ai bien plus de responsabilité et d’influence: nous ne sommes que deux et il ne peut y avoir de changement.

Et pourquoi plutôt le beach-volley qu’un autre sport?
L’atmosphère est incroyable lorsqu’on joue devant des tribunes pleines et qu’on se bat pour chaque point! Il se passe toujours quelque chose, sur le terrain et autour.
Ce sport très physique et sans violence permet d’allier été, plage et ambiance festive. Et on joue souvent dans des endroits magnifiques!

Quel est pour vous le plus bel endroit? (seulement online)
Gstaad est super. Porec, en Croatie, me plaît aussi beaucoup. Et évidemment, on ne peut pas se plaindre de Copacabana à Rio.

Où le sable vous dérange-t-il le plus? (seulement online)
Au lit, c’est clair.

Quel est le plus grand problème du beach-volley? (seulement online)
Par bonheur, le public a pris conscience que nous travaillons dur dans notre discipline pour présenter des matches de ce niveau. Mais le beach-volley reste pour beaucoup un sport de plage. Ces personnes croient que nous nous prélassons toute la journée à la plage lorsque nous avons un tournoi à Rio de Janeiro. Il serait donc bon qu’on parle davantage du beach-volley. Aux Jeux de Rio, nous avons généré une énorme couverture médiatique et télévisuelle. Cela prouve que notre sport attire les téléspectateurs, qu’ils se passionneraient certainement pour des émissions sur le beach-volley.

Quelle a été votre expérience la plus folle au cours des dernières années? (seulement online)
J’étais en Chine avec une coéquipière. Après notre tournoi, nous avons visité une île aux singes. Nous avons acheté des fruits et les avons mangés avant de nous rendre compte qu’ils étaient destinés aux singes! Je n’oublierai jamais cette journée!

Joana Heidrich

«Ma taille m’est utile»

Joana Heidrich, qu’est-ce qui vous plaît le plus chez votre nouvelle partenaire?
Anouk est ambitieuse et très déterminée, tout comme moi. Elle donne le meilleur d’elle-même sans qu’on doive l’y pousser, et c’est important. Par ailleurs, elle ne manque pas d’humour et nous nous amusons bien toutes les deux.

À quoi avez-vous dû vous habituer?
Elle a bien sûr une tout autre personnalité que Nadine Zumkehr, dont j’avais fini par savoir parfaitement comment elle fonctionnait. Il faut un certain temps pour anti­ciper les réactions de sa partenaire dans telle ou telle situation; si nous perdons, par exemple. Et Anouk est plutôt couche-tard et lève-tard, contrairement à moi. Mais pour l’instant, ça fonctionne très bien entre nous.

Vous avez dû trouver votre position sur le terrain, puisque vous jouez de l’autre côté.
C’est beaucoup plus difficile que le public ne l’imagine: contre les meilleures joueuses du monde, chaque détail compte.

Vous êtes une professionnelle du beach-volley, soit un métier de rêve ou y a-t-il un revers
de la médaille?
C’est certainement le métier de mes rêves. Bien qu’il y ait des choses dont je me passerais, comme dans n’importe quel métier. Nous voyageons beaucoup et sommes souvent loin de chez nous pendant des semaines. Personnellement, je n’aime pas tellement prendre l’avion. Et il faut faire beaucoup de sacrifices dans la vie privée. Mais ça en vaut la peine.

Vous mesurez 1 m 90, vous êtes donc parmi les plus petites.
… Ah oui?

Oui, en comparaison de votre frère Adrien qui mesure 2 m 08!
C’est vrai, je dois lever les yeux quand je lui parle. C’est drôle, après avoir voyagé un temps avec l’équipe de beach-volley, j’ai l’impression d’avoir une taille normale. Mais lorsque je rentre et que je me promène dans la rue, c’est chaque fois un choc et je me dis: «Ouh, c’est vrai que je suis très grande!»

On vous fait des remarques?
Il arrive régulièrement qu’un passant dise: «Mince alors, qu’est-ce qu’elle est grande!» Comme si je ne le savais pas! (rires) Je me suis habituée aux regards. Je fais de même quand je croise une personne  particulièrement grande. Ma taille n’est plus un problème pour moi. Au contraire, elle m’est utile dans mon métier.

Comment l’avez-vous vécu à l’école?
Là, c’était déjà plus difficile. Quand on est ado, ce n’est jamais évident d’être hors norme. Mais une fois que j’ai commencé le volley-ball, j’ai assez rapidement été à l’aise avec ma taille.

Où le sable vous dérange-t-il le plus? (seulement online)
Partout dans l’appartement, et particulièrement au lit. C’est malheureusement inévitable. On peut se doucher tant qu’on veut, il y a toujours un ou deux grains de sable qui finissent dans le lit. Mais il serait difficile d’imaginer le beach volley sans sable.

Quel est le plus beau site de beach-volley? (seulement online)
Je trouve Gstaad très beau, avec les montagnes en arrière-plan. Et nous y avons l’avantage du terrain. J’aime aussi Klagenfurt, en Autriche.

Je m’attendais à des lieux plus exotiques. (seulement online)
J’ai cité Gstaad et Klagenfurt non seulement parce que ce sont de beaux endroits, mais aussi parce que je m’y sens très bien.  D’accord, Rio de Janeiro pendant les JO, ce n’était pas mal non plus. Mais il ne figure pas en tête de mon hit-parade.

Vous arrive-t-il encore de rêver des trois balles de match manquées pendant le quart de finale olympique contre le Brésil à Rio? (seulement online)
Par chance non. Mais ça me fait toujours mal quand quelqu’un me rappelle ce match. Ça a été terrible. Il faut dire que nous n’étions jamais à la réception, toujours au service, et au beach volley, ça compte beaucoup. Mais nous ne nous sommes pas fait de reproches, ce qui est rare. Parfois, il faut un peu de chance. Ça a certainement été ma pire défaite, mais aussi une belle expérience.

L’important soutien de Coop

Depuis 2000, Coop est le sponsor principal du Coop Beachtour. Ce dernier compte sept tournois qui voient se mesurer les meilleures équipes suisses avec des équipes étrangères. Le duo le mieux classé lors du tournoi final à Berne (du 30 août au 1er septembre) devient champion suisse.

Dates:

  • Zurich, 6 au 9 avril
  • Genève, 11 au 14 mai
  • Locarno, 2 au 5 juin
  • Olten (SO), 15 au 18 juin
  • Bâle, 29 juillet au 1er août
  • Rorschach (SG), 17 au 20 août
  • Berne, 30 août au 1er septembre
    www.coopbeachtour.ch

Coop sponsorise également un tournoi Major Series, auquel participent les meilleures équipes du monde: il aura lieu du 4 au 9 juillet dans un cadre exceptionnel,
à Gstaad (BE). www.beachworldtour.ch

Un autre engagement important de Coop est le soutien apporté au Coop Junior Beachtour: dès le mois de mai, les jeunes joueurs et joueuses peuvent participer dans tout le pays à 170 cups et dix masters dans les catégories M15, M17 et M19. www.coopjuniorbeachtour.ch

Extrait du match entre Anouk Vergé-Dépré/Isabelle Forrer (SUI) vs. Joana Heidrich/Nadine Zumkehr (SUI)

TorontoFinals, finale: Heidrich/Zumkehr (SUI) vs. Ludwig/Walkenhorst (GER)

Extrait d’un match d’Anouk Vergé-Dépré/Isabelle Forrer (SUI) au Brésil (Rio Grand Slam).

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Andreas W. Schmid
Photo:
Julie Lovens, tinefoto.com/Martin Steinthaler, Stephan Bögli, AFP, Getty Images, Adrian Knecht
Publication:
lundi 03.04.2017, 14:00 heure



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