Beatrice Berrut, ici en concert avec le Brussels Philharmonic Orchestra. La pianiste est aussi pilote, elle adore le ski, la cuisine, les whiskies.

«La musique, c’est l’âme du monde»

Interview La pianiste internationale Beatrice Berrut sort un disque d’œuvres de Liszt. Rencontre chez elle à Monthey, où elle nous parle musique, spiritualité et aussi… aviation.

Elle était cet été en tournée en Chine, elle revient d’Istanbul et de Tel Aviv. La pianiste Beatrice Berrut, qui donne des concerts dans le monde entier, nous reçoit dans la maison familiale de Monthey (VS), son «camp de base». Là où sous les pentes du toit, sont installés les pianos où tous les jours elle dialogue dans le plus clair et le plus intense de la musique. Sans manquer de se préparer à un brevet de pilote. De randonner et de skier. D’aimer cuisiner et d’avoir une passion pour les whiskies.

Quelle est la musique de ce matin?
C’est celle que je vais travailler au moins jusqu’à fin février: la «Burlesque» de Strauss, que je joue avec la Philharmonie de Cracovie en février et que j’apprends. Du coup je suis complètement habitée par cette musique, elle me poursuit jour et nuit…   

Vous êtes pianiste, vous consacrez votre vie à la musique, mais vous êtes aussi presque une pilote d’avion?…
Oui, j’ai déjà volé pendant deux ans, et même seule, mais j’ai dû interrompre ma formation. Depuis septembre j’ai recommencé – quand je suis là, en Valais, je vais aux cours théoriques le maximum possible.

Votre premier vol seule, vous pouvez le décrire?
Oui, c’était exceptionnel, j’avais une concentration et un sentiment de fierté. Je me sentais seule au monde mais d’une très bonne manière –  j’ai décollé et j’ai posé plusieurs fois et quand j’ai rangé l’avion au hangar et bien là je me suis dit, ouah!, là je suis une femme – j’avais vraiment l’impression d’avoir accompli quelque chose.

Vous êtes quand même d’abord musicienne – quel a été le déclic?
Un choc existentiel, pratiquement. J’avais toujours eu envie de jouer du piano, parce que ma mère en jouait. Et puis j’ai découvert le Concerto N°2 de Brahms qui était parmi les CDs, ici dans la maison, et ça a été un choc total. Cette musique m’a tellement bouleversée, c’était comme si on m’ouvrait le cosmos tout d’un coup, il y avait un univers de beauté, d’émotion qui s’ouvrait à moi et dont je
ne soupçonnais même pas l’existence. Depuis ce moment-là, je me suis dit que ma vie était là pour servir cette musique incroyable, que c’était son sens – et que c’était mon sacerdoce.

«

Quand j’ai rangé l’avion au hangar et bien là je me suis dit ouah!»

Mais pourquoi le piano? Vous auriez pu faire par exemple du violon, du violoncelle…
En fait non, je n’aurais rien pu faire d’autre – c’est vraiment l’instrument qui me transporte. Il y a une puissance, une complexité. Et puis l’indépendance absolue du pianiste. Je serais frustrée de ne jouer qu’une seule ligne, de ne pas avoir les harmonies, cette plénitude en fait de l’instrument…

Le piano est un orchestre à lui seul, mais vous avez aussi beaucoup joué avec d’autres musiciens et notamment de la musique de chambre.
C’est une expérience capitale pour un pianiste, parce que le piano est quand même un instrument à percussion à la base et notre gros travail est de faire oublier cette percussion, de passer au-dessus de la matérialité de l’instrument, de le faire chanter comme une voix humaine ou comme les cordes.
Jouer avec des instruments à cordes m’a vraiment inspirée et appris à sortir de mon esthétique de pianiste et d’aller vers quelque chose de plus chantant… De soigner mon son, en fait. Si on ne fait rien de spécial, le piano donne un son très plat. Et la difficulté, c’est vraiment ça.

Qu’est-ce qu’une journée de Beatrice Berrut?
Quand je ne tourne pas et que je suis à la maison? Je me lève relativement tôt et puis je travaille mon piano, j’essaie d’en faire six heures. Le soir, comme souvent maintenant, je pars à l’aérodrome de Bex suivre trois heures de théorie pour le brevet de pilote.

Votre dernier disque (le 5e) rassemble des œuvres de Liszt sous le titre de «Metanoia» (transformation, guérison de l’âme) – la musique est-elle initiatique?
Absolument. La musique est un chemin intérieur et j’ai vraiment l’impression qu’en travaillant la musique, on travaille son âme.
Je ne peux pas dire autrement, c’est une forme de spiritualité, de religion.
Et je pense qu’elle fait appel au meilleur de nous-même, autant quand on l’écoute que quand on la joue. En essayant de s’étirer vers elle, on grandit vraiment, du moins j’ose l’espérer.

Dans les notes de musique que vous jouez, que vous entendez, est-ce qu’il n’y a pas une parcelle d’éternité, quelque chose qui va au-delà du son?
Si, j’ai clairement l’intuition qu’il y a une part de «divin» chez les hommes, qui leur permet de composer de la si belle musique.
Il y a un regard sur un au-delà qui échappe au quotidien, une porte ouverte vers un grand mystère.

Il y a une sorte de révélation par la musique?
Oui, et c’est un cadeau tellement merveilleux! Imaginez Mozart, qui a vécu il y a plus de deux siècles et qui encore maintenant fait du bien à ses frères humains en leur ayant légué son œuvre. C’est fou quand on y pense, le cadeau qu’il nous a fait, et le cadeau qu’on nous a fait en nous
envoyant Mozart…

Comment vous sentez-vous après avoir joué du Mozart?
Comme quelqu’un qui a servi une cause extraordinairement belle et qui est infiniment reconnaissant qu’on lui ait confié cette responsabilité.

Et si la musique n’existait pas, que manquerait-il au monde?
Tout! Je ne peux pas concevoir un monde sans musique. La musique, c’est l’âme du monde. C’est le seul langage universel, un moyen de partager avec les autres, là où les mots sont parfaitement impuissants.

On change complètement de domaine, Beatrice, vous invitez des amis, qu’est-ce que vous faites à manger?
J’ai plusieurs recettes que j’aime bien faire, mais j’aime bien en changer. J’adore explorer en cuisine. Et puis j’adore manger!

Mettez-nous en appétit, un plat que vous leur feriez?
Il y a quelque chose que je suis sûre de réussir, ça s’appelle «amour de saumon en papillote».
Un pavé de saumon avec de la moutarde gros grains à l’ancienne dessus, des brins de coriandre, des champignons de Paris émincés très fins, des tomates cerises coupées en deux, le tout cuit en papillote au four. C’est absolument délicieux.

Et vous avez une passion pour les whiskies ?
Pour les single malt écossais.

Les autres musiques que vous aimez?
J’aime beaucoup le blues, j’aime bien ce qui est rock aussi. Comme le groupe Clutch qui fait du blues metal, c’est assez explosif comme mélange, c’est vraiment très fort: ils ont un son qui a beaucoup de grain!

Qu’est-ce que vous (vous) souhaitez pour 2017 ?
Ce que je me souhaite c’est la santé pour les gens que j’aime. Et puis de beaux concerts.
C’est aussi que l’humanité trouve un terrain d’entente et qu’on parvienne à stopper la propagation des tensions et des idées extrémistes… Et puis qu’on fasse un vrai effort écologique aussi!

Beatrice Berrut chez elle, à Monthey, lors de notre entretien.

Les mondes de la pianiste

Elle entame tout juste la trentaine, mais du Valais où Beatrice Berrut est revenue après ses études (Berlin, Dublin), elle part jouer partout, à Chicago, à Londres, à Buenos Aires, en Chine… Elle qui, pour conjurer sa peur de l’avion, apprend (en autre passion et sur un Robin HR20) à devenir pilote. Elle aime le ski, les soirées aux goûts de blues et de whisky. Son 5e opus «Metanoia» (des œuvres de Liszt) sera verni à Paris le 16 janvier.

Le nouveau CD de Beatrice Berrut : «Metanoia», 10 œuvres de Liszt (chez Aparté)

Beatrice Berrut qui joue le premier morceau de Liszt de son nouveau CD.

Beatrice Berrut joue Bach («Ich ruf zu Dir»).

Beatrice Berrut en concert avec la Brussels Philharmonic Orchestra.

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Jean-Dominique Humbert

Rédacteur en chef adjoint

Photo:
Darin Vanselow
Publication:
lundi 02.01.2017, 13:45 heure



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