Benoît Aymon (59 ans) à côté de l’Hôtel Weisshorn, sur le tournage de l’émission du 20e anniversaire de «Passe-moi les Jumelles».

L’homme qui a foi en la montagne

Au sommet du succès. Cela fait vingt ans que l’émission «Passe-moi les Jumelles» (PAJU), de RTS Un, fait rêver le public en magnifiant montagnes et plaines. Rencontre in situ avec le cofondateur, Benoît Aymon.

Perché à 2300 m d’altitude, dans le val d’Anniviers (VS), l’Hôtel Weisshorn est une parenthèse dans le temps – il a été construit en 1882 – qui se fond parfaitement dans les majestueux paysages montagneux alentour et sans âge, dont la couleur des sommets tourne parfois au vert émeraude lorsque le soleil les darde de ses rayons couchants.

C’est dans ce décor intemporel que nous accueille le maître des lieux – le temps d’un tournage – Benoît Aymon, producteur et présentateur (de plus en plus rare) de l’un des programmes-phares de la Radio Télévision Suisse (RTS), Passe-moi les Jumelles, qui fête ses 20 ans en 2013 (voir p. 88). «Il s’agit d’un retour aux sources, puisque nous y avions réalisé la deuxième émission», rappelle le journaliste valaisan.

Une quarantaine de personnes ont été mobilisées pour la réalisation de l’émission.

Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts ou plutôt de la neige a fondu sur les monts, car le programme valorise régulièrement les sommets. D’ici ou d’ailleurs. Ce n’est donc pas un hasard si l’alpiniste fribourgeois Ehrard Loretan, aujourd’hui disparu, une des stars mondiales de la discipline, a été à cinq reprises l’hôte de PAJU. «Il était très charismatique et drôle avec un humour au deuxième degré que le grand public ne connaissait pas. En outre, la modestie était inscrite en lui.»

Perché à 2300 m d’altitude, dans le val d’Anniviers (VS), l’Hôtel Weisshorn était le «héros» de la deuxième émission de PAJU, en 1993.

Plongé dans ses souvenirs, le sourire aux lèvres, notre interlocuteur dégage une grande sympathie et une simplicité, qui est aussi la marque de fabrique de son émission. «J’aime cette notion. La simplicité est la sophistication suprême, disait Léonard de Vinci. Il faut oser être simple. Et les marcheurs (téléspectateurs), que nous sommes finalement tous, se retrouvent dans ce terme. Comme dans celui de lenteur. Un randonneur en balade prend le temps de regarder le paysage.»

Dans une société toujours plus complexe et connectée, l’éloge de la simplicité et de la lenteur, prôné par PAJU dès sa naissance, trouve une caisse de résonance toujours plus forte puisque l’on ne jure plus, aujourd’hui, que par les termes «slow management», «slow food»… «De démodés, voire subversifs au début, nous sommes devenus, avec le temps, à la mode, analyse Benoît Aymon. Il ne faut toutefois pas confondre lenteur et ennui. Il y a des silences habités qui ont un sens. Nous apprécions d’offrir du temps, pas des temps morts.»

Vingt ans de PAJU, ça correspond à 224 émissions et à quelque 500 reportages.

A 59 ans et toutes proportions gardées, l’homme d’écran se déclare désormais dans une phase de transmission. «Voici deux ans, nous sommes passés de neuf à dix-huit rendez-vous annuels. J’ai estimé que l’heure était venue de passer le témoin.» Ce qui a été fait avec l’arrivée de Virginie Brawand à la présentation: «J’apprécie beaucoup son travail.» De jeunes réalisateurs et cameramen pointent le bout de leur nez, le savoir-faire se renouvelle. «Ils arrivent avec leurs idées et je trouve cela très stimulant.» Dans le courrier reçu depuis vingt ans, le commentaire qui revient le plus souvent est: «Merci de nous faire rêver.» Ce qui fait dire à Benoît Aymon qu’il a parfois envie d’écrire «Marchand de rêve» sur sa carte de visite. Les qualités de conteur de sommets majestueux et de grands espaces de l’homme d’image sont en tout cas indéniables.

PAJU, un travail d’équipe avant tout

Point de départ. «En 1993, je chatouille la fibre valaisanne du directeur des programmes de la TSR d’alors, Raymond Vouillamoz, en lui disant que, dans un pays de montagnes, il n’y a pas d’émission sur la montagne. Il me dit qu’il vient de voir Pierre-Pascal Rossi (ndlr: autre figure de la TSR), qui lui a proposé un programme sur la pêche. Vouillamoz me lance: «Allez prendre un verre et débrouillez-vous!» C’est ainsi que PAJU est née.»  

Nature. «Passe-moi les Jumelles n’est pas une émission écologiste militante. Mais la nature fait partie du cadre et on a évidemment intérêt à le préserver.»

Métier de rêve. «Je me suis souvent pincé, avec le réalisateur historique Pierre-Antoine Hiroz, pour être sûr que je ne rêvais pas et que c’était bien mon job de me retrouver, par exemple, au sommet d’un volcan, en Bolivie, à 6500 m d’altitude!»

Rencontres. «Toutes les personnes qui travaillent sur cette émission sont conscientes d’avoir de la chance. Mais la plus grande, c’est d’être payé pour rencontrer des gens qu’on a choisis. Parfois, ils deviennent même des amis, comme l’alpiniste Erhard Loretan.»

Equipe. «PAJU est un travail d’équipe. Pour l’émission du 20e à l’Hôtel Weisshorn, nous sommes 40 personnes(!), dont le chef d’orchestre est le réalisateur Romain Guélat. Les équipes apprécient de bosser avec nous, car nous leur laissons du temps et de la place. Nous valorisons les métiers. Car il faut savoir que le montage notamment est un maillon essentiel qui peut sauver ou, au contraire, casser un film.»

Benoît Aymon se consacre désormais à la coproduction de PAJU.

Champagne!  Un 20e royal

Pour son 20e anniversaire, «Passe-moi les Jumelles» met les petits plats dans les grands. Une émission spéciale, tournée à l’Hôtel Weisshorn (ci-contre), s’articulera autour des portraits de trois jeunes pour lesquels passion rime avec abeilles, vin et montagne. Au rang des personnalités invitées, citons l’aéronaute Bertrand Piccard, le conseiller fédéral Alain Berset et le chirurgien cardiaque René Prêtre. Les entretiens seront agrémentés de séquences d’archives.

PAJU spécial 20e, vendredi 6 septembre 2013, 20 h 10, RTS Un.

www.rts.ch

Souvenirs: l'aventure avec un grand A

Spitzberg, 2004
«C’était au cœur de l’hiver et il faisait -40° C! On filmait une famille française qui vivait sur un bateau prisonnier des glaces, Le Vagabond. Elle participait à un programme scientifique et avait un bébé de 5 semaines. Il nous avait fallu trois-quatre heures de motoneige pour la rejoindre.»

Massif du Trient (VS), 1995
«C’est la première fois que je rencontrais l’alpiniste de légende Erhard Loretan (à gauche). Il venait de gravir les 14 sommets de 8000 m du monde. On m’avait mis en garde, ça ne sert à rien d’aller le voir, il ne dit rien. Or, nous avons fait une interview de quatre minutes sans aucune coupure… Erhard est très vite devenu un ami.»

Hauts plateaux éthiopiens, 1998  
«Nous sommes avec le réalisateur Jean-Paul Mudry (cheveux blancs). Il a filmé énormément d’émissions et apporté une touche de poésie débridée et d’humour. C’est également un ami et même le parrain d’une de mes deux filles, Camille. Jean-Paul est désormais à la retraite.»

Sommet du Cervin, 1er Août 2001
«Tous les sujets montagne, depuis vingt ans, sont réalisés par Pierre-Antoine Hiroz (à gauche, avec les cheveux bouclés). Idem pour le caméraman Camille Cottagnoud, le Mozart de la caméra, l’un des plus talentueux preneurs d’images de Suisse romande (ndlr: absent sur la photo). Pour l’anecdote, Jean-Claude Pont, tout à droite sur la photo, mon ex-prof de maths au collège de Sion, nous accompagnait. Il a réussi à me faire apprécier cette matière deux ans avant la matu. C’était amusant de le revoir dans le cadre de la montagne trente ans plus tard.»

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Didier Walzer

Rédacteur

Photo:
Charly Rappo/arkive.ch | Benoît Aymon
Publication:
lundi 02.09.2013, 12:00 heure

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