Légende du ski, architecte de pistes, ambassadeur de marques: Bernhard Russi emmène aussi les enfants des villes suisses skier gratuitement.

Picasso du ski

Rencontre Les Mondiaux de Saint-Moritz, la relève, la soixantaine rugissante: le champion olympique Bernhard Russi est un semeur d’énergie.

Quand Bernhard Russi entre dans le buffet de la gare d’Andermatt (UR), il s’arrête à presque chaque table pour faire un brin de causette ou saluer une connaissance. Eh oui, cette légende du ski est encore plus populaire depuis la mi-janvier: dans un documentaire intimiste diffusé à la télévision suisse alémanique, il dévoile sa vie spirituelle et évoque les coups du sort auxquels il a été confronté (sur RTS, 9 février à 20 h 10 dans Temps Présent). Le slalom de tables terminé, il nous salue avec une chaleureuse poignée de main.

Bernhard Russi, y a-t-il une raison de se rencontrer au buffet de la gare d’Andermatt?
Évidemment, je suis né ici! Pas dans le restaurant, mais dans la gare. Mon père était employé des chemins de fer, nous habitions au premier étage. Un accouchement à domicile, à l’ancienne, donc! Clairement, mais ce n’était pas rare à l’époque.
Où ça peut sembler bizarre, c’est quand je raconte cette histoire aux États-Unis: «I was born in a railway station.» (Je suis né dans une gare). Bien sûr, ils s’imaginent la salle d’attente d’une gare...

«

«Je suis né dans une gare!»»

Vous avez été champion olympique en 1972. Depuis, presque tout ce que vous touchez se transforme en or. Vous arrive-t-il parfois de douter de vous-même?
On s’est tous déjà dit au moins une fois: «Qu’est-ce qui se serait passé si j’avais choisi la voie de gauche plutôt que celle de droite?» Il m’est arrivé d’hésiter sur la justesse de mes décisions, et c’est toujours le cas aujourd’hui.

À 68 ans, ressentez-vous le poids des années?
La vraie question est plutôt: que signifie le chiffre 68? Chacun a son propre point de vue. Devenir vieux fait partie d’un processus. On ne passe pas de 20 à 50 ans du jour au lendemain. Je crois que l’on ne devrait pas accorder autant d’importance à ces chiffres. Bien sûr, il existe un âge de la retraite – du moins pour certaines personnes. Personnellement, je suis un homme d’action, j’ai besoin de ressentir des sensations physiques. Ma philosophie, c’est de ne jamais cesser de tester mes limites!

Et comment gérez-vous vos limites?
Je ne me dis pas systématiquement: «Attention, tu as 68 ans, ne fais pas ces trois cols à vélo.» J’essaie... Le jour où je ne n’arriverai pas à passer le troisième col, je saurai où se trouvent mes limites… Ce qui ne m’empêchera pas de vouloir les repousser.

Vous semblez ne pas vous sentir concerné par l’âge de la retraite...
Je n’ai jamais considéré ce que je fais comme un travail. Je n’ai donc aucune raison de lever le pied.

«

Ma philosophie? Ne jamais cesser de tester mes limites!»

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Vous avez tout de même réduit vos activités?
Oui, mais depuis que j’ai décidé de ralentir, j’en fais plutôt plus (rires). Par contre, il y a des domaines où je commence à lever le pied, comme par exemple la conception de nouvelles pistes.
Je suis en train de former un successeur, Didier Défago, dans l’espoir qu’il reprenne les rênes.
Les Championnats du monde de Saint-Moritz approchent à grands pas (du 6 au 19 février).

Pouvez-vous nous en dire plus sur cet événement?
Ça va être génial! Bien sûr, ça dépendra aussi en grande partie des conditions météo. Et il ne s’agit pas uniquement de savoir s’il neigera ou s’il y aura du brouillard, car il suffit d’un seul petit nuage... Le terrain est tellement exposé que ça peut avoir un impact sur la compétition. Mais ce n’est pas nouveau. Les conditions de visibilité ont toujours été un facteur déterminant dans le ski alpin. Si ça ne tenait qu’à moi, j’organiserais toutes les courses en nocturne, à la seule lueur des projecteurs.

En avez-vous déjà parlé à la Fédération internationale de ski?
Cette idée a fait l’objet de discussions pour les Jeux olympiques d’hiver en Corée du Sud en 2018. Mais le Comité international olympique s’y est opposé en raison du planning des différentes disciplines sportives.
Il doit également programmer des manifestations en journée dans la mesure où les matchs de hockey – ainsi que d’autres compétitions sur glace – auront lieu en soirée à cause du décalage horaire avec l’Amérique du Nord.

Et pour la Coupe du monde de ski? Pourrait-on imaginer des courses nocturnes au Lauberhorn ou sur la Streif?
Pour les courses du Lauberhorn où le panorama des montagnes (Eiger, Mönch, Jungfrau) et un ciel idéalement bleu jouent un rôle essentiel, pas vraiment. À Kitzbühel (AUT), ces facteurs sont moins décisifs; une descente de nuit serait donc tout à fait envisageable.
Du point de vue sportif, des courses nocturnes seraient clairement plus équitables. Aujourd’hui, le niveau des skieurs étant relativement comparable en termes de performances, les conditions de visibilité peuvent décider de la victoire ou de la défaite.

«J’ai skié dans le James Bond «Au service secret de Sa Majesté» et j’ai fait une mauvaise chute.» Résultat: trois mois d’hôpital.

De trop grands changements ne nuiraient-ils pas au ski?
J’ai toujours été de ceux qui pensent que notre sport n’a pas besoin d’être révolutionné. Mais certains changements seraient utiles. Lors des épreuves de Coupe du monde, ce ne sont pas moins de 90 skieurs qui dévalent les pistes. La majeure partie d’entre eux n’y parvient pas durant les heures de diffusion des chaînes de télé. Pourquoi ne pas réduire de moitié le nombre de skieurs et, en contrepartie, doubler le montant des gains? Je trouve qu’il serait grand temps que ça change!

Selon vous, les skieurs ne gagnent pas assez d’argent?
Tout à fait. Prenons les joueurs de fléchettes: non pas que je veuille dénigrer leurs performances, mais quand on voit des milliers de fans assis dans une halle en train de regarder un type qui lance des fléchettes sur une cible et qui va gagner des millions pour sa performance, alors que des skieurs vont jusqu’à risquer leur vie pour offrir un divertissement de qualité, je trouve ça disproportionné!

Pourquoi ne pas vous en plaindre en haut lieu?
Les skieurs professionnels gagnent pourtant bien leur vie, à coup sûr près de 200  000 fr. par an, si l’on compte l’argent des sponsors.
Cela représente près de deux millions de francs en dix ans – ce que dure en moyenne une carrière de skieur. Mais il faut déduire l’intégralité des sommes investies pour devenir professionnel.
Personne ne devient riche avec ce sport. Seuls les plus grands skieurs du monde gagnent bien leur vie. Mais avant d’en arriver là, les parents doivent investir chaque an entre 25 000 et 35 000 fr.
en vue d’une telle carrière.

Bernhard Russi propose que nous nous rendions au Chedi Andermatt – sacré «hôtel de l’année 2016» par Gault&Millau – pour la séance photo.
Le local de ski est aussi luxueux qu’un hall d’hôtel. Le mur est orné d’une photo en noir et blanc représentant Bernhard Russi sur les skis. N’étant pas le genre de personne à évoquer sans cesse
ses exploits, il fait toutefois une exception. Et pointant du doigt la photo, il nous inter­roge: «Où est-ce?»

Nous donnons notre langue au chat!
C’était en 1970, à Val Gardena (Italie), lors de la descente des Championnats du monde.
Oui, à la surprise générale, vous avez remporté la médaille d’or. Une histoire incroyable, car seulement dix mois plus tôt, vous étiez à l’hôpital avec une fracture de la septième vertèbre cervicale.
Effectivement, je venais tout juste de finir mon apprentissage de dessinateur en bâtiment quand j’ai reçu une proposition exceptionnelle: skier dans le James Bond, Au service secret de Sa Majesté!
Malheureusement, j’ai fait une chute. Je me suis fracturé une vertèbre cervicale et la main. Résultat: trois mois à l’hôpital. Lorsque j’ai enfin repris l’entraînement, le slalom m’était interdit. C’est peut-être aussi pour ça que je suis devenu champion du monde en descente!

Le ski, en tant que sport de masse, est en perte de vitesse. On le voit aussi dans les écoles qui proposent toujours moins de camps de ski. Votre avis?
Là, il faut faire attention. Il s’agit de deux problèmes bien distincts. Les statistiques indiquent que ces quatre dernières années, le ski est le sport dont la pratique a le plus fortement augmenté en Suisse. Par contre, le nombre d’inscriptions pour les camps de ski a diminué. Cela tient entre autres au manque de places d’hébergement, mais aussi au fait que certains professeurs ne sont plus disposés à assumer une telle responsabilité. De nos jours, si un enfant se casse une jambe, le professeur risque fort d’être poursuivi en justice. Les enseignants ont fini par se dire que le jeu n’en valait pas la chandelle.

Comment y remédier?
Il y a plus de dix ans déjà, j’ai lancé le projet Snow For Free permettant aux enfants des grandes villes suisses de découvrir le ski gratuitement dans différents domaines skiables, le mercredi après-midi (ndlr: départ en Suisse romande de Bulle, Fribourg, Lausanne, Morges et Saint-Prex). Depuis 2005, j’ai pu initier plus de 10  000 enfants. Un quart d’entre eux n’avaient encore jamais chaussé de skis!

Revenons aux Mondiaux de Saint-Moritz, quelles sont les chances de Lara Gut?
Elle s’aligne pour une médaille dans toutes les disciplines, mis à part le slalom. Elle sait qu’elle aura encore suffisamment de chances de monter sur le podium, si elle rate une course. Ça la rend plus détendue. Si je dois choisir une épreuve où elle arrivera probablement devant, c’est le Super-G!

Qu’est-ce qui la rend si forte sur des skis?
Lara a hérité de ses parents une condition athlétique idéale. Ils sont eux aussi très sportifs. Son talent est inné: elle possède en effet un extraordinaire feeling du mouvement. Elle pourrait certainement aussi briller dans d’autres sports!

Après l’or olympique, architecte de pistes

Février 1970: à seulement 21 ans, Bernhard Russi devient champion du monde de descente à Val Gardena en Italie.

Février 1970: à seulement 21 ans, Bernhard Russi devient champion du monde de descente à Val Gardena en Italie.
http://www.cooperation.ch/Bernhard+Russi Février 1970: à seulement 21 ans, Bernhard Russi devient champion du monde de descente à Val Gardena en Italie.

Si Bernhard Russi (68 ans) devait élire le meilleur skieur de descente de tous les temps, il choisirait l’Autrichien Franz Klammer, contre qui il a rarement remporté la bataille. Pourtant, le palmarès du natif d’Andermatt (UR) après dix ans de carrière reste impressionnant: champion du monde en 1970 à Val Gardena, il remporte l’or deux ans plus tard aux Jeux olympiques de Sapporo (JP). Il gagne dix épreuves de Coupe du monde et deux fois la Coupe du monde de descente.
En 1976, aux JO d’Innsbruck, il arrive en seconde position derrière Franz Klammer en descente. En 1978, après son retrait de la compétition, Bernhard Russi est engagé en qualité de consultant par la télévision suisse alémanique. Le dessinateur en bâtiment de formation est père de deux enfants, aujourd’hui adultes. Ambassadeur de plusieurs marques, il est aussi très sollicité pour la création de pistes de ski. Au milieu des années 1980, il devient le plus réputé des architectes de descente. Il dessine notamment les tracés de la course reine aux Jeux olympiques de 1988, 1992, 1994, 1998, 2002 et 2014.
Le triple champion olympique français Jean-Claude Killy l’a carrément surnommé le «Picasso du ski»!

Le programme des Mondiaux de St. Moritz

Olympics Sapporo 1972 Downhill Men

Downhill compare 1976 Russi vs Klammer

Webisode N°5 / 12.2016 - 1400 Höhenmeter mit Bernhard Russi

Destination Andermatt with Bernhard Russi - Andermatt Swiss Alps

Bernhard Russi als Sänger (1978)

Alpine ski WC 1975 Kitzbuhel,Downhill Bernard Russi

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texte:
Andreas Eugster, Andreas W. Schmid
Photo:
Mischa Christen, Keystone
Publication:
lundi 30.01.2017, 13:50 heure



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