«Je commence toujours par l’impression générale qui se dégage d’une exploitation», explique la contrôleuse de la PSA.

Bien-être animal

Respect Une journée dans le quotidien d’Anne-Kathrin Witschi de la Protection suisse des animaux (PSA) aux côtés des éleveurs Naturafarm.

«

Je me sens mieux dans mon métier»

Markus Odermatt, éleveur

Allons-nous être accueillis par un chien peu hospitalier ou un fermier revêche va-t-il nous claquer la porte de l’étable au nez? La question se pose subrepticement car nous arrivons sans nous être annoncés à l’exploitation de Benno Elmiger (47 ans) à Ermensee, dans le canton de Lucerne. Une interrogation à mille lieues des préoccupations d’Anne-Kathrin Witschi (34 ans), docteur en agronomie qui œuvre au quotidien pour le service de contrôle de la PSA. Son credo du jour? Le respect des normes drastiques en vigueur pour le bien-être des animaux des exploitations Naturafarm.
Heureusement, aucun chien en vue; et Benno Elmiger nous adresse déjà de loin un signe amical. Non seulement par politesse, mais aussi parce que ce professionnel de la terre n’a rien à craindre d’une investigation approfondie. «Je commence toujours par l’impression générale qui se dégage d’une exploitation: propreté, litière, espace à disposition et état des animaux», explique Anne-Kathrin Witschi avant d’entamer un contrôle détaillé. À l’instar de ses collègues qui sillonnent aussi la Suisse, la spécialiste travaille sur mandat de Coop «mais en toute indépendance», tient-elle à souligner.
Les paysans produisant selon les directives de la marque Naturafarm ont une quarantaine de points à respecter pour assurer le bien-être des animaux. La palette de critères s’étend de la ventilation de l’écurie à l’accès permanent à la nourriture et à l’eau, en passant par l’inventaire des médicaments. La contrôleuse de la PSA jette également un œil en coulisse et indique des sacs de nourriture vides. «Ils portent tous le label Naturafarm, ce qui signifie que la nourriture ne contient ni farine de poisson ni OGM», explique-t-elle.

Du soja européen sans OGM

Or les instructions pour l’alimentation vont encore plus loin, comme le détaille Armin Bühlmann (27 ans), exploitant agricole à Inwil (LU). «Je nourris mes poulets avec du Donau Soja cultivé dans la région du Danube et exempt d’OGM.» Une directive entrée en vigueur au 1er janvier de cette année. «D’ailleurs, les preuves d’achat sont vérifiées en conséquence. Ce soja est un peu plus onéreux, mais il ne contribue pas à la destruction des forêts tropicales d’Amérique du Sud», argumente Anne-Kathrin Witschi.
C’est ensuite chez Markus Odermatt (48 ans), éleveur de porcs à Eschenbach (LU), que notre tournée de contrôles du jour nous emmène. Un passionné qui œuvre selon les directives Naturafarm depuis de nombreuses années. La raison d’un tel choix? Un engagement idéologique à coup sûr.
Mais les considérations économiques font aussi peser la balance puisque la viande Naturafarm se paie un peu plus cher aux éleveurs qu’une viande dite conventionnelle. Et c’est légitime. Néanmoins avec pour objectif premier le respect du bien-être des animaux, Naturafarm n’est pas qu’une marque. Elle est un état d’esprit qui touche aussi au cœur des femmes et des hommes amoureux de la nature et de leur métier. «Je me sens bien mieux qu’autrefois», confie Markus Odermatt. Autrefois, c’est-à-dire quand ses porcs ne disposaient pas d’enclos, ne voyaient pas la lumière du jour et étaient entassés à l’écurie sur un sol de caillebotis intégral. Il en va de même pour Benno Elmiger: avant Naturafarm, ses veaux étaient anémiques parce qu’ils ne recevaient pas de foin. Une réalité parfois difficile à mettre en lumière et à faire entendre aux consommateurs.

Une quarantaine de points à respecter par les éleveurs sont contrôlés par les professionnels de la Protection suisse des animaux.

L’importance des visites de la PSA

Mais qu’on ne se leurre pas: Anne-Kathrin Witschi n’est pas reçue partout avec le même plaisir. «Au début, il y a parfois des préjugés; et les paysans ont aussi autre chose à faire qu’à parcourir les étables avec moi. Sans oublier que tout n’est pas toujours irréprochable partout.» Aujourd’hui, elle ne constate que des «péchés véniels»: les veaux devraient disposer d’une marche supplémentaire pour sortir de l’écurie. Chez les poules, une partie de la litière est trop compacte et elles ne peuvent plus y gratter. En revanche, pour les porcs rien à redire; leur éleveur reçoit les éloges de la protection des animaux. 

Quels sont donc les péchés capitaux selon Anne-Kathrin Witschi? Et quelles en sont les conséquences? «La faute est grave si l’on constate que les animaux n’ont pas accès à un enclos, que le nombre maximal de bêtes n’est pas respecté, que les animaux malades ne sont pas soignés ou que la nourriture et l’eau manquent. Les conséquences de pareils manquements vont du rappel à l’ordre au refus du label.
C’est Coop qui décide de la sanction, selon l’importance de l’infraction aux directives de la Protection des animaux. Amende, quatre mois d’interdiction de livrer pour le label ou exclusion définitive du programme d’élevage Naturafarm: on ne lésine pas sur les moyens de contrôle et les sanctions imposées dès lors que l’on parle de bien-être des animaux. Or, il convient de relever qu’environ 10% des exploitations contrôlées par Anne-Kathrin Witschi ne sont pas conformes et sont donc soumises à un second contrôle surprise pour vérifier que les insuffisances constatées ont été modifiées. «Ça peut sembler dur pour les éleveurs, mais l’enjeu est de taille, note Anne-Kathrin Witschi. Il y va du bien-être des animaux, de la confiance des consommateurs dans le label Naturafarm, et finalement de la crédibilité de la Protection suisse des animaux.»

Le «Donau Soja» pour les poulets est cultivé dans la région du Danube et exempt d’OGM.

«Il reste énormément à faire»

Hans-Ulrich Huber, directeur de la Protection suisse des animaux

Hans-Ulrich Huber, directeur de la Protection suisse des animaux
Hans-Ulrich Huber, directeur de la Protection suisse des animaux

Interview avec Hans-Ulrich Huber, directeur de la Protection suisse des animaux (PSA), au sujet des conditions de détention des animaux en Suisse.

Quelle est la situation pour la protection des animaux (d’élevage) en Suisse?
Si on les compare à ce qui se faisait il y a trente ans, les normes d’élevage des animaux sont d’un niveau plutôt élevé. Pourtant, du point de vue du bien-être animal, il reste encore énormément à faire dans certains domaines. Des millions d’animaux en Suisse n’ont pas accès à des parcours ou des pâturages. Les prescriptions minimales légales pour les porcs et les bœufs d’élevage sont catastrophiques et l’élevage ainsi que les conditions de détention du bétail laitier nous causent énormément de soucis. Beaucoup de vaches sont nourries avec des aliments concentrés décuplant exagérément la croissance, ce qui les condamne à la boucherie après deux ou trois ans déjà. Et les grandes exploitations de bétail laitier sont de plus en plus nombreuses à renoncer aux pâturages.

Et en comparaison avec l’étranger?
Dans l’UE, les directives en matière de protection des animaux sont moins strictes. Par exemple, l’élevage de volaille en batterie est autorisé et les transports d’animaux de boucherie peuvent durer plusieurs jours. D’ailleurs, dans certains pays, les contrôles sont quasi inexistants. En dehors de l’Europe, il n’existe pratiquement pas de législation d’envergure pour la protection des animaux d’élevage. Nous nous opposons avec détermination à l’importation de viande en provenance de ces pays.

Peut-on manger de la viande en toute bonne conscience?
Personnellement, je suis d’avis que non puisque des animaux sont tués pour cela. Mais la consommation de viande, d’œufs et de produits laitiers est entrée dans les mœurs partout dans le monde. Et sans élevage, de grandes régions de la planète ne pourraient pas être habitées par l’homme. Par ailleurs, nous avons besoin de l’engrais naturel généré par les déjections animales sans lesquelles le rendement des cultures ne serait pas suffisant. La Protection des animaux s’est donc donné pour mission de veiller à ce que les conditions d’élevage des animaux soient respectueuses de leur bien-être.

Les moyens de contrôle sont importants dès lors que l’on parle du bien-être des animaux.

Coop numéro 1 pour le bien-être animal

Les préoccupations de Coop pour le bien-être animal sont grandes. Et ce depuis de nombreuses années. Ainsi, pour la seconde fois, Coop a reçu le prix «Business Benchmark on Farm Animal Welfare» (BBFAW) décerné le 12 février 2015. Coop se place ainsi en tête des 80 entreprises évaluées dans divers pays. En outre, le dernier rapport sur la protection des animaux (2013) de la PSA a également attesté que le grand distributeur est le meilleur dans son secteur.

Coop Naturafarm, pour le bien-être des animaux
Le label Naturafarm garantit que la viande et les œufs proviennent d’animaux élevés en Suisse et a pour principales exigences des élevages en plein air ou avec parcours, des étables tenant compte des besoins des animaux et une nourriture contrôlée sans OGM. En Suisse, Naturafarm est de loin le programme d’élevage le plus abouti pour les porcs, bœufs, veaux et volailles – en dehors de la production biologique. 

Coop Naturaplan, pour du bio sans compromis Coop Naturaplan, ce sont 1600 produits bio respectant les directives strictes de Bio Suisse. Celles-ci sont bien plus exigeantes que les dispositions minimales légales pour les produits bio. Selon les directives de Bio Suisse, les produits ne peuvent être transportés par avion et les producteurs ne sont autorisés à utiliser ni le génie génétique ni les pesticides/herbicides chimiques ou synthétiques, pas plus que les engrais artificiels.
Par ailleurs, les produits Naturaplan contiennent bien moins d’additifs que ne l’autoriserait la législation sur les produits bio.

Natura-Beef, les jeunes animaux auprès de leurs mères
Natura-Beef est un programme de marque «Vache mère Suisse» très proche de la nature, pour la production de viande de bœuf. Contrairement à ce qui se passe traditionnellement dans les élevages, les veaux restent avec leur mère au sein du troupeau et boivent directement au pis quelque 3500 litres de lait en dix mois. Ils passent beaucoup de temps dans les pâturages et disposent d’un parcours en hiver.

www.coop.ch/naturafarm
www.protection-animaux.com

Quiz

 
01
sur
 

 

Solution du quiz (dans la version papier du journal n°8): OEUFS

Franz Bamert

Rédacteur

Photo:
Rainer Eder
Publication:
mardi 17.02.2015, 11:22 heure

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