Plus d’une centaine de paysans se sont retrouvés sur le domaine agricole de Roland Heuberger pour approfondir leurs connaissances en agriculture biologique.

Bourgeon: en accord avec la nature

Bio Suisse encourage la biodiversité. Les paysans au Bourgeon sont sensibilisés à des mesures qui la favorisent.

Les paysans estampillés Bourgeon Roland et Mariette Heuberger, s’engagent pour la biodiversité.

Les paysans estampillés Bourgeon Roland et Mariette Heuberger, s’engagent pour la biodiversité.
Les paysans estampillés Bourgeon Roland et Mariette Heuberger, s’engagent pour la biodiversité.

Roland Heuberger se tient dans l’herbe haute, au bord de son champ. En ce début de juin, les prés voisins sont fauchés depuis longtemps et l’herbe reverdit déjà avant la prochaine coupe. Toutefois l’agriculteur ne fauchera cette prairie que début août, et seulement la moitié. L’autre restera sur pied. «La partie non fauchée sera une zone de refuge pour les oiseaux et les insectes. Et, à l’occasion, pour un lièvre, souligne-t-il. Pour la biodiversité, il est important de laisser de l’herbe non fauchée, ou d’aménager des tas de branches ou de cailloux.»

Plus d’une centaine de paysans se sont déplacés ce soir-là jusqu’à l’exploitation des Heuberger à Hosenruck, une localité du canton de Thurgovie. Ils veulent en savoir plus sur l’encouragement à la biodiversité. Dès 2015, ceux qui veulent continuer d’arborer le label du Bourgeon de Bio Suisse devront avoir appliqué au moins douze mesures parmi plus d’une centaine possibles. Mais lesquelles? Et comment les appliquer? Après plusieurs décennies d’agriculture biologique, l’expérience et les connaissances sont là. Avec le soutien financier du Fonds Coop pour le développement durable, Bio Suisse a mis en valeur ce savoir-faire dans seize fermes modèles, dont celle de Roland Heuberger.
Véronique Chevillat, biologiste à l’Institut de recherche pour l’agriculture biologique (FiBL), est la référente de la soirée. C’est en 2010 qu’elle est allée conseiller les Heuberger pour la première fois, sur mandat de Bio Suisse. «Il n’existe pas de recette toute faite, explique-t-elle aux paysans. Chaque exploitation est un cas unique. Mais ce que vous voyez là, c’est le paysage de demain! Un paysage composé de petites structures, qui offrent un habitat à beaucoup de plantes et d’animaux différents, dont des espèces menacées.»

Les nicheurs au sol, comme l’alouette des champs ou le tarier des prés, peuvent élever leur progéniture dans la lisière d’herbes folles, alors que les amas de branches offrent un abri aux hérissons et les tas de cailloux aux reptiles. Les mares accueillent des batraciens et le rouge-queue à front blanc ou la chouette chevêche reviendront peut-être bientôt nicher dans les vergers à haute-tige des Heuberger.

A Hosenruck, ce soir-là, les explications tombent sur un terreau fertile, bien que certains restent sceptiques. La question de la productivité les préoccupe. L’agriculture, il faut pouvoir en vivre. Roland Heuberger les rassure: «Les paiements directs compensent l’augmentation de travail et la diminution des récoltes. La biodiversité devient ainsi une source de revenu à part entière.»

La nuit tombe quand les participants retournent à la ferme des Heuberger. La plupart des agriculteurs sont impressionnés. Beaucoup ont déjà pris des mesures en faveur de la biodiversité. Certains sont déjà allés très loin, plus loin même que les Heuberger. Mais ils rapporteront chez eux une nouvelle idée ou une astuce bienvenue. Il y a là une jeune paysanne qui, dans six mois, va reprendre avec son mari la ferme de ses beaux-parents et passer de l’agriculture conventionnelle à l’agriculture biologique. Elle sait déjà qu’elle va avoir besoin de l’expérience de paysans au  Bourgeon engagés comme les Heuberger.

Connaissances en réseau: de paysan bio à paysan bio

Le projet de vulgarisation de Bio Suisse pour davantage de biodiversité se base avant tout sur l’échange d’expériences.

Les arbres à haute-tige sont des refuges pour certains oiseaux.

Les arbres à haute-tige sont des refuges pour certains oiseaux.
Les arbres à haute-tige sont des refuges pour certains oiseaux.

A travers le projet Biodiversité Bourgeon: pour une meilleure qualité de vie, Bio Suisse accompagne les paysans bio dans l’application des nouvelles directives destinées à encourager la biodiversité. «La contribution des paysans Bourgeon est déjà très élevée», déclare Thomas Pliska, responsable du secteur de l’agriculture. Nous comptons beaucoup sur l’échange de paysan bio à paysan bio, pour renforcer cette tendance.»

Cent cinquante conseils individualisés et visites guidées sur des exploitations modèles comme celle des Heuberger sont planifiées ces trois prochaines années. Le projet est réalisé avec l’Institut de recherche pour l’agriculture biologique (FiBL), ainsi qu’avec l’Association suisse pour la protection des oiseaux (ASPO/Birdlife Suisse). Il est soutenu financièrement par le Fonds Coop pour le développement durable. En optant pour des produits estampillés du Bourgeon, les consommateurs soutiennent la biodiversité dans l’agriculture bio ainsi que l’engagement des paysans, sans lequel rien ne serait possible.

Fonds Coop pour le développement durable: investissements pour l’avenir

Cela fait déjà dix ans que le Fonds Coop pour le développement durable soutient des projets de société dans les domaines de l’écologie et du social. Il s’agit surtout de projets de recherche dans l’agriculture biologique, du développement de méthodes de production ménageant l’environnement, de projets de compensation du CO2, de la création de nouveaux produits durables et de prestations comme des expositions ou des manifestations destinées à sensibiliser le public. Avec cet engagement, Coop désire encourager un mode de consommation plus durable et promouvoir des solutions innovantes. Le Fonds investit 15 millions de francs par an dans environ 60 projets.

www.coop.ch/fonds

Photo:
Yannick Andrea / Texte: Elsbeth Flüeler
Publication:
lundi 29.07.2013, 00:00 heure