Lauréate 2013 du Prix fédéral du design de mode et du textile, Camille Kunz s’apprête à partir en juin à New York pour six mois. Il y un an, la styliste vaudoise remportait le prestigieux prix Chloé. Elle évoque des projets qui pétillent.

«La mode doit être confortable»

Lauréate 2013 du Prix fédéral du design de mode et du textile, Camille Kunz s’apprête à partir en juin à New York pour six mois. Il y un an, la styliste vaudoise remportait le prestigieux prix Chloé. Elle évoque des projets qui pétillent.

Coopération.  Vous êtes styliste. D’où vous vient cette vocation?
Camille Kunz.
 J’ai toujours eu un côté un peu plus artistique, plus expressif. Les cours de couture à l’école m’ont toujours parlé. J’ai vite commencé à faire les choses pour moi, avec ma première machine à coudre, celle de mon arrière-grand-mère. Une machine des années 1940, en acier, hyper-lourde. Je me cousais des serpents pleins d’anneaux, des habits pour mes poupées, et, dès 14 ans, mes habits – le premier était un top en jersey.
 
Comment décrire le style que vous créez?
Expérimental au niveau des textures, frais, toujours un peu étrange, et un peu étranger à moi-même. J’aime m’attaquer à des trucs que je trouve a priori moches et en rendre une beauté plus personnelle. C’est un challenge et une surprise. J’aime partir d’une certaine banalité pour arriver à quelque chose de surprenant par la texture, la couleur, la dégaine, pas forcément au niveau des formes. C’est pourquoi j’apprécie de créer des vêtements pour hommes. Pour le détail, la finition, le textile lui-même et le rapport à cette deuxième peau, plutôt que les proportions un peu folles, associées à la garde-robe féminine.

Vos sources d’inspiration?
Je ne cherche pas des grands concepts, mais prendrai un clin d’œil du quotidien, un événement ou une relation avec une personne qui m’évoque des souvenirs, des envies. Le dernier projet, il s’agissait de la relation avec mes trois frères. De ce clan qui était dans son délire de gars, et moi qui ne parvenais pas toujours à m’intégrer comme je le voulais. L’idée était de me fondre dans cet univers. Et de reprendre leur garde-robe, assez banale, en essayant de la triturer et de la déranger: par la coupe, pour me réapproprier les lignes – notamment en incluant des poches qui se modifient et ne sont pas juste un réservoir à objets –, les aplats de silicone, les imprimés inspirés des sols de la maison où nous avons vécu.

«

La grâce du vêtement met en évidence le corps, qu'on soit beau ou pas»

Vous évoquez le textile…
Je n’apprécie pratiquement que les matières naturelles, et tout ce qui est techno-sport. Pour le contraste qu’ils créent entre les matières nobles et un produit presque dû à l’ingénierie. Dans mon projet The Boy vanishes, les couleurs pastel twistent avec les imprimés. C’est important, la manière dont je vais donner du rythme. C’est un peu comme la musique, les zones brouillées côtoient des zones qui résonnent peut-être un peu plus.

Vous aimez la musique?
Le jazz m’est hyper-proche – je suis bénévole au Cully Jazz Festival –, tout comme le hip-hop, le rap. La musique, je l’ai toujours dans les oreilles quand je travaille. C’est une chance. Quand je vois mes copains étudiants qui doivent se plonger dans des livres…

Quelle image masculine voulez-vous mettre en valeur?
Un homme cool, bien dans ses vêtements, un peu sport. Qui ne s’habille pas avec une chemise classique mais avec des proportions un peu différentes. Ce n’est pas tellement l’homme suisse!

La simplicité revient souvent dans vos propos…
Ma vie, ce n’est pas forcément un truc design bling-bling. Je déteste ce côté bling-bling de la mode.

Qu’escomptez-vous de votre résidence à New York?
De me plonger dans un projet hyper-personnel. Depuis deux ans, je collabore pour les autres ou je suis en stage. J’ai envie de faire de la maroquinerie, des chaussures, de travailler le cuir. D’explorer un peu mon univers. Je n’ai eu que trois ans à l’école pour cela, c’est rien du tout. Comme je suis assez solitaire, ça me va bien de m’exiler six mois à New York!

Et que doit apporter la mode?
Du confort, avant tout. Les shows parisiens féminins où les mannequins souffrent sur leurs talons pour paraître plus grandes, ça ne m’intéresse pas. Ce qui me touche vient de la grâce du vêtement, qui met en évidence le corps, que la personne soit belle ou pas. De quelque chose qui étonne en twistant et en relevant la personnalité sans la rendre figée ou superficielle.

Réussir dans votre branche: un pari osé?
Oui, mais là, ça se passe! Il faut de l’ambition et il faut agir. J’admire les gens qui réalisent un beau projet qui les touche et qui est sincère.

Qu’associez-vous à la beauté?
Quelque chose de simple et fidèle à soi-même. Séduisant dans le textile, la finition, le visuel. Les objets que je trouve beaux sont les vieux meubles en bois des années 1940 aux lignes hyper-minimales. Ça a toujours été mon rêve d’être ébéniste.

Pourquoi ne l’avez-vous pas concrétisé?
Mais je suis jeune, encore! Rien ne m’arrête!

Comment vous voyez-vous dans dix ans?
A travailler à 50% comme styliste et à 50% sur des expériences ou événements culinaires, avec des produits locaux. Quand j’ai le temps, j’aime être aux fourneaux, à faire du pesto à l’ail des ours, un cake aux petits fruits.

A quatre épingles

Camille Kunz

Naissance. Le 14 septembre 1989.

Famille. Trois frères (27, 22 et 15 ans).

Formation. Maturité. Cours d’introduction à Central Saint Martins (Londres). HEAD (Genève). Amsterdam (Gerrit Rietveld Academie) pour expérimenter le design textile. www.camillekunz.com

Stages. Notamment chez Raf Simons (Anvers), par ailleurs directeur artistique de la collection dame chez Christian Dior.
Travail. Mode sportive (comme styliste indépendante).

Récompenses. Swiss Design Award, décerné par la Confédération suisse (2013). Prix Chloé (2013). Meilleure collection de bachelor (HEAD, Genève, 2012).

Loisirs. Cinéma. Cueillir de l’ail des ours. Manger. «J’ai des frères qui font de la bière artisanale, à Lausanne, donc j’aime
la bière aussi. Je les aide à la mettre en bouteilles.»

Gastronomie. «Tout ce qui est local, asiatique ou libanais.»

Vêtement auquel elle est accro. «Au manteau. Un trench-coat classique, un K-Way. Avec un gros zip et des grosses poches.»

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Ariane Pellaton

Rédactrice

Photo:
Darrin Vanselow
Publication:
lundi 05.05.2014, 08:00 heure

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