Cédric Ribeiro a deux passions: Genève et les gallinacés (photomontage).

Campagne: quand elle titille les citadins

Urbains Toujours plus de gens vivent en ville pour être près de leur travail. Pourtant, beaucoup rêvent d’une campagne bucolique. Pas étonnant que le vert s’invite en ville sous ses formes les plus diverses.

Cédric Ribeiro vit dans deux univers parallèles: «Les copains, mon travail de comptable, les apéros prolongés et les sorties d’un côté, les poules et la volaille de l’autre.» Pur citadin, le Genevois (25 ans) s’est pris de passion pour les bêtes à plumes, enfant, en vacances chez son grand-père au Portugal. Il y a six ans, au hasard d’une balade, il tombe sur la ferme du Val d’Arve, en plein Carouge et se fait expliquer la démarche de l’élevage. Son anniversaire tombant peu après, les membres de l’association Basse-cour carougeoise lui offrent Le standard des volailles, la bible en matière de gallinacés. Le jeune homme représente bien le paradoxe de sa génération: les 20-44 ans représentent 41% de la population urbaine. La moitié des citadins seraient célibataires, selon la Statistique des villes suisses 2015. Des gens venus dans les grandes agglomérations à la faveur d’un contrat de travail et qui ne s’imaginent pas une seconde les quitter.

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L’esprit urbain, le cœur rural

«J’y vois deux explications, indique Vincent Kaufmann, professeur en sociologie urbaine, à l’EPFL. D’une part, l’amélioration des espaces urbains et de leur offre donnent envie d’habiter en ville. D’autre part, quand on choisit de s’installer, autour de 30 ans, on est souvent à deux et le choix relève du compromis.»
La génération des 20-44 ans a grandi avec les discours verts. Elle s’avère particulièrement branchée développement durable, alors même qu’elle n’a pas eu autant de contact avec la terre que la génération précédente. Le contenu de son assiette est bio, la déco plus authentique, ses vacances se passent à la ferme. «Je suis né en ville, mais j’ai besoin de cette paix, ici le soir», confie Cédric Ribeiro, qui compte quelque 150 bêtes, poules, canards et oies.

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Les balcons verts font baisser la température des villes»

Natacha Litzistorf, directrice d’Équiterre

Ses amis – qui le charriaient au début – se régalent de ses œufs à longueur d’année et n’hésitent pas à venir lui donner un coup de main. «Je consacre mon temps libre aux expositions en Europe et à la rencontre avec d’autres éleveurs pour échanger des patrimoines génétiques. Mes poules de la race Orpington ont déjà gagné plusieurs concours.»
Il faut dire qu’il bichonne cette espèce menacée: en période de reproduction, ses poules reçoivent, en plus de grains de blé et de maïs, des carottes râpées par ses bons soins et de la salade du marché. Sa passion lui coûte quelque 15 000 francs par année. 

Avant les concours, Cédric Ribeiro graisse la crête de ses coqs afin qu’elle brille.

Fleurs sur le balcon

Si l’engouement de Cédric remplit son temps libre, pour d’autres, le besoin de s’entourer de vert est déjà souvent comblé avec quelques herbettes sur le balcon. Certains vont plus loin (lire nos portraits) et partagent leurs inventions sur la Toile. Toute initiative est positive. «Les balcons verts, en plus d’attirer l’œil, font baisser la température d’une ville et permettent de lutter contre la canicule», relève Natacha Litzistorf, directrice de l’association Équiterre, qui conseille les collectivités publiques et multiplie les initiatives pour davantage de durabilité. L’action Pimp your balcony (ndlr: Enjolive ton balcon) marche très bien auprès des jeunes urbains. «On leur donne un cours de deux heures sur le jardinage écologique, puis on leur propose un atelier de mise en pot.»
Coop brico + loisirs distille aussi, sous l’appellation Urban gardening, des conseils pour l’aménagement d’un petit espace vert.

Des citadins heureux

Un balcon vert, est-ce suffisant pour nourrir un rêve de verdure? Il semblerait que oui. Le laboratoire de sociologie urbaine de l’EPFL vient de publier une étude sur Genève et Zurich qui démontre que les citadins sont heureux d’habiter en ville et ne vont pas chercher de la verdure à l’extérieur durant leur temps libre. La même étude a donné un résultat inverse pour Paris et Rome. Il faut dire qu’en Helvétie, où 75% de la population est urbaine, les zones vertes représentent 7,5% des cités.
«Les villes suisses sont plus petites et moins denses. On y trouve une grande diversité à petite échelle. Il y a une adéquation entre les aspirations et l’habitation», souligne le sociologue.

Cédric Ribeiro n’a pas donné de nom à ses protégées, mais il connaît les particularités de chacune d’entre elles.

Le rôle des villes et des associations

Les grandes agglomérations jouent donc un rôle important; elles doivent répondre aux aspirations de leurs habitants, selon Natacha Litzistorf. «Il faut qu’elles proposent des espaces publics de qualité, qu’elles intègrent de la nature en ville, que ce soit dans les concours d’architecture ou les plans de quartier.»
Équiterre organise des potagers urbains dans les quartiers, à la fois participatifs et formateurs, afin de réintégrer la verdure en ville et de lutter contre le départ de citadins vers la campagne, un siècle après l’exode rural. «Les gens veulent mettre la main à la pâte, façonner eux-mêmes, toucher la terre», souligne la directrice. Plusieurs travaux de bachelor rendent d’ailleurs compte de ces initiatives. Les résultats sont édifiants: on comprend mieux ce qu’il y a dans son assiette et on gaspille moins de nourriture quand on cultive soi-même ses légumes; on crée des liens sociaux; on apprend à connaître le cycle des plantes et l’influence de la météo.
Vincent Kaufmann voit ces initiatives d’un bon œil: «Ce n’est pas un caprice de bobos. On sent un besoin de s’investir par rapport à la terre, dans une tentative de retrouver l’authenticité de la campagne.» En témoigne la liste d’attente des jardins familiaux qui ne diminue pas. Sa moyenne d’âge s’est même rajeunie. «De nouvelles parcelles devraient être créées pour répondre à la demande», explique Jean-Marie Brodard, président de l’Association des jardins familiaux lausannois, qui compte 300 plantages. 

Vacances au vert

Le besoin de campagne s’exprime également dans le choix des destinations de vacances. Ainsi, les séjours à la ferme en Suisse ont connu une hausse de fréquentation de 10% l’an dernier. Et à fin février, l’on constatait déjà 20% de réservations en plus par rapport à 2015, selon les chiffres d’Agritourisme. «Les gens recherchent le calme, la nature, les produits locaux, un environnement sain», constate Andreas Allenspach. Le portrait type de ces vacanciers? «Citadins, de formation académique, qui veulent se couper de leur quotidien, avec ou sans famille.» Même topo du côté de Swiss Tavolata, qui invite les gens de la ville à manger chez les femmes de paysans. «Nous avons débuté il y a dix-huit mois. Les visiteurs sont en constante augmentation», se réjouit Anna-Barbara Eisl-Rothenhäusler, responsable des relations publiques. Entre 100 et 150 personnes viennent chaque mois dans l’une des quarante exploitations. «Elles posent beaucoup de questions sur les animaux et apprécient de manger les denrées de la ferme.» Lancés au début de l’année, les brunchs rencontrent un grand succès. Le public est trentenaire ou plus, à la recherche d’authenticité.

La seconde vie des poules

Une poule vit jusqu’à 10-12 ans. Lorsque les protégées de Cédric Ribeiro atteignent l’âge de 4 ans, elles ne participent plus aux concours. Il les place alors chez des gens qui souhaitent créer un poulailler chez eux. Et quand le renard n’a pas fait de carnage (record de  vingt bêtes tuées en une nuit!), le comptable limite la population à sa façon: «Ma spécialité, c’est le coq au vin. Car personne ne veut un coq qui chante dans son jardin.»

Site de la Basse-cour carougeoise

Des villes attrayantes, peu denses et durables

Les trois quarts de la population suisse habitent en ville. Le citadin-type est un jeune adulte célibataire et heureux d’habiter en ville. Source: Statistique des villes suisses 2015; infographie Niki von Almen

Du miel sur les toits de Zurich

Abeilles citadines. Avec son mari, l’apicultrice Anna Hochreutener (31 ans) s’occupe d’une centaine de ruches en pleine ville.

Anna Hochreutener essaime sa passion des abeilles à travers la ville.

Quand Anna Hochreutener parle de ses abeilles, elle a les yeux qui brillent. Son enthousiasme est contagieux. Avec son époux, Tom Scheuer (45 ans), elle bichonne une centaine d’essaims, répartis sur les toits de la ville, et dont la récolte sera vendue.
«Il y a entre 30 000 et 50 000 abeilles par colonie», explique la Zurichoise. Ce qui fait d’elle la «reine» de trois à cinq millions de fabricantes de miel. Et ça, dans la plus grande ville du pays!
«Cela peut paraître bizarre, mais nos recherches ont prouvé que la ville est le lieu idéal pour nos abeilles», indique l’apicultrice. En raison du nombre élevé d’habitants et de balcons, les espèces
de fleurs sont très diversifiées et l’utilisation de pesticides quasiment nul.
Anna Hochreutener a fait ses premiers essais vers 11 ans. «En Angleterre, où nous avons habité quelques années, nous avons suivi un cours d’apiculture. Nous nous occupions de trois ruches.» Vingt ans plus tard, la fascination demeure. Son conjoint a, quant à lui, appris à soigner les abeilles auprès de ses grands-parents. Le couple a fondé son entreprise, Wabe3, il y a trois ans. Outre la vente de leur miel, ils proposent des cours et une formation. «Ainsi, nous pouvons transmettre à d’autres notre passion pour les abeilles.»

Andreas Eugster

Site web

Un container en ville

«Exodes Urbains». C’est l’histoire de deux Genevoises trentenaires, Fanny Bernard et Julie Conti, qui veulent implanter, en pleine cité de Calvin, un container d’aquaponie.

Julie (à g.) et Fanny consacrent tout leur temps libre à leur projet.

L’idée, née il y a un an, est sur le point d’aboutir. Deux cuves de 900 litres accueilleront des poissons, alors que sur le toit, une serre avec des plantes sera installée. Le principe: les excréments des poissons nourrissent les plantes, qui à leur tour purifient l’eau. Fanny Bernard et Julie Conti tablent sur une production de 60 kg de poisson et 120 kg de légumes par saison. «On est de vraies citadines, mais l’écologie, c’est plus qu’une mode. Il faut être cohérent», explique Julie, qui travaille dans la communication et pratique le théâtre durant ses loisirs. «Nous voulons montrer de nouvelles solutions pour consommer local. Nous fourmillons de projets», ajoute Fanny, active dans le monde des start-up et fan de festivals.
Tout le monde est mis à contribution: amis, famille, makers (communauté d’internautes prêts à donner des coups de mains à des projets écolo) et la collectivité.
L’association Exodes Urbains est participative. Les aides affluent sous forme de dons, de matériel ou de temps. «Fanny est une pro de la tchatche, sourit Julie. Elle est allée frapper à toutes les portes.»
Le container sera prochainement installé devant les locaux de l’incubateur de start-up Impact Hub, dans le quartier des Grottes. Exodes Urbains a gagné le concours Impact Hub Geneva Pulse, qui récompense les projets impactant positivement l’environnement. Ce prix lui donne une visibilité, en plus d’un espace de travail et d’échanges. «Nous aimerions multiplier les actions citoyennes dans les écoles et les festivals écolos.»

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Mélanie Haab

Rédactrice

Photo:
Darrin Vanselow, Christoph Kaminski
Publication:
lundi 14.03.2016, 14:30 heure



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