Urs Niggli fait figure d’autorité au niveau mondial dans le domaine du bio.

Ce que le bio a de plus

Selon une récente étude de l’Université de Newcastle (GB), les produits bio contiennent plus de substances bioactives que les conventionnels. Les explications d’Urs Niggli, co-auteur et directeur de l'Institut de recherche de l’agriculture biologique (FiBL*), avec lequel Coop collabore.

Coopération. Que montre votre étude?
Urs Niggli. La valeur nutritionnelle principale d’un aliment, qu’il soit bio ou conventionnel, est la même. Cependant, les plantes contiennent des micronutriments, que l’on appelle substances bioactives ou antioxydants. Et c’est en raison de ce groupe de substances que les professionnels de la nutrition recommandent de manger plus de fruits et de légumes.

Les produits bio en contiennent donc plus?
Oui, entre 20% et 70% de plus. L’étude montre aussi que la teneur en cadmium, un métal lourd dangereux pour la santé à hautes concentrations, est divisée par deux dans les produits bio. En outre, il y a quatre fois plus souvent de résidus de pesticides dans les produits conventionnels.

Cette étude ne tire pas de conclusions concernant les bienfaits pour la santé. Pourquoi?
Pour se nourrir sainement, il faut manger plus de fruits et de légumes et moins de graisses et de sucre. Pour cela, on peut choisir des aliments bio ou de production intégrée. Le fait que les produits bio contiennent plus de nutriments intéressants et à la fois moins de substances indésirables, n’est pas à négliger. En effet, notre système digestif métabolise une cinquantaine de tonnes d’aliments au cours de l’existence.

Pourquoi la composition nutritionnelle des produits bio et non bio n’est-elle pas la même?
En agriculture bio, la grande fertilité des sols favorise la formation d’antioxydants dans les plantes. Les cultures bio doivent se défendre elles-mêmes contre les maladies et sont plus robustes. Ces substances bioactives sont en fait le système immunitaire de la plante. La présence réduite de
cadmium et de résidus de pesticides est liée au fait de ne pas recourir aux engrais et aux produits phytosanitaires chimiques.

Vous avez constaté une différence significative entre les aliments bio et les conventionnels. Dans quelle mesure est-elle importante pour le consommateur?
Le consommateur sait désormais que les fruits et légumes bio lui apportent chaque jour une «portion» supplémentaire de substances nutritives de valeur. Et sans calories! Cette étude est une réponse aux critiques qui prétendent qu’il n’y a pas de différence de qualité entre le bio et le conventionnel. Elle augmente la motivation à acheter des produits bio.

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C’est une réponse aux critiques qui prétendent qu’il n’y a pas de différence de qualité entre le bio et le conventionnel»

D’autres arguments?
Personnellement, je mange bio parce que c’est bon pour les sols, pour la biodiversité et l’environnement. Et je contribue aussi au bien-être des animaux.

Que sont les antioxydants et quelle est leur influence sur l’homme?
Les antioxydants sont des substances très actives, considérées comme bénéfiques pour la santé. Le métabolisme intense nécessaire à maintenir l’être humain en activité forme des radicaux libres relativement «agressifs» dans les cellules. Les antioxydants neutralisent ces radicaux. On sait qu’ils  interviennent partout dans les fonctions de l’organisme, contribuant aussi au ralentissement de nombreuses maladies.

Quid des résidus et de leurs conséquences?
Les spécialistes prétendent qu’il est impossible à l’agriculture de production d’éviter les résidus dans les aliments et l’environnement, et que le risque est faible. Les paysans bio veulent prouver le contraire. En tant que chercheur, je trouve cela passionnant et je mets toute mon énergie dans le développement de l’agriculture biologique. Ce n’est pas le pragmatisme, mais un esprit pionnier qui nous amènera à une agriculture véritablement durable.

D’autres études arrivent à des conclusions différentes, comme celle de la UK Food Standards Agency, publiée en 2009.
Cette étude de l’autorité de surveillance des denrées alimentaires du Royaume-Uni était bâclée. Elle se basait sur 46 publications seulement, alors que nous en avons analysé 343. En outre, les Britanniques ont exclu des études importantes révélant de nettes divergences. On peut reprocher à notre étude que les différences trouvées sont trop peu probantes. Il n’empêche qu’il y a des différences et que cela est définitivement prouvé.

* Institut de recherche de l’agriculture biologique, Frick (AG)

Résultats probants

Une étude menée à large échelle

Une équipe internationale d’experts, sous la direction de l’Université de Newcastle, en Angleterre, a passé au crible toutes les recherches scientifiques existantes traitant de la qualité des produits bio, soit 343 études. Les spécialistes de la statistique de l’Université de Newcastle ont recalculé tous les résultats d’analyse avec les méthodes les plus récentes. Cette étude, publiée ce mois-ci, présente des résultats probants: comparés aux produits conventionnels, les fruits, les légumes et les céréales de culture biologique présentent des concentrations plus élevées d’antioxydants et des teneurs moins élevées en nitrates, en nitrites et en cadmium, un métal lourd. Ils contiennent en outre nettement moins souvent des résidus de pesticides.