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Son roman déploie la solitude contemporaine et urbaine. Céline Zufferey dans le décor d’un graffiti, gare de Genève.






«Mon livre, c’est lui la star»

Premier roman À 26 ans, Céline Zufferey publie «Sauver les meubles» chez Gallimard. Une auteure dont la jeunesse et la gourmandise tranchent avec la maîtrise et le ton sarcastique de son livre.

Son héros est un photographe désabusé, forcé de vendre ses talents à une entreprise de meubles suédois. Dans ce monde-là, le rêve de la famille parfaite et d’un intérieur douillet se vend avec des clichés où pas un cheveu ne dépasse. Fasciné par la beauté de Nathalie, un mannequin qu’il photographie souvent, il ne demande qu’à montrer son cœur battre sur le papier glacé. Entre deux séances de travail, le trentenaire lance des chats coquins où il vaut mieux mentir pour séduire. Offrant un contraste saisissant avec son livre ironique et brillamment écrit, Céline Zufferey, elle, est une jeune femme enthousiaste qui adore Noël et la cuisine vietnamienne de sa mère.

Comment vous sentez-vous aujourd’hui?
Bien. Un peu fatiguée quand même avec toutes les sollicitations que j’ai reçues ces derniers temps. Beaucoup d’émotions aussi de voir mon roman en librairie. Je suis contente d’avoir vécu tout ça, mais aussi que ça s’arrête. Comme ça, je peux laisser mon premier roman pour commencer le deuxième.

C’est vrai, vous êtes une star maintenant. Qu’est-ce que ça fait?
Je trouve très bien de parler de mon roman. Ce qui me perturbe, c’est qu’on me sollicite, moi. J’ai acquis un nouveau statut de personnalité culturelle avec lequel je ne suis pas tout à fait à l’aise. Je me vois plus comme un appendice de mon roman, et je trouve moins intéressant de parler de moi que de mon livre. C’est lui la star. Je fais vraiment une distinction entre ma personne et la célébrité due à mon livre. Je trouve rigolo quand je fais des courses et que je vois que des gens me reconnaissent mais n’osent pas me parler.

Qu’est-ce que c’est être un écrivain pour vous?
Être un écrivain, et un artiste en général, ça prend la majorité de mon temps et pourtant ne me permet pas d’être rémunérée. Dans la société actuelle, quand on me demande ce que je fais, je réponds que je suis écrivain, et là on me demande comment je gagne ma vie. Il manque une reconnaissance. Je commence à gagner un statut avec la publication de mon livre, mais il est encore instable. Je dirais aussi que c’est beaucoup de travail: 2% de talent et du travail. C’est épuisant de retravailler chapitre après chapitre. Alors quand je me distrais, je fais autre chose. Je ne sais plus quel auteur a dit que pour un écrivain, c’est plus difficile d’écrire que pour les autres. C’est vrai, parce qu’il est dans une recherche esthétique.

Donc vous ne gagnez pas votre vie avec votre écriture?
En effet. En Suisse j’ai travaillé en parallèle à mes études et j’ai des économies qui me permettent de me dégager du temps pour lancer l’écriture de mon second livre. Ensuite, je verrai. Je pense de toute façon qu’il est indispensable d’alterner entre des périodes d’écriture et d’activité professionnelle. Je ne me vois pas rester toute l’année dans mon bureau; il faut se frotter un peu au monde pour que les idées ne s’épuisent pas et ne deviennent pas totalement détachées de la réalité.

À quoi ressemble une journée de Céline Zufferey?
Une journée idéale, ça commence par un petit-déjeuner où je peux prendre du temps. Ensuite je lis une heure et demie à peu près, puis je me mets à écrire. Après je mange, seulement quand j’ai faim, donc l’heure est assez aléatoire, et en général je ne mange pas avant d’être satisfaite de ce que j’ai écrit.
Dans l’après-midi, j’écris un peu plus difficilement, si j’ai terminé un chapitre ou un passage et que j’en suis satisfaite j’arrête d’écrire et je lis ou je fais le ménage, ou je prépare à manger pour mon compagnon. J’aime beaucoup faire la cuisine pour me détendre et quand je sais que j’ai réussi à écrire un bon passage. Et le soir, c’est souvent un film et de la lecture juste avant d’aller au lit.

Vous venez de déménager à Lyon. Comment ça se passe?
Je n’ai pas encore l’impression d’y vivre, car je dois souvent revenir en Suisse pour des interviews. Je connais bien la ville, ça fait trois ans que j’y vais pour rejoindre mon copain. Lyon est proche de la Suisse, après tout.

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Si toute l’année pouvait être un Noël permanent, je serais très heureuse.»

Céline Zufferey

Vous êtes publiée chez Gallimard, qui est vraiment une maison d’édition très prestigieuse.
C’est irréel. C’est tellement prestigieux que ça en devient abstrait. Je l’ai su une année avant que mon roman soit réellement publié, donc pendant une année, c’était encore plus abstrait.
Quand on commence en tant que jeune auteur, on vit une solitude terrible quand son manuscrit est refusé. Alors ça rassure beaucoup d’être publié. Face à la page blanche, je sais maintenant qu’il y a un éditeur qui reconnaît que ce que j’écris vaut la peine.

Pourquoi avez-vous choisi le thème de la solitude contemporaine?
C’est un trait de notre société. Elle est ressentie fortement par tout le monde. C’est un thème qui revient souvent dans les études sociales. On est plus connectés que jamais, mais on se sent plus seuls que jamais. Nos relations manquent d’authenticité. On est tout le temps en représentation, c’est difficile de créer des liens durables.

Est-ce que vous aimez cette période de Noël?
J’adore Noël! Les cadeaux, la déco, la neige, les gâteaux, si toute l’année pouvait être un Noël permanent, je serais très heureuse. Je parle beaucoup de clichés par rapport au mobilier dans Sauver les meubles. J’ai conscience que tout ça est très artificiel, mais ça marche à fond avec moi. D’ailleurs, je suis très triste qu’il y ait de moins en moins de neige.

Avez-vous un souvenir fort des fêtes de fin d’année?
Tous les midis j’écoutais une émission pour les enfants, avec Bernard Pichon, je crois que ça s’appelait «Les P’tits loups». Et à chaque émission, un enfant appelait pour poser une question. Moi, j’ai appelé quand j’avais 6 ans pour lui demander l’adresse du Père Noël. Ma première radio… Au Festival du livre suisse cet automne, j’ai croisé Bernard Pichon qui était en dédicace le même jour que moi et je lui ai rappelé cette anecdote, ça l’a bien fait rire.
Sinon mes parents m’avaient offert un CD de Noël: «Le Top du Père Noël». Ce sont des chants avec toute une histoire d’enfants qui doivent aider le Père Noël à distribuer les cadeaux. Les sons contenus dans ce CD ont toujours été un synonyme très fort de Noël pour moi, et chaque fois je demandais à mes parents de le mettre de plus en plus tôt dans l’année…

Avez-vous des origines asiatiques?
Ma mère est Eurasienne et mon père Valaisan. Ce sont les gènes valaisans qui l’ont emporté! Je dis ça parce que mes origines se voyaient plus quand j’étais enfant, et mes cousines sont plus typées. Ma mère a quitté le Vietnam quand elle était très jeune, elle ne m’a jamais parlé la langue. Par contre, je me nourris exclusivement de riz blanc et de sauce poisson. La cuisine, c’est ce qu’elle a gardé de sa mère vietnamienne. Ma mère m’a offert un cuiseur apeur à riz quand j’ai quitté la maison pour les études.

Que faites-vous à manger pour vos amis?
J’aime cuisiner le sucré. Chaque fois que je fais un gâteau, j’en offre, sinon je le mange toute seule! Je fais des gaufres, des tartes au citron, j’adore ça. Ma mère m’a appris à cuisiner, je n’achète jamais de plats préparés, mais la cuisine vietnamienne prend énormément de temps. À la maison, le partage des tâches fonctionne bien, et je fais souvent des salades ou des soupes. Comme j’ai tendance à trop cuire la viande, je laisse mon compagnon faire.

La romancière adore cuisiner – le sucré, toute une histoire!

Céline chez Gallimard

Céline Zufferey naît en 1991 à Granges en Valais.
Vingt ans plus tard, elle s’installe à Fribourg où elle étudie la littérature française et l’anthropologie sociale. En 2014 et 2015, elle est lauréate du Prix du jeune écrivain francophone. L’année suivante, elle obtient son master en pratique artistique contemporaine à la Haute École des arts de Berne. «Sauver les meubles» est son travail de fin d’études. Elle demande à un éditeur de Gallimard d’être son juré. Il apprécie son roman et le publie.

Sur Canal9, en tandem avec Céline Zufferey dans les rues de Sion et jusqu’au dernier Festival suisse du livre suisse

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texte:
Laurence de Coulon
Photo:
Patrick Gilliéron Lopreno
Publication:
mercredi 27.12.2017, 05:35 heure



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