Sylvain Bouchet: Les cérémonies d’ouverture «sont des sortes de messes solennelles, au-delà de toute barrière linguistique». Ici, celle de Pékin, le 8 août 2008.

Cérémonies d’ouverture en jeu

A Sotchi, le 7 février, le cérémonial des Jeux olympiques entre en scène. Ces spectacles sont parmi les événements TV les plus regardés. Historien, Sylvain Bouchet commente ce rituel.

Sylvain Bouchet, spécialiste de l’histoire olympique.

Sylvain Bouchet, spécialiste de l’histoire olympique.
Sylvain Bouchet, spécialiste de l’histoire olympique.

Coopération. Le défi de ces cérémonies?
Sylvain Bouchet, Historien-conférencier de l’olympisme, spécialiste du cérémonial. Il faut que tout fonctionne parfaitement, et cela pour une seule représentation. On n’a pas droit à l’erreur. Par ailleurs, on se trouve sur une échelle inhabituelle, où il faut que les figurants, la technique, la lumière entrent en scène au bon moment. Et le spectacle dépend de plusieurs centaines de personnes. 

Dans les cérémonies d’ouverture, qu’est-ce qui est en jeu?
Beaucoup de choses. On a l’habitude de dire que les Jeux olympiques ne sont pas politiques, mais en l’occurrence, s’il y a un aspect politique, c’est bien dans les cérémonies – au grand dam du CIO. Pierre de Coubertin en a fait quelque chose de politique, il a oeuvré pour que les chefs d’Etat y soient présents. A l’époque, ce n’était pas si évident: les événements sportifs n’étaient pas très bien vus de la classe politique. Dès les années 1960, avec l’apparition de la télévision à échelle de masse, les pays organisateurs se disent qu’il y a une carte à jouer. Ils se présentent parfois au détriment du sens critique. Ils ont parfois gommé certains aspects.

Par exemple?
Lors des Jeux de Sydney (en 2000) et de Vancouver (en 2010), on a montré des Aborigènes, au détriment de la vraie histoire, où ces gens n’ont pas forcément été acceptés. Je cite ces deux pays. On a tendance à parler de Pékin et de Moscou, car ce sont des régimes plus durs. Mais ce genre de raccourcis, on le trouve dans tous les pays. A Athènes (en 2004) toutefois, la cérémonie d’ouverture reposait sur une esthétique totale. Là, on s’est éloigné du côté politique ou d’une relecture de l’Histoire. Ce fut également le cas à Albertville (en 1992). Le spectacle représentait une allégorie du cycle de l’eau. Toute la chorégraphie était basée sur l’idée graphique du flocon de neige. A Lillehammer (en 1994), l’accent portait sur les contes populaires et le folklore. Le dernier relayeur était un sauteur à ski.

Quelle vitrine la cérémonie d’ouverture offre-t-elle au pays hôte?
Un enjeu culturel, économique. Pendant trois heures, elle diffusée dans le monde entier. Je ne sais pas ce qui va se passer à la cérémonie d’ouverture de Sotchi. On y présentera sans doute une Russie très dynamique, très moderne, tournée vers la jeunesse. Je suis à peu près sûr qu’il y a un mot d’ordre du côté de l’Etat: montrer une Russie très ouverte et tournée vers l’avenir. J’avais été surpris à Pékin (en 2008), où je m’attendais à voir lors de la cérémonie d’ouverture une Chine très moderne. Je salue la prouesse technique déployée, mais on est resté sur une image traditionelle de la Chine, très offensive – notamment la scène des 2008 tambours. L’image très moderne de la Chine, les organisateurs l’ont jouée à la cérémonie de clôture – il y a moins de contraintes qu’à la cérémonie d’ouverture. Quant à Sotchi, avec toutes les polémiques qu’il y a eu dans le pays, les organisateurs ont intérêt à montrer une autre image: celle d’une Russie très forte, mais attrayante. La chanteuse Cher a été contactée pour y participer, mais elle a refusé. C’est étonnant qu’elle ait été approchée. On aura sans doute des surprises. 

Dans les cérémonies d’ouverture, jusqu’où la créativité peut-elle être déployée?
Les cérémonies sont à la fois quelque chose d’immuable – le CIO veille scrupuleusement à ce que le protocole soit bien appliqué -, mais elles offrent aussi à chaque pays la possibilité de montrer une couleur différente. Depuis quelques années, il y a une surenchère pour monter le show le plus spectaculaire. Tant qu’on ne touche pas au protocole, on peut faire ce qu’on veut. A Albertville, Philippe Decouflé trouvait le défilé des athlètes super long, pour le rythme du spectacle. Il avait proposé de les voir défiler deux par deux. Le CIO, extrêmement vigilant sur le protocole, avait refusé son idée. Dans les rituels, l’allumage de la flamme est le seul interstice où les artistes peuvent créer. Si les cérémonies fonctionnent, c’est qu’elles reposent sur un langage universel. Tout le monde s’y reconnaît.

Qu’en est-il des idéologies politiques?
Lors de l’attribution des JO, le pays organisateur signe un contrat. Les démonstrations trop politiques sont notamment évoquées. Les pays ne vont pas s’y adonner. En 2002, les JO ont lieu à Salt Lake City, dans l’immédiat du 11 Septembre et dans une ambiance très lourde. Les Américains avaient voulu hisser à la cérémonie d’ouverture le drapeau américain du World Trade Center, qui est devenu une relique. Le CIO s’y était opposé. Il a toutefois accepté que ce drapeau fasse son apparition dans le stade.

Vladimir Poutine a assisté à une répétition de la cérémonie d’ouverture de Sotchi. Comment l’interpréter?
Il a tout essayé! On l’a notamment vu sur les pistes de ski. Il y a peut-être le patinage artistique qu’il n’a pas fait. Je ne suis pas surpris. Dans mon étude, je m’étais posé la question de savoir si, à Albertville, le chef de l’Etat, François Mitterand, avait eu un droit de regard sur la cérémonie d’ouverture. Le scénario lui avait été présenté quelques semaines auparavant, à titre informatif. Il n’y avait eu aucun contrôle du pouvoir.

Et en Russie?
Oui, il pourrait. A Grenoble, en 1968, le Général De Gaulle commençait à mener une politique assez offensive par rapport aux Etats-Unis. Il a pris les Jeux olympiques comme une manière de montrer ce que la France était capable de faire. L’Etat et le gouvernement, étaient omniprésents dans l’organisation de ces Jeux olympiques, y compris la cérémonie d’ouverture. Ces Jeux étaient une affaire d’Etat. J’ai cité avec Albertville et Grenoble deux exemples en France, où le traitement était totalement différent. Le pouvoir intervient-il dans la cérémonie d’ouverture de Sotchi? J’en suis presque sûr. C’est clairement les Jeux de Vladimir Poutine. A chaque JO, il y a toujours une effervescence, or là, il y a quelque chose d’assez lourd autour. C’est assez dommage. J’espère néanmoins que ce seront de belles compétitions.

Dans l’histoire des cérémoniaux olympiques, pourquoi le côté négatif – et en particulier la récupération idéologique – ont-t-ils été gommés?
A cause du côté paillettes. Les JO sont totalement le reflet de notre société, de ce qu’il y a de bon et de ce qui y est criticable. Pourquoi on parle très peu des mises en perpectives des cérémonies d’ouverture et du spectacle? C’est un des rares moments suivi par l’ensemble de la planète. C’est un moment rare, ce qui est précieux, quand même. La plupart des gens restent sur le côté féérique. Les mises en scène actuelles sont assez extraordinaires.

Quel a été l’impact de la politisation des JO par l’Allemagne nazie - la course relais de la flamme olympique, symbole par excellence, fut inventée par un dignitaire nazi en 1936?
Ca a jeté un froid sur les cérémonies. Les premiers Jeux d’été de l’après-guerre, en 1948, à Londres, on s’est posé plein de questions. On n’allait pas refaire comme à Berlin en 1936, les cérémonies allaient rester quelque chose de très simple. Reproduirait-on le relais de la flamme olympique? Il y a eu des débats. Le symbole était tellement fort qu’il dépassait l’idéologie nazie pour rejoindre l’idée olympique. Ce symbole a été conservé. Il faut toutefois attendre très longtemps avant que les cérémonies redeviennent de grands spectacles. La clôture des JO de Berlin avait eu lieu de nuit. Il a fallu attendre 1992 et les JO d’Albertville pour refaire un spectacle de nuit. Albertville représente un tournant: on conçoit la cérémonie comme une scène de spectacle. Avant, elles étaient devenues protocolaires et folkloriques. En 1992, le metteur en scène, Philippe Decouflé, a utilisé un côté très esthétique. Il n’y avait pas deux costumes pareils, il y avait une multitude de corps. Cela s’inscrivait dans l’opposé de l’eugénisme.

Pourquoi les cérémonies d’ouverture ont une telle ampleur, dans leur suivi?
Il y a une vraie fascination. C’est peut-être le seul moment universel. Tous les pays peuvent se reconnaître. L’Histoire est aléatoire, alors que les cérémonies des JO sont des choses programmées. C’est un vrai rituel. Il y a une idée de communion. Le mot «cérémonie» n’est pas anodin. Ce sont des sortes de messes solennelles, au-delà de toute barrière linguistique. Pierre de Coubertin parlait de religion athlétique. Il a oeuvré considérablement dans ce sens. Lors des JO, on est dans un moment qui devrait être apaisé. Un moment à part. Les gens ont envie de participer à leur manière à cette communion. Les images sont absolument magnifiques, les choses sont extrêmement soignées. Le progrès technique est au service des Jeux.

Ces rituels « mondiaux » sont-ils toujours plus importants?
Le rituel des JO s’est inscrit durablement dans la mémoire des gens. Il a été suffisamment fort pour s’y inscrire. Pour beaucoup de pays, au XXème siècle, où les grandes religions classiques ont eu tendance à avoir moins de pratiquants, il y a eu ce besoin de se rattacher à d’autres événements, d’autres rituels. L’olympisme a profité de cela, au cours du XXème siècle. Et puis il y a cette fascination de s’inscrire dans une chronologie très ancienne – la première trace historique des Jeux olympiques date de 776 av.J.-C., et on pense qu’ils furent encore plus anciens. On a l’impression de s’intégrer dans quelque chose de lié à l’humanité. Si les gens ont conscience de l’humanité à ce moment-là, c’est très bien. Malgré les points négatifs qu’on a évoqués auparavant. Enfin, il y a ce côté magique. Les Jeux, c’est le rêve des exploits des athlètes. Il y a un besoin de vivre quelque chose d’exeptionnel. Les cérémonies sont les bornes chronologiques d’un temps à part. C’est extrêmement intéressant: on délimite un espace et une temporalité sacrés, visuellement, par les cérémonies. Tout le monde en connaît les codes: la flamme, le défilé des athlètes, le serment, l’hymne, le drapeau.  ar des extraordinaires, car les JO sont totalement le reflet de notre société, dasn ce qut capablée de faire. L' rapporté aux Et

Quelle est l’évolution esthétique des cérémonies d’ouverture?
Le côté digital, numérique, informatique. Ce fut très flagrant à Vancouver, en 2010. A Londres, chaque place était équipée d’un boîtier avec des LED, les gradins faisant ainsi office d’écran. Le public était unifié. Dans l’évolution des cérémonies d’ouvertures, on a aujourd’hui moins de figurants, remplacés par des aspects technologiques de projection – sur scène, dans les airs ou sur les gradins –, qui permettent de dynamiser l’espace. Et il s’agit d’un espace important. L’intrusion du numérique dans les mises en scène, comme auparavant les figurants, elle a permis de structurer et donner du rythme. Mais on est désormais totalement dans la tridimensionnalité, dans le spectacle total rêvé par Pierre de Coubertin. Ces dernières années – mais en l’occurrence pas à Londres –, le public est interactif. A Vancouver (en 2010), on trouvait sur chaque siège une valise en carton contenant une lampe de poche, un poncho, des baguettes. Le spectacle est long, il faut que le public s’anime. L’espace des gradins est devenu un espace scénique. Le metteur scène et le régisseur TV travaillent ensemble depuis la création. Quel plan, quelle caméra est utilisé à quel moment? Il y a presque deux spectacles. Destinés à la fois au spectateur et au téléspectateur. Ce sont deux enjeux différents à concilier.

Thèse: Symbolique, mise en scène et dramaturgie des cérémonies des Jeux Olympiques, Sylvain Bouchet, 2011.

Cérémonie d’ouverture: Sotchi

  • Acteurs: 3000 artistes issus des écoles d’arts et de théâtre, dont des artistes de cirque
  • Spectacle: il inclura danse et scènes acrobatiques
  • Volontaires: 2000 (sur et hors scène)
  • Lieu: Fisht Olympic Stadium; 40 000 places
  • A voir: le 7 février, notam-ment sur RTS2, à 16 h.

Audiences record: nombre de téléspectateurs

JO de Pékin, 2008
Audiences mondiales cumulées: 1,5 milliard (source CIO)

JO de Londres, 2012
Audiences mondiales cumulées: 788 millions (source CIO)
Radio Télévision Suisse (RTS): 156 000 (50,4% de parts de marché sur une durée de 4 heures)

JO de Turin, 2006 sur la RTS
1) Patinage artistique (remise des médailles): 311 000
2) Cérémonie d’ouverture: 264 000 3) Snowboard dames (remise des médailles): 233 000

Remarque: les chiffres des audiences suisses ne sont pas comparables d’une édition à l’autre, en raison des méthodes de calcul.

Disciplines insolites à Sotchi

Le saut à ski féminin, le half-pipe en ski dames et messieurs, le patinage artistique par équipes, le relais mixte en biathlon et le relais par équipes en luge font leur entrée aux JO d’hiver 2014. Et l’ébouriffant skeleton sera une fois de plus de la partie.

En skeleton, le «slider» s’allonge à plat ventre sur sa planche, la tête tournée vers le bas de la piste.

Skeleton: spectaculaire!

Discipline olympique depuis les Jeux de Salt Lake City en 2002, le skeleton est l’une des disciplines qui procure le plus de sensations. Lancés tête en avant à plus de 100 km/h sur une piste glacée, les «sliders» (ou skeletonneurs) doivent descendre le plus vite possible tout en évitant la chute et la sortie de piste. Pour changer de direction, ils font pression avec les épaules et les genoux, voire la pointe des chaussures. Les compétitions sont orga-nisées en deux manches. Le vainqueur est le plus rapide aux temps cumulés. Les Suisses ont fêté trois médailles à ce jour: Gregor Stähli (2002 et 2006, bronze) et Maya Pedersen (2006, or). Notre pays sera représenté à Sotchi par Marina Gilardoni.

Luge mixte: relais par équipes

Dans cette discipline, tous les athlètes dévalent la piste les uns après les autres sur leur bobsleigh et le chronomètre n’est arrêté qu’à l’arrivée du 3e concurrent. La vitesse dépasse allégrement les 100 km/h. Le temps total de l’équipe détermine le classement. Chaque pays aligne des concurrents pour le simple dames, le simple messieurs et deux hommes pour le double. Toutefois, la Suisse ne sera pas représentée à Sotchi.

Patinage artistique par équipes mixtes

L’équipe est composée de six patineurs: un homme, une femme, un couple et un couple de danse sur glace. Les points sont attribués pour chaque enchaînement et l’équipe qui cumule le plus de points remporte l’or. La Suisse n’aura aucun patineur à Sotchi (pour la première fois depuis la Deuxième Guerre mondiale).

Site Internet des Jeux olympiques de Sotchi avec dates des compétitions

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Ariane Pellaton

Rédactrice

Photo:
Keystone
Publication:
lundi 27.01.2014, 10:52 heure

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