Christian Clavier dans le film qui sort cette semaine, «À bras ouverts». Ici aux côtés d’Armen Georgian et d’Ary Abittan.

«(M’)amuser? Une adrénaline!»

Christian Clavier Il débarque cette semaine sur les écrans avec «À bras ouverts». Le comédien nous parle de son plaisir de jouer, du rôle d’un film, de sa vie en Angleterre. Interview.

Il a fait hurler de rire toute une génération avec le médecin Jérôme des Bronzés et le travesti dépressif du Père noël est une ordure. La génération suivante s’est tenu les côtes avec Jacquouille la Fripouille des Visiteurs. Et la dernière se bidonne avec le notaire conservateur de Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ? Christian Clavier traverse les années sans se départir du désir de faire rire, ni d’un cheveu. Le vent en poupe et la crinière gris seyant, comme le personnage de sa nouvelle comédie, Jean-Etienne Fougerole, un intellectuel de gauche.
 Un peu décoiffé, tout de même, le vaillant défenseur des minorités, lorsqu’une famille de Roms sonne à sa porte et installe sa caravane dans son jardin. C’est qu’il a été sommé par son adversaire politique de joindre les actes à la parole et d’ouvrir les bras aux Roms lors d’un débat pour promouvoir son livre. L’homme aux convictions humanistes s’en voudrait de passer à côté d’une vente, et encouragé par son éditrice, sermonné par son fils à la jeunesse ardente et généreuse, et malgré l’enthousiasme tiède de sa femme, une artiste ingénue, Jean-Etienne Fougerole accepte d’accueillir le père de famille Babik, joué par Ary Abittan, avec lui déjà dans Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ? De passage à l’hôtel Métropole de Genève pour la promotion d’A bras ouverts, l’artiste est préoccupé par un attentat récent à Londres, mais s’anime quand il parle de ses complices, de ses parties de rire et de son film.

Comment vous sentez-vous ce soir ?
Ecoutez, un peu troublé parce que j’arrive de Londres, il y a eu un attentat terroriste là-bas et ça, ça vous remue toujours. Des lycéens français ont été blessés, d’autres gens sont morts, donc c’est triste. C’est une période triste.

Dans ce monde, que peut le cinéma ?
Distraire les gens, les faire rire, les soulager, aller passer une heure et demie de légèreté à rire. Je crois que jamais le cinéma grand public de divertissement n’a été plus important qu’en ce moment. Je pense qu’il est toujours important, et que dans ces périodes difficiles, de crise, de tension, de drame, c’est vraiment bien.

Vous-même, la dernière fois que vous avez ri ?
La dernière fois que j’ai ri, j’ai pleuré de rire avec Ramzy en tournant dans Spirou. Je reviens du Maroc. Eux continuent à tourner, mais je viens de terminer ma prestation de Champignac. J’ai vu Ramzy, on avait des scènes ensemble, on s’est régalé, j’ai beaucoup ri. Je m’amuse beaucoup à jouer. Je ne suis pas du tout blasé. Ca rejoint un petit peu votre question de tout à l’heure, c’est-à-dire que je suis toujours très client de ce métier. J’aime beaucoup faire ça, j’aime beaucoup rire, j’aime beaucoup m’amuser. J’aime beaucoup amuser les autres. C’est une excitation, une adrénaline, que j’adore.

Comment s’est passé le tournage d’«A bras ouverts» ? (seulement online)
Très bien. J’ai un souvenir d’une très bonne atmosphère. Dans le couple que je forme avec Elsa Zylberstein, on était vraiment sur la même longueur d’onde. Elle a su être très drôle en étant d’une sincérité absolue. Elle est surprenante de drôlerie dans ce film, en utilisant une grande partie de ce qu’elle est elle, parce qu’on pourrait dire que la moitié de son personnage, pratiquement, c’est elle ! Et puis Ary Abittan, en face, avec toute sa famille de Roms, avec des acteurs et des actrices roumains, des acteurs et des actrices roms, c’est une mayonnaise complètement improbable, lui faisant une composition inouïe. Il faut que ça passe. Eh bien tout est passé. On a eu des soirées à regarder le championnat d’Europe de foot, on a eu des moments de rire pendant les tournages. C’est devenu une troupe. Il faut toujours une troupe pour faire une bonne comédie. Le souvenir que j’ai, c’est l’été, dans cette maison où il y a une ambiance formidable.

Vous riez tous les jours? (seulement online)
Non, on ne peut pas faire ça tous les jours. Vous ne riez que de ce qui vous fait rire. Ca ne se commande pas le rire. C’est ça qui est merveilleux. Ce serait trop facile de dire que c’est une façon de vivre. Il y a des moments où je m’amuse dans ma vie, parce que je vois quelqu’un, et que je perçois une attitude qui me fait sourire, ou une situation qui m’amuse, ou alors, je vais voir un film qui me fait rire. J’ai revu un tout petit peu, par hasard, Compartiment tueurs, qui passait à la télévision il y a deux jours, et dans ce film il y a beaucoup d’acteurs jeunes qui vont devenir d’immenses stars, d’Yves Montand à Piccoli, Pierre Mondy, Trintignant,  et le personnage de commissaire que joue Mondy, il est tordant. C’est un incapable, il le fait magnifiquement bien, ça m’a rappelé toutes les mises en scènes qu’il a faites avec moi, tout ce qu’il m’a apporté dans le jeu, dans la drôlerie, et il m’a fait rire. Quand une comédie est réussie, les gens rient dans la salle. Il n’y a pas vraiment d’autres critères.

Qu’est-ce qui vous a attiré dans le projet d’A bras ouverts ?
Philippe de Chauveron m’a apporté énormément avec Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ? Donc c’est le même réalisateur, avec Marc de Chauveron, son frère, en plus, qui avait écrit Neuilly-sa-mère. Ce sont vraiment de très bonnes comédies. Ils m’ont dit : « On a une autre idée pour toi, un personnage qui n’a rien à voir sur le plan de l’échiquier social. Tu vas passer du notaire conservateur de province à un intellectuel de gauche, gauche caviar plutôt, leader d’opinion, confronté à sa posture morale qu’il ne suit pas lui-même. Il en est accusé, du reste. Est-ce que ça t’intéresse ? » J’ai dit : « «Evidemment, je fonce. » C’est un esprit magnifique, le Bon Dieu, ça m’a apporté beaucoup, rencontrer une nouvelle génération d’acteurs, renouer avec le public sur quelque chose qui leur a beaucoup plu, je ne vois pas comment ça ne m’aurait pas intéressé.

Est-ce que votre personnage vous attire ou est-ce qu’il vous agace ?
Il est d’un parisianisme exaspérant, mais en même temps, il a bon fond ! Moi, j’aime bien, toujours, tous les personnages que j’interprète. On ne fait jamais rire sur les qualités, on fait toujours rire sur les défauts. Donc que le fait qu’il ait des défauts, quels qu’ils soient, c’est merveilleux, parce que ça permet de faire rire les gens, et en même temps, au bout du compte, dans les films de de Chauveron, les personnages sont rattrapés, c’est pour ça que c’est bienveillant. Le Bon Dieu comme celui-là, c’est vachard, mais bienveillant aussi. Et donc le personnage est à la fois exaspérant et sympa.

D’après vous, quel est le message de ce film ?
Il n’y a pas de message. Nous décrivons toujours les situations avec des postures, des clichés dont on se moque. Quand on s’amuse des clichés, on les dépasse, on a moins peur, on accepte mieux les autres et on fait progresser le vivre ensemble ou le rapport entre les gens dans leur différence. C’est simplissime. Mais il n’y a surtout pas de message. Il y a un point de vue.
(Seulement online)

Il y a cette scène où les personnages mangent des taupes et boivent un alcool abominable.
Ils n’ont pas trouvé de hérissons, leur spécialité culinaire, c’est les hérissons. Là, ils mangent des taupes. Ils prennent ce qu’ils trouvent, et ils trouvent des taupes, parce que le jardin de Fougerole en est bourré, c’est tout. Cocktail de taupes !

«

Quand on s’amuse des clichés, on les dépasse (...), on fait progresser le vivre ensemble »

(Seulement online)
Cette scène fait référence à un film culte.
Oui, avec Les Bronzés. C’est vrai. Mais ça, il faut demander aux auteurs. Ils ont dû être inspirés par ça. Je n’ai pas écrit le film, donc j’interprète ce qu’on me dit, mais c’est vrai qu’on fait toujours référence à ça, même dans le Père Noël est une ordure, on l’a repris nous aussi, plusieurs fois.

Qu’est-ce que ça fait, de faire partie du patrimoine culturel français ?
J’en suis très fier. J’ai l’impression d’être dans la lignée d’acteurs populaires, d’actrices que j’ai adorés, qui vont de Lino Ventura, à de Funès, en passant par Michel Serrault, Galabru, Jean Poiret ou Philippe Noiret, Annie Girardot, ou Jacqueline Maillan, et j’en suis très fier. J’ai le sentiment que quand la jeune génération vient jouer avec moi, ils trouvent chez moi ce que je trouvais probablement chez les générations précédentes, et qu’ils seront certainement la continuation de ce que moi j’ai été comme moi je l’ai été des autres. Il y a une espèce de fil qui se tient entre nous, et c’est ça qui est plaisant.

Et au quotidien, cette notoriété ? (Seulement online)
Il faut savoir prendre du recul, et c’est pour ça que j’habite à l’étranger, parce que ça vous remet les pieds sur terre. Il ne faut jamais se penser important. Le fait de pouvoir prendre du recul avec votre propre pays vous donne le sentiment que vous êtes beaucoup moins important, parce que vous vous retrouvez dans un pays où les gens vous regardent d’une autre manière. Même s’il y a pas mal de gens qui me connaissent parce que j’ai quand même fait une carrière internationale. Il faut s’en accommoder.

Où vivez-vous ?
Je vis en Angleterre. J’adore le théâtre, il y a beaucoup de Français là-bas, et j’y fais du théâtre en français.

Si vous invitez des amis à manger, que leur faites-vous ?
Je leur fais plaisir ! C’est le principe de l’invitation. Il faut que ce soit bien, j’essaie toujours de faire plaisir. Tout dépend qui j’invite.

La nourriture anglaise ?
La nourriture anglaise n’est pas très bonne, mais vous savez, Londres est une ville internationale.

Vous connaissiez déjà Genève ?
Oui, je suis venu souvent. Je crois que la dernière fois, c’était il y a cinq-six ans, je ne me souviens plus. C’est une très belle ville, le lac est magnifique avec les montagnes autour. Quand l’avion s’est posé, à l’aéroport, j’ai vu ces montagnes enneigées, c’est superbe. Mais je ne peux pas vous dire tellement de choses plus que ça, parce que je la connais quand même très peu.

Et la Suisse en général? (Seulement online)
Qu’est-ce que vous voulez que je vous dise de la Suisse. Je veux éviter de parler de généralités. Sinon on va se retrouver dans, les Suisses ont le couteau suisse , les Français sont arrogants. C’est pas terrible.

Que pensez-vous d’accueillir une famille de Roms chez vous ?
Très volontiers. A Marnes-la-Coquette dans la maison de Jean-Etienne Fougerole. C’est un film, ça reste un film. Je trouve que c’est intéressant de se poser la question et de savoir comment on réagirait par rapport à ça.

Vous avez une petite idée, comment vous réagiriez à cette situation ?
Je ne sais pas exactement comment je réagirais, mais quand vous avez des gens qui sont dans les difficultés, je pense qu’on réagirait bien. Il n’y a pas de raison de ne pas tendre la main aux gens quand ils sont mal.

Avez-vous eu l’occasion de rencontrer des Roms ?
Oui, on a tourné avec des Roms. On avait un coach rom. On est allés tourner à la fin du film dans un village rom à 100 km de Bucarest, donc on les a rencontrés. Ce sont eux qui ont dit qu’Ari était plus vrai que nature. On a travaillé avec eux. Le petit jeune qui joue le fils de Babik, il est rom, c’est un footballeur incroyable. La petite jeune fille qui est la plus petite avec des lunettes est rom, même si elle vit en Belgique. La grande, elle parle cinq langues. Ce sont des gens très intéressants, il y a une culture incroyable, la musique est là pour le dire. Donc évidemment les clichés sur eux sont à dépasser aussi. Même s’il y a des choses vraies, il y a aussi des choses fausses. Ce ne sont pas que des gens qui piquent des clôtures.

Le film joue avec les clichés. Est-ce qu’il y a un risque que ces clichés perdurent ?
Je ne crois pas. Je pense qu’on nous a posé ce même genre de question avec Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ? dans lequel on parlait du mariage mixte, et mon personnage était complètement réactif à ça. Je vois qu’on a fait beaucoup avancer le mariage mixte, et je pense que là, l’image des Roms est extrêmement bienveillante, et que ça ne peut faire qu’avancer le regard qu’on a sur eux. Donc je ne crois pas que le fait de s’amuser des clichés soit un problème. Il ne faut jamais avoir peur de ce qui fait rire, il me semble.

Lors de notre interview à Genève: «Jamais le cinéma grand public de divertissement n’a été aussi important qu’en ce moment.»

Un boulimique du travail

Christian Clavier, né à Paris en 1952, a rencontré ses camarades du Splendid à l’école. Avec eux, il tourne «Les Bronzés» (1978), puis enchaîne les succès. «Les Visiteurs» et le célèbre «Okaaay» de Jacquouille la Fripouille dépassent les 10 millions de spectateurs, comme notamment «Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu?» Il a joué dans de très nombreux films, en a réalisé et écrit, tout en poursuivant une carrière au théâtre.

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texte:
Laurence de Coulon
Photo:
Ascot Elitew, Patrick Gilliéron Lopreno
Publication:
lundi 03.04.2017, 13:20 heure



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