L’aventurier et écrivain, ici à Genève, juste avant de reprendre l’air des routes.

Claude Marthaler: «Le vélo, réceptacle de confidences»

Aventure Juste avant son départ pour le Kirghizistan et le Tadjikistan, qu’il sillonne en ce moment, le cyclonaute Claude Marthaler nous dit ses mondes et sa vie nomade.

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L’Asie est ma destination de prédilection. J’adore rouler en montagne»

Vous repartez trois mois en Asie centrale à vélo. Comment vous sentez-vous?
Je suis très excité car je n’ai jamais eu le temps de découvrir le Tadjikistan. J’y suis passé deux fois mais m’y suis fait refouler. La première fois à cause de la guerre civile en 1994 et la deuxième fois pour une histoire de visa. Donc j’ai hâte d’être de nouveau en selle, au milieu du Pamir.

Qu’est-ce qui motive vos choix de destination?
D’une manière générale, je pars en direction de l’est ou du sud. L’Asie est ma destination de prédilection. Et comme lors de mon premier voyage dans les Himalayas indien, népalais et pakistanais, j’adore rouler en montagne. Je cherche toujours à traverser autant de massifs que possible.

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Vous êtes devenu un spécialiste de géopolitique avec vos voyages…
Oui, on le devient à force de traverser des frontières! Par exemple, le Tadjikistan est un territoire assez sensible au centre de l’Asie, frontalier avec la Chine, le Kirghizistan, l’Ouzbékistan et l’Afghanistan. C’est un carrefour de cultures, mais il est aussi au cœur de troubles dans cette zone. On est en fin de compte sur les dernières marches des Empires russe et anglais. La région frontalière du Badakhchan afghan est déjà contrôlée à 80% par les Talibans. L’ancien responsable des forces spéciales de la police tadjike a mystérieusement disparu en avril. Le 29 mai, il apparaît dans une vidéo diffusée par les combattants islamistes en Irak…

Cette instabilité ne vous fait pas peur?
Non pas vraiment. Je suis peut-être téméraire mais je me renseigne surtout énormément avant de traverser certaines zones. J’ai beaucoup discuté avec un ami qui a vécu là-bas durant un an. Il m’a donné des contacts de gens sur place, qui sont d’excellentes sources d’information. Et je questionne la population de village en village. L’expérience m’a montré que la bonté et l’hospitalité sont des valeurs bien plus répandues que la violence.

D’où vous est venu ce virus pour les longs voyages à vélo?
J’ai toujours aimé ça! Déjà gamin, je faisais des tours de quartier qui s’élargissaient de la rue à la route. Jusqu’à ce que je fasse le tour de la Suisse, puis jusqu’à la Méditerranée, ainsi de suite jusqu’à mon tour du monde de sept ans. Peut-être aussi que la mort de mon frère dans une grotte en Papouasie alors qu’il faisait de la spéléologie m’a poussé à aller au bout de mes rêves. La vie ne tient qu’à un fil. Durant mon tour du monde, je l’ai senti sur mon porte-bagages. J’avais l’impression de lui donner à découvrir le monde qu’il n’a pas eu le temps de voir. Et le vélo, c’est le symbole de la liberté. C’est un réceptacle de confidences et un merveilleux moyen d’aborder la planète avec silence et respect. On doit s’investir corps et âme et se présenter aux gens tel qu’on est. Ça nous rend encore plus humain.

Votre vélo s’appelle Yak. Pourquoi?
C’est venu d’amis que j’ai rencontrés au Tibet. Ils m’ont donné ce surnom qui m’a collé à la peau. Je suis le yakman et mon vélo le yak. C’est une bête assez têtue, endurante et à laquelle je ressemblais avec mes longs cheveux bouclés sur les pistes tibétaines. Et ainsi, je m’inscris dans la tradition du cyclisme où chaque coureur porte un surnom et en donne un à son vélo.

Ce mode de vie demande des sacrifices…
Oui, j’ai choisi cette liberté, mais cela m’a coûté de belles choses aussi. À deux reprises, j’aurais pu fonder une famille avec des femmes que j’aimais et qui m’aimaient, mais j’y ai renoncé. C’étaient des choix douloureux, mais au fond de mes tripes je sentais ce besoin de voyager.

Vous avez aussi écrit sept livres, des récits de voyage. Une autre passion?
Ça commence par mes carnets de route, que je remplis au fil des jours en voyage. C’est un besoin viscéral de fixer la mémoire. D’ailleurs ce sont les biens les plus précieux que je transporte avec moi en vélo et que j’ai peur de me faire voler. Ce sont de véritables trésors! L’écriture me permet aussi des moments de recueillement, seul sous ma tente. Ensuite, ces carnets deviennent ma base de travail pour mes livres, de beaux moments de création et de partage avec les lecteurs. Quand j’écris un récit de voyage, je le revis une deuxième fois, avec parfois encore plus d’intensité.

Son 7e livre qui vient de sortir: «Confidences cubaines»

Au fil des ans, vous avez raccourci la durée de vos voyages. Un pas vers la sédentarisation?
C’est une question qui se posera inévitablement avec l’âge. J’ai encore une très bonne forme mais je sais qu’au fil des ans, je devrai freiner la machine, c’est la vie. Mais c’est sûr, je continuerai de voyager à vélo très longtemps, quitte à rouler vers des destinations plus proches.

Ses carnets de voyage, ses plus grands trésors

4 dates dans la vie d’un cyclonaute

1960 Naît à Genève, le 28 juillet. Premier voyage à vélo hors d’Europe en 1981.

1979 Mort de son frère aîné dans une expédition de spéléologie. Un élément déclencheur de ses voyages.

1994 Son départ pour le Japon le 11 mars se poursuit par un tour du monde qui va durer sept ans.

2015 Après des récits, portraits, textes véloso-phiques, ces «Confidences cubaines» (Éd. Transboréal).

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Sophie Dorsaz

Rédactrice

Photo:
Patrick Gilliéron Lopreno
Publication:
lundi 29.06.2015, 10:40 heure



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