Publicité pour la COP21: fin septembre, un dôme du climat, une sphère de 14 mètres de diamètre, a été installé dans la cour du Ministère de l’écologie, à Paris.

Climat: tous les regards sont tournés vers Paris

Changement climatique Malgré les récents événements, la conférence mondiale sur le climat débutera dans quelques jours. Que faut-il en attendre? L’avis du directeur du WWF Suisse Thomas Vellacott.

Thomas Vellacott, directeur du WWF Suisse

Thomas Vellacott, directeur du WWF Suisse
Thomas Vellacott, directeur du WWF Suisse
«

La Suisse ne s’acquitte pas de ses devoirs»

Thomas Vellacott, directeur du WWF Suisse

La communauté internationale se réunira du 30 novembre au 11 décembre à Paris lors de la 21e Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques (COP21).
Et ce, malgré les attentats terroristes du 13 novembre. «La COP21 doit se tenir. (…) C’est une action absolument indispensable contre le dérèglement climatique», a déclaré le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, au lendemain de la nuit de terreur.
La responsable du climat à l’ONU, Christiana Figueres, s’est exprimée le même week-end sur Twitter: «La conférence se tiendra comme prévu. Maintenant plus que jamais. COP21 signifie respecter nos différences et en même temps agir ensemble dans un esprit de collaboration.»
L’objectif déclaré de cette conférence est de limiter le réchauffement de la planète à deux degrés au maximum par rapport à l’ère préindustrielle. À cette époque, la température moyenne de la surface de la terre (sol et eau) se situait aux alentours de 14 °C. Pour y parvenir, il faut continuer de diminuer drastiquement les émissions mondiales de CO2. Le point de vue de Thomas Vellacott, directeur du WWF Suisse.

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Lors des précédentes conférences sur le climat, il manquait la volonté politique de prendre des décisions contraignantes pour lutter contre le réchauffement planétaire. Pourquoi devrait-il en être autrement à Paris?
Beaucoup de choses ont bougé ces derniers mois. Deux pays clés, les États-Unis et la Chine, ont manifesté leur volonté d’aller de l’avant. Il y a un an, des centaines de milliers de personnes sont descendues dans les rues de New York pour manifester en faveur de la protection du climat. Cette action va se reproduire à la fin de la semaine dans le monde entier.

Et dans les faits?
Il se passe aussi beaucoup de choses en dehors de la politique: les énergies renouvelables sont de plus en plus concurrentielles du point de vue du prix par rapport au charbon, au pétrole ou au gaz. L’efficience énergétique progresse et les entreprises considèrent cela comme une chance. Malheureusement, les effets du changement climatique se font aussi sentir de plus en plus nettement.

D’où l’objectif de maintenir le réchauffement climatique au-dessous de deux degrés. Et si l’on n’y parvient pas?
Au-delà de deux degrés, il est très probable, selon les prévisions scientifiques, que les conséquences catastrophiques du changement climatique déclenchent un cercle vicieux.

C’est-à-dire?
La hausse des températures pourrait par exemple provoquer le dessèchement des forêts tropicales, qui risqueraient de prendre feu et de libérer ainsi encore plus de gaz à effet de serre. En Sibérie, le dégel des sols libère du méthane, un gaz à effet de serre extrêmement puissant. Les glaces de l’Arctique ne pourront plus réfléchir la chaleur dans l’espace une fois qu’elles auront fondu. C’est pourquoi les États membres de l’ONU, dont la Suisse, ont fixé cette limite de deux degrés. Mais une majorité des pays et le WWF exigent une limite à 1,5 degré.

La responsable du climat à l’ONU, Christiana Figueres, a affirmé que les plans nationaux de réduction du CO2 déposés
à ce jour étaient insuffisants.
De nombreux pays pensent que celui qui fait beaucoup est perdant. Mais de plus en plus d’États sont conscients que celui qui brûle moins de pétrole, de gaz naturel et de charbon économise de l’argent, dispose d’air pur et favorise le climat.
D’un point de vue technique et scientifique, il existe suffisamment de possibilités pour protéger le climat. Un nouvel accord fournirait un cadre dans lequel les pays se motiveraient mutuellement. De plus, il faut des règles financières claires: les riches pays industrialisés sont les principaux responsables du changement climatique. Ils doivent donc venir en aide aux pays les plus pauvres.

Des représentants du WWF participent à la conférence. Vous voulez en plus interpeler le monde par une journée d’action en faveur du climat?
Tout ce que nous aimons est menacé: un sixième des espèces animales, de la baleine bleue aux ours polaires, mais aussi des matières premières, nécessaires par exemple à la production de bière ou d’un bon café. Le changement climatique menace déjà des villes côtières comme Venise, ainsi que l’avenir de nos enfants.
Lors de la journée d’action en faveur du climat, qui aura lieu le dernier week-end de novembre, des centaines de milliers de personnes descendront dans les rues pour montrer aux délégations présentes à Paris les raisons qui les poussent à s’engager pour la protection du climat.
L’Alliance climatique suisse, dont le WWF fait partie, organise des manifestations à Zurich, Berne, Saint-Gall, Genève, Lucerne et Lugano.

Comment évaluez-vous le rôle de la Suisse et de son économie?
Lors des négociations sur le climat, la délégation suisse fait souvent preuve d’engagement et joue un rôle de médiateur. Toutefois, la crédibilité de la Suisse est actuellement mise à mal car elle ne s’acquitte pas de ses devoirs. Aucun autre pays d’Europe occidentale n’est aussi mauvais que nous en ce qui concerne les chauffages au mazout, particulièrement dommageables pour le climat, ou la consommation d’essence des voitures neuves. Et la politique suisse ne montre aucune détermination à essayer de modifier cela. Même les États-Unis et l’Union européenne prévoient une diminution annuelle de leurs émissions deux fois plus rapide que nous dès 2020.

Nous devrions donc les imiter…
Il faudrait une diminution trois fois plus rapide. L’économie suisse, en raison de son imbrication avec le marché mondial, exerce une grande influence en matière climatique. D’un autre côté, il y a des banques qui financent des centrales à charbon dommageables pour le climat…

Comment évaluez-vous les efforts fournis par Coop?
Cette entreprise s’est fixé pour but de diminuer régulièrement ses émissions de CO2 pour devenir climatiquement neutre d’ici 2023. Cet objectif est poursuivi de manière conséquente et avec des approches innovantes. Les émissions de CO2 sont prises en compte lorsqu’il s’agit de décider d’un achat ou d’un investissement. Nous souhaiterions voir la même détermination chez tous les acteurs de l’économie.

Source: IPCC/WWF; infographie: Jacob Kadrmas

Des actes pour le bien-être de tous

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Toutes les paroles aux actes
René Schulte

Rédacteur

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Photo:
AFP, WWF Suisse
Publication:
lundi 23.11.2015, 13:40 heure

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