Entre l’âge de 2 et 5 ans, l’enfant 
est en phase d’«explosion lexicale». 
Il apprend 10 mots par jour!

Comment la parole vient aux enfants

Apprentissage L’entrée dans l’univers des mots est l’une des grandes acquisitions de la vie. L’enfant apprend à parler tout seul. Reste aux parents à savoir comment l’accompagner au mieux!

Prononce-t-il ses premiers mots?» Tous les parents dont le bambin vient de fêter son premier anniversaire s’entendent poser la question, généralement agrémentée de commentaires sur les exploits d’un neveu ou le mutisme d’une voisine. Ceux dont l’enfant tarde à s’exprimer sont vite en proie à l’inquiétude: «Est-ce que c’est normal? Et comment faire pour l’aider?»
«Garder l’esprit tranquille!» Voilà la meilleure des choses à faire, explique Mireille Brigaudiot, enseignante et chercheuse française en sciences du langage. Quand on parle d’enfants si petits, «il ne faut jamais s’inquiéter», dit-elle. À moins d’un problème neurologique ou physiologique grave, tous les enfants apprennent à parler tôt ou tard. «On ne parle de ‹retard de langage› que lorsque, à 2 ans, l’enfant produit moins de 50 mots», rapporte de son côté le psycholinguiste Pascal Zesiger, directeur du Labobébé à l’Université de Genève, où l’on étudie l’émergence du langage chez des enfants à partir de 1 an. «Mais attention, cela ne signifie pas qu’il aura des troubles plus tard, ni qu’il faille se précipiter chez un logopédiste! Simplement, le pédiatre doit se poser certaines questions et exclure tout problème de surdité ou de malentendance. Si l’on constate que l’enfant se développe sans difficulté et évolue dans un environnement satisfaisant, il n’y a pas de raison de s’inquiéter, il suffit de garder un œil attentif et de refaire le point six mois plus tard.»
La communication, c’est tout ce qui permet les échanges avec l’autre: l’oral n’en est qu’une partie. Il y a aussi tout le champ non verbal qui entre en jeu. «Un tout-petit qui fait mmm mmm et qui regarde sa poussette quand sa mère lui propose d’aller au parc va très bien, même s’il ne dit pas un mot», confirme Mireille Brigaudiot.
Chaque enfant va à son rythme. Et les parents ne peuvent ni accélérer l’entrée dans le langage ni la retarder. Tout au plus peuvent-ils l’accompagner. L’acquisition du langage est une formidable prouesse cognitive. Le petit d’homme apprend tout seul. Mais comment fait-il pour maîtriser un volume croissant de vocabulaire et la grammaire complexe de notre langue? C’est que dès la naissance, bébé a l’oreille fine et est capable de se représenter distinctement presque tous les sons des langues auxquelles il est exposé. Peu à peu, il va détecter la présence de régularités dans ce qu’il entend.
À 5 mois, il comprend déjà des mots comme son prénom, papa, maman, les parties du corps souvent dénommées par ses parents dans les rituels quotidiens du bain et du change. Mais il faudra attendre entre 18 et 24 mois pour que l’enfant passe à la vitesse supérieure et entre dans la phase dite d’«explosion lexicale».

Il est primordial que les parents parlent à leur enfant. Cela participe à son apprentissage.

L’enfant détecte les régularités

«Lors de cette période, allant de 2 à 5 ans, explique Pascal Zesiger, l’enfant va apprendre en moyenne un nouveau mot par heure de veille, c’est-à-dire dix mots par jour, soit 3500 par année!» On assiste également alors aux débuts de la grammaire. Le petit commence à combiner des mots: il ne va ainsi plus simplement dire «biscuit», mais «veux biscuit», par exemple, avec un ordre des mots correct, même s’il manque encore beaucoup de choses aux énoncés.
«Le petit d’homme est un excellent détecteur de régularités, estime le directeur du Labobébé. C’est grâce à cette capacité qu’il va découvrir les règles lui permettant de structurer son langage.» L’enfant n’apprend pas en répétant comme un perroquet. «Les erreurs qu’il fait, en disant «j’ai tout boivé» par exemple – chose qu’il n’entend jamais –, montrent clairement qu’il a bien détecté une régularité et tente de l’appliquer lui-même. Bien sûr, il peut se tromper (puisque le verbe boire est irrégulier), mais cela révèle qu’il apprend en comprenant la structure du langage qui lui est adressé.»

L’important rôle des parents

Est-ce à dire que les parents ne jouent aucun rôle dans ce processus? Loin s’en faut. «Dès sa naissance, le bébé a une orientation préférentielle vers tout ce qui est humain», dit Pascal Zesiger. «Il est très sensible au langage qui lui est spécifiquement adressé. Si on se contente de mettre une radio allumée à côté de son berceau, il traitera cela comme du bruit de fond, pas de la parole.» Il est donc primordial que les parents parlent à leur enfant. Tout se joue dans cette connivence et dans la façon très particulière dont les humains s’adressent naturellement à leurs bébés: en ralentissant le débit, en faisant des phrases courtes, en exagérant l’intonation. Les Anglo-Saxons appellent cela le «motherese».
Selon Mireille Brigaudiot, les mères semblent particulièrement disposées à cela. Elles interprètent et complètent spontanément le moindre énoncé ou babillage de l’enfant en lui prêtant du sens et en le ramenant à des expériences. «Elles font, par exemple, des liens entre le chat qui passe et celui que l’enfant a vu dans son livre la veille, rappellent le son que fait l’animal, etc.» Et d’ajouter: «À chaque fois qu’elle paraphrase, la maman fait référence à du connu, ce qui permet au petit de raccrocher ensemble les morceaux du monde.» Autant dire que ce n’est pas avec des applications pour tablettes que nos chers bambins apprendront à parler!

En chiffres

  • 5 à 7% des enfants d’une classe d’âge sont concernés par des troubles du langage oral ou écrit, soit en moyenne un enfant par classe.
  • Seule la moitié de ces enfants ont des troubles durables. Les autres compenseront leur retard avant l’âge de 3 ou 4 ans. 
  • 1 à 3% des enfants seulement sont atteints de formes très sévères, nommées dysphasies.

Le langage exposé à Genève  

«L’expérience du langage» 

http://www.cooperation.ch/Comment+la+parole+vient+aux+enfants Comment la parole vient aux enfants

Musée Voltaire, du 3 novembre au 10 décembre 2017
«Chant-Catastrophe», «Musique-Mutation», ou encore «Labyrinthe-Liberté». À l’occasion du cinquantenaire du «Petit Robert», la peintre Fabienne Verdier a créé 22 toiles pour plonger les spectateurs dans l’épaisseur du chant des mots de notre langue.

«Les routes de la traduction – 
Babel à Genève»

http://www.cooperation.ch/Comment+la+parole+vient+aux+enfants Comment la parole vient aux enfants

Fondation Martin Bodmer, du 11 novembre 2017 au 25 mars 2018
De la première édition de «La Divine Comédie» de Dante à l’exploration sonore de la diversité des langues dans l’espace genevois, la Fondation Martin Bodmer arpente les routes du plurilinguisme et de la traduction dans sa nouvelle exposition.

Commentaires (0)

Merci pour votre commentaire

Ce commentaire comprend-il des contenus douteux?

Le texte va être contrôlé et éventuellement adapté ou bloqué.

Votre commentaire

Vous n'avez pas encore écrit de commentaire!

Ce champ doit être complété. Merci.

Champ obligatoire
Ce champ doit être complété. Merci.










Merci de prendre connaissance de notre charte et ne manquez de respect à personne!

texte:
Suzi Vieira
Photo:
Alamy
Publication:
lundi 06.11.2017, 13:45 heure





Login mit Coopzeitung-Profil

Fermer
Fehlertext für Eingabe

Fehlertext für Eingabe

Mot de passe oublié?