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En ce moment, en Egypte, la récolte des melons bat son plein. Grâce au soleil et au Nil, elle sera abondante.


La plupart des employés de Blue Skies sont des femmes, «plus habiles que les hommes», selon le patron.

Abdul-Ghany Abuzaia, un cultivateur énergique et fier du résultat.

Commerce équitable: melons d’Egypte

Abdul-Ghany Abuzaia peut être fier des melons qu’il récolte sur son exploitation, en Egypte. Ce sont les seuls melons certifiés Fairtrade du monde.

Quand on pense à l’Egypte, on imagine la chaleur, le désert, les pyramides et éventuellement la révolution. C’est pourtant un tout autre tableau qui nous attend au sud-est d’Alexandrie, métropole de plusieurs millions d’habitants au bord de la Méditerranée. Cette région se caractérise par une richesse incroyable en céréales, en légumes et en fruits. En effet, grâce à un système ingénieux de canaux d’irrigation, le cours inférieur du Nil ressemble à un jardin luxuriant où l’agriculture prospère. Une ingéniosité qui était presque nécessaire puisqu’il faut nourrir un bassin de population de près de 90 millions de personnes.Rappelons que l’exportation de produits agricoles doit rapporter à ce pays secoué par les crises les devises dont il a un besoin urgent.

L’Egypte exporte entre autres des melons. C’est d’ailleurs la saison. Au nord de l’Egypte, elle dure de mai à octobre, selon le type de melon, grâce au soleil et au Nil. Abdul-Ghany Abuzaia (54 ans) cultive des melons. Quand la saison est finie, il cultive du maïs, du riz et des tomates. Il n’apporte plus ses melons sur le marché, comme le faisaient son père et son arrière-grand-père, mais les livre à l’usine Blue Skies (lire en p. 13), près du Caire. L’entreprise lui achète tous ses fruits à des prix constants et équitables, car Abdul-Ghany fait partie depuis bientôt dix ans de la coopérative Al Smoat, qui réunit huit petits producteurs. Depuis quelque temps, celle-ci satisfait aux standards internationaux Fairtrade. Abdul-Ghany Abuzaia a donc le privilège et l’honneur de produire les seuls melons certifiés Fairtrade du monde…

Blue Skies livre des plantons à Abdul-Ghany Abuzaia et aux autres paysans de la coopérative à des moments différents. Ils ne sont donc pas approvisionnés en même temps. Cela fait durer la période de récolte et les paysans peuvent ainsi s’entraider. On plante du melon cantaloup, du melon Galia, des pastèques ainsi que des sous-variétés adaptées au terroir. En été, un cycle de production dure soixante jours, de la plantation à la récolte. La culture serait également possible en hiver, mais les melons mettraient alors jusqu’à 120 jours pour arriver à maturité. Pour Abdul-Ghany, l’effort n’en vaut pas la peine. Pourtant, il aimerait bien ne cultiver que des melons. «C’est la production qui rapporte le plus.» En effet, grâce à la certification Fairtrade, le quinquagénaire bénéficie d’un prix minimum clairement défini. C’est un filet de sécurité lors de défaillances du marché. Et si le prix du marché augmente, c’est bien celui-ci que touchera notre producteur qui est donc gagnant à tous les coups. Des conditions inimaginables pour le maïs.

Le travail au champ est pénible. Abdul-Ghany est sur place au plus tard à 7 h chaque matin pour soigner et bichonner ses melons. Il fait en général tout à la main; il ne possède pas de machines qui pourraient le soulager. Par contre, son frère l’aide avec ses deux enfants adultes. «Ils sont pour moi comme ma famille de substitution, tant que je dois vivre loin de ma femme et de mes enfants», confie-t-il. Pour ce père de famille, le plus important est d’offrir une bonne instruction à ses enfants. Il faut qu’ils puissent faire des études, ce dont lui-même a été privé. Et de préférence des études dans la filière agricole, puisque «ce n’est pas la terre qui manque et que le melon a beaucoup d’avenir».

Max Havelaar: commerce et production équitables

Fairtrade Max Havelaar promeut le commerce équitable comme moyen de combattre la pauvreté dans les pays émergents. Créée en 1992, la fondation attribue en Suisse son label de qualité aux biens de consommation produits et commercialisés selon les standards internationaux de Fairtrade International. L’organisme de certification indépendant FLO-CERT GmbH vérifie régulièrement que les standards internationaux Fairtrade sont respectés. Le commerce équitable aide les petits paysans et les travailleurs en Asie, en Afrique et en Amérique du Sud à améliorer eux-mêmes leurs conditions de vie.

Des structures d’organisation démocratiques, des relations commerciales plus directes, une agriculture ménageant l’environnement et des conditions de travail socialement décentes sont des critères essentiels. De plus, les producteurs touchent un prix minimum stable pour leurs matières premières ainsi qu’une prime Fairtrade pour la réalisation de projets (dans les domaines de l’infrastructure, de la formation, des soins médicaux). Des études menées sur les effets de ce modèle montrent que le commerce équitable profite non seulement aux paysans et à leurs organisations, mais peut stimuler le développement de toute une région.

www.coop.ch/maxhavelaar
www.maxhavelaar.ch

Fraîcheur et qualité assurées

L’entreprise Blue Skies près du Caire conditionne les melons selon les standards qualitatifs et sociaux les plus élevés.

Mohamed Abdulrazik, directeur général de Blue Skies.

Mohamed Abdulrazik, directeur général de Blue Skies.
Mohamed Abdulrazik, directeur général de Blue Skies.

Le modèle promu par Mohamed Abdulrazik, directeur général de l’entreprise Blue Skies, est: Fresh from harvest (fraîchement récolté). «En effet, les paysans cueillent leurs fruits à leur degré de maturité optimale et nous les livrent par la voie la plus rapide. Ici, nous les découpons en portions prêtes à la consommation et les conditionnons sous emballage hygiénique pour les envoyer immédiatement à nos acheteurs», explique-t-il. Parmi ces fruits, il y a le trio de melons et des tranches de melon de deux couleurs, de Coop Betty Bossi, que la clientèle de Coop retrouve dans les supermarchés.

Les fruits arrivent chez Coop au plus tard dans les deux jours qui suivent la récolte, sans interruption de la chaîne du froid. Les fruits sont transportés en Suisse dans des vols de ligne – dont les émissions CO2 sont naturellement compensées. De même, les conditions hygiéniques sont impressionnantes: chez Blue Skies, toute personne manipulant des fruits le fait en atmosphère parfaitement contrôlée. Les locaux sont maintenus à très basse température, l’air est filtré, le personnel porte des vêtements de protection stériles qu’il change chaque jour.

Malgré cette technologie de pointe, les fruits sont découpés à la main. «Au début, on avait de coûteuses machines à découper, se rappelle Mohamed Abdulrazik, mais on n’était pas convaincus de la qualité. Le résultat est tout simplement meilleur si le travail est fait à la main.» C’est pourquoi près de 350 employés sont à pied d’œuvre ici, en majorité des femmes. Non parce qu’elles réclameraient un salaire inférieur, mais parce qu’«elles sont plus habiles que les hommes», signale leur patron d’un air malicieux.

stef

Stefan Fehlmann

Rédacteur

Photo:
Christian Lanz
Publication:
lundi 10.06.2013, 11:07 heure