Cosey à sa table à dessin. Il œuvre sur son futur album, le premier en noir et blanc.

«Disney était un génie»

BD Cosey, le père de «Jonathan», revisite le mythe de Mickey dans sa dernière création. L’invité d’honneur de Pictobello 2016 nous parle de son parcours. Rencontre.

Avec votre album «Une mystérieuse mélodie», vous revisitez le mythe de Mickey.
C’est un vieux rêve que j’avais déjà enfant. Je voulais travailler pour Disney. À tel point qu’en 1978 je me suis présenté dans les studios. La porte s’est entrouverte. On m’a proposé de rester pour travailler mais ça aurait été du dessin à la chaîne. Dessiner les deux roues de la voiture de Mickey pendant cinq ans... Moi, ce qui m’intéressait c’était l’aspect créatif. Or je l’avais déjà avec mes albums de Jonathan. Donc, j’ai renoncé mais j’avais toujours un petit regret. Et il y a trois ans, au festival BDfil, l’éditeur Jacques Glénat, avec qui je n’avais jamais travaillé, me dit: «Tu as envie de faire un album de Mickey?» J’ai fait un bond et j’ai dit oui tout de suite!

Avez-vous vite trouvé l’idée du scénario?
Non. Après la proposition de Glénat, je me suis rendu compte que c’était difficile de trouver la bonne idée et j’ai envisagé de renoncer. Mes souvenirs de Mickey, c’était mes lectures d’enfant, à la fin des années 1950. Mais je pensais que ça serait bien de revenir à la source, découvrir les tout débuts de Mickey. J’ai trouvé les premières bandes dessinées et les premiers dessins animés. Et dans les deux cas, il était déjà avec Minnie! Ils étaient déjà fiancés. Je me suis dit: «On aimerait bien savoir comment ils se sont rencontrés!» Et c’est comme ça que je suis parti sur cette idée.

Que représente Mickey pour vous?
C’est un grand bonheur de lecture. C’est quelque chose d’absolument incroyable. Magique! Je crois qu’il n’y a pas un pays où on ne connaît pas la silhouette de Mickey. Vous allez n’importe où dans le monde, vous dessinez trois ronds, et tout le monde reconnaît Mickey. C’est une icône du XXe siècle. Je trouve fascinant de pouvoir y participer à ma façon.

Comment expliquez-vous son succès?
Je pense qu’avec la simplicité du dessin, il est immédiatement reconnaissable et foncièrement sympathique. C’est un support idéal pour nos propres projections. Pour moi, Disney était un génie. Je le place sans scrupule à côté de Picasso. Il a touché quelque chose de très fort. Ce n’est pas de la peinture ni de la littérature mais c’est une œuvre essentielle à notre époque.

Vous allez participer à Pictobello ce samedi à Vevey. Que pouvez-vous nous dire sur cette manifestation?
Je trouve que la démarche de dessiner dans la rue est très sympa. Il y aura une vingtaine d’artistes. Je me réjouis d’y prendre part.

Aimez-vous cette interaction avec le public?
A priori non. Je ne suis pas un musicien de scène mais un musicien de studio. Un dessinateur d’atelier et pas de spectacle. C’est chouette de jouer le jeu. Je suis ouvert à toute interaction spontanée mais je ne vais pas faire un spectacle. Je vais essayer de dessiner, c’est déjà beaucoup!

Comment êtes-vous devenu dessinateur et scénariste de bande dessinée?
C’était un vieux rêve. En fait, j’avais deux rêves: faire des albums ou travailler chez Disney. Les albums, ça a pu se réaliser assez rapidement. J’ai d’abord fait un apprentissage de graphiste. J’ai alors rencontré Derib qui était le premier professionnel de la bande dessinée en Suisse. On s’est lié d’amitié et dès que j’ai fini mon apprentissage, je suis allé travailler chez lui.

L’enseigne d’une librairie birmane: «Du beau travail de peintre en lettres».

Vous avez connu le succès avec «Jonathan». Un nouvel album en vue?
Pour l’instant, il est dans l’avion entre Delhi et Genève. Mais je pense qu’il va y rester longtemps ou disparaître dans les brumes du Léman... J’ai l’impression d’avoir fait un peu une boucle avec le dernier album. Ça veut dire que je pourrais m’arrêter là avec ce personnage. Mais si j’avais tout d’un coup une idée qui m’enthousiasme pour un nouveau Jonathan, je n’hésiterais pas une seconde.

Vous habitez près de la nature. Allez-vous marcher en montagne?
Oui, je marche beaucoup. Je n’ai pas peur de marcher toute la journée. En hiver, je fais de la peau de phoque.

D’où vous vient votre passion du Tibet où vous avez voyagé plusieurs fois?
Il y a eu surtout des lectures au départ. Tintin au Tibet, Alexandra David-Néel. Des affinités... D’autres se passionnent pour le western. Pourquoi se passionnent-ils pour le western? Ils n’en savent rien eux-mêmes! J’aime la montagne, je m’intéresse aux philosophies orientales. Et voilà! Le Tibet.

Aimez-vous voyager?
Oui, j’aime voyager car ça enrichit beaucoup mon travail mais ce n’est pas facile. Je ne suis pas forcément à l’aise en voyage. Il y a des gens qui pourraient voyager toute l’année. Au bout d’un moment, je me sens mal. Je me dis: «Qu’est-ce que je fais là, je devrais être à ma table à dessin!»

«The Art of Walt Disney», une référence.

Votre dernier voyage?
Au Japon. J’allais présenter mon travail. J’ai été invité par Pro Helvetia et l’Alliance française dans le cadre des échanges culturels entre les pays francophones et le Japon.

Aimez-vous goûter aux spécialités locales?
Evidemment, je ne vais pas manger des „steak-frite“ au Japon! La nourriture, c’est super important en voyage. C’est quand même une façon d’apprécier un pays. Si vous essayez de manger occidental, ça ne sera pas bon alors que la cuisine locale peut être délicieuse. J’aime bien les momo tibétains (ndlr: raviolis farcis à la viande). J’adore le houmous que j’ai eu la chance de manger en Syrie.

Quel est votre modèle en BD?
J’en ai plein mais ça change tous les trois mois. Les classiques qui reviennent c’est Pratt, Peyo, Franquin, Jijé. Chez les plus jeunes, j’aime beaucoup Dupuy et Berberian ou encore Chris Ware.

Quels sont vos centres d’intérêts en dehors de la BD?
J’en ai plein. La musique, la littérature principalement. J’écoute de tout, je suis très éclectique.

Avez-vous un nouveau projet?
Oui. Je commence un nouvel album que j’espère sortir en 2017. Ce sera une histoire unique. Pour la première fois, il sera exclusivement en noir et blanc. J’ai vraiment envie de travailler différemment.

3 dates dans la vie d’un dessinateur

1969 Cosey entre chez Derib et travaille dans son atelier après une formation de graphiste.

1975 Première parution de «Jonathan» dans le journal Tintin. La série compte quinze albums. Éd. du Lombard.

2016 «Une mystérieuse mélodie ou comment Mickey rencontra Minnie», d’après Walt Disney. Éd. Glénat.

www.pictobello.ch

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Basile Weber

Rédacteur

Photo:
Darrin Vanselow
Publication:
lundi 20.06.2016, 14:15 heure



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