«Avec la lumière,on peut dessiner, émouvoir, guider, informer, scénariser, et bien plus», s'exclame Roger Zemp, planificateur éclairagiste.

Coup de projecteur sur la lumière

Intérieurs Choisir la lumière adéquate tout en économisant l’électricité? C’est le défi des planificateurs éclairagistes, issus d’une toute nouvelle formation. Rencontres et astuces pratiques.

Encadrer la lumière pour mieux la maîtriser. L’Association suisse pour l’éclairage (SLG) a décerné le 7 novembre les premiers brevets fédéraux de planificateur élairagiste. Le but de cette nouvelle formation? «Définir pour un lieu donné – un appartement, une maison, un bureau, une entreprise – de quelle qualité de lumière on a besoin, en quelle quantité, pour une consommation énergétique minimale», expose Albert Studerus, directeur de l’institution.

Le double d’électricité

«Dans une construction ou un aménagement d’intérieur, la lumière doit être considérée dès le début du projet. Une bonne planification tient compte de la lumière naturelle. Des éléments constructifs et architecturaux doivent aussi être intégrés: avec des parois et des éléments de mobilier foncés, on multiplie par deux ou par trois la consommation énergétique.»

«Le plus important, c’est de bien intégrer les besoins de l’utilisateur», explique Roger Zemp, planificateur éclairagiste.

Une centrale nucléaire en moins

Car le constat est là: les économies d’énergie possibles quant à l’éclairage, en Suisse, toutes catégories de bâtiments confondues, «sont estimées à 50%. Mais le pourcentage est souvent plus élevé. Les locaux où la lumière est réglée par des sondes sont une exception: dans la plupart des lieux, même s’il fait jour, les luminaires sont enclenchés en permanence. En Suisse, l’éclairage représente 13% de la consommation électrique totale, on pourrait en économiser 6-7%. Et ainsi fermer une centrale nucléaire.»

Chez soi, Albert Studerus précise qu’en remplaçant les ampoules halogènes par des LED, on économiserait jusqu’à 80%. Sachant que l’Office fédéral de la santé publique recommande de ne pas employer de LED blanc froid dans les endroits où les enfants se trouvent souvent. Face aux économies énergétiques, «la technologie existe, mais nous manquons de personnel qualifié compétent pour la conseiller et l’appliquer.»

Les lumières diffuses, où on ne voit pas l’ampoule, créent une atmosphère. Elles ont souvent une fonction décorative. *

À quoi sert la lumière

En amont de la préoccupation écologique prime la fonction visuelle de la lumière. Servira-t-elle à lire, à distinguer les couleurs pour choisir le bon vêtement, à regarder la télévision? «Souvent, on a dans les intérieurs des lumières bon marché, non uniformes, qui laissent une partie des éléments dans l’obscurité. Dans un bureau, par exemple, c’est inadéquat. Par ailleurs, dans les maisons individuelles, le niveau d’éclairage est souvent trop bas. À 50 ans, on a besoin de deux fois plus de lumière qu’à 20 ans. On choisit des lampes qui sont jolies mais qui ne sont pas bonnes d’un point de vue de l’éclairage. Les gens portent parfois des lunettes, alors qu’ils n’en auraient pas besoin si la lumière était suffisante.»

Dans la cuisine ou sur la table, une lumière directe, à l’intensité variable, permettra de beaux reflets sur la vaisselle et une bonne perception des couleurs. *

Des émotions

Le défi de concilier des paramètres multiples est à la hauteur de ce qu’est la lumière: complexe. Désormais titulaire du brevet fédéral de planificateur éclairagiste, Roger Zemp dit de la lumière qu’elle est pour lui «une fascination. Elle est utilisée au quotidien, mais nous lui accordons trop peu d’attention. Avec la lumière, on peut dessiner, émouvoir, guider, informer, scénariser, et bien plus.» Ce monteur électricien a souhaité acquérir des compétences notamment en architecture d’intérieur. «Quelles sortes de lumière existe-t-il? Que puis-je susciter avec la lumière? Quelles émotions peut-elle produire? Dans les couloirs d’un home, elle doit permettre de s’orienter et apporter de la sécurité. Au contraire d’un salon, où on recherche la tranquillité et une certaine ambiance. L’individualité est un mot clef qui m’a marqué dans cette formation.»

Le salon requiert plusieurs solutions: où vais-je lire le journal? Où boirai-je un verre avec des amis? Où vais-je regarder la TV? *

Des sensations personnelles

C’est également l’individualité qu’il convoque quant aux innovations technologiques qui l’inspirent, soit «tout ce qui est virtuel et relié à Internet – comment je peux diriger la lumière avec mon iPhone, par exemple – ainsi que l’automatisation dans les bâtiments. Une personne de 60 ans n’a pas le même rapport à ces évolutions qu’une personne de 20 ans. Le plus important, c’est de bien intégrer les besoins de l’utilisateur.»

Parmi ces besoins, Petra Waldinsperger, unique femme parmi les nouveaux brevetés, relève les sensations qu’on a de la lumière. Notamment dans les habitations. «La première question que je pose à mes clients, c’est de savoir comment ils utilisent leurs espaces et comment ils veulent les vivre. La deuxième: ont-ils des exigences particulières sur la qualité de la lumière,  des envies en termes de lumière chaude ou froide? Notre perception est profondément enracinée dans notre culture et notre origine géographique. En Asie, les gens privilégient la lumière froide dans la sphère habitée, alors que nous y préférons la lumière chaude.»

À quel usage est dédiée la lumière? Dans la cham-bre à coucher, une lumière directe, ponctuelle, servira à lire sans déranger son partenaire. *

* Ces lampes et ces meubles sont disponibles chez Lumimart et Toptip.
   

Scénariser son intérieur

Une question d’atmosphères. Petra Waldinsperger les place au centre de son travail. Initialement formée à la National Theatre School of Canada, elle prolonge son travail dans une démarche artistique, la lumière permettant de disposer des couleurs à la manière d’un peintre. Comment scénariser son intérieur avec la lumière? «Avec des meubles qui intègrent des éléments de lumière, en jouant sur différentes sources lumineuses, en plaçant des luminaires décoratifs. Le plus important, c’est de façonner la lumière pour qu’on se tienne volontiers dans cet espace. Dans les endroits où les gens passent plus de temps, je ne compose pas de couleurs saturées avec la lumière. Si la couleur fait partie du projet, il faut en manier le choix de manière très sensible, pour favoriser le bien-être, et pas le gêner.»

Une bonne planification de la lumière implique des choix au début du projet de construction ou d’aménagement.

Effets d’optique

La scénarisation est également un motif clef pour Jorge Cañete, récemment récompensé par l’Award du meilleur designer international de l’année 2014. Misant sur les facultés «un peu magiques» de la lumière, il évoque comment elle peut modifier la perception de l’espace. «Dans une pièce basse, si on installe un plafond tendu, rétro-éclairé, laissant passer la source lumineuse posée en dessus, optiquement, on apporte une sensation de hauteur supplémentaire.» Pour ne citer qu’un exemple. «Il est faux de penser qu’on n’a qu’une lumière. En fonction des situations, je peux avoir des variateurs, combiner différentes familles – lumière directe, indirecte, diffuse (qui passe à travers la matière, que ce soit un abat-jour en tissu ou des pierres semi-transparentes). La lumière doit être caméléon.»

«La lumière est un phénomène presque magique»

Jorge Cañete, Award du meilleur designer international de l’année 2014

Que vous inspire la lumière?
La lumière est fondamentale. Sans elle, sans savoir la maîtriser, c’est comme un soufflé qui retombe en sortant du four: on a beau y avoir mis les meilleurs ingrédients (meubles, couleur, textiles, objets déco), sans la bonne atmosphère lumineuse, tout tombe à plat! La lumière peut également teinter une pièce, lui donner une coloration éphémère sans devoir peindre les murs! Les gens sont parfois un peu frileux à le faire, vu le côté permanent. Trouvez donc un luminaire qui va colorer la paroi, de manière à créer une ambiance éphémère et variable. Avec les LED, on peut changer le spectre de lumière, on peut trouver des subtilités dans les réglages.

A quoi être attentif, quand on aménage la lumière?
Il faut penser la lumière en ayant déjà en tête l’emplacement des meubles! Le cas typique, sinon: on risque d’avoir la suspension au mauvais endroit dans la salle à manger! Quand ils achètent un objet immobilier sur plan, les gens ont du mal à se projeter si loin. Ils estiment qu’ils ont le temps. Or, la lumière correspond à un mobilier, à une utilisation. Elle devrait être prise en compte dès le début.

Et puis, il faut comprendre et choisir le type de lumière avant tout en terme de résultat, en fonction de ce que l’on veut obtenir. Une lumière directe, indirecte? La lumière indirecte se répercute contre un mur ou un plafond, et donne une ambiance plus chaleureuse, en particulier dans le salon, la chambre à coucher. En cuisine ou dans un bureau, on a en revanche besoin de lumière directe, plus franche, plus vive. C’est seulement après avoir choisi la catégorie que l’on va affiner notre choix en fonction du design, de la couleur, du budget. Exemple: mettre un lumière indirecte alors qu’on a un plafond sombre (notamment dans un chalet avec du vieux bois), ne fonctionnera pas! Le retour de lumière est très faible: le pouvoir réfléchissant du plafond n’agit plus.

Paradoxalement, il faut également tenir compte de … l’ombre. La lumière n’est intéressante que s’il y a de l’ombre. Trop de lumière tue la lumière et le mystère! Dans certaines civilisations, notamment la japonaise, l’ombre est plus importante. Elle met en valeur les objets, paradoxalement. Un très beau livre à lire ou relire: «L’éloge de l’ombre» de Junichirô Tanizaki.

Que peut apporter l'usage travaillé de la lumière comme perception d'un espace?
La lumière peut effectivement modifier la perception de l’espace. Comme par exemple dans une pièce avec un plafond bas, si on y installe un plafond tendu, rétro-éclairé, qui laisse passer la source lumineuse posée en dessous: optiquement, on apporte alors une sensation de hauteur supplémentaire.

Quelle marge faut-il respecter, quant on revoit l’illumination, chez soi?
Il faut faire attention dans les salles de bain de tenir compte des spécifications techniques car les normes ne sont pas les mêmes (il faut par exemple un IP44). Il faut utiliser uniquement des lampes conçues pour les salles de bain. Sinon, il y a danger de courts-circuits, et d’électrocution.

Quels sont les aspects de la lumière que vous souhaitez travailler?
La lumière ne se résume plus à “j’allume-j’éteins”! Mais elle doit s’adapter, se moduler, varier selon: la fonction de ce que l’on réalise dans la pièce (je lis, je travaille, je me relaxe, je reçois des amis), notre humeur (je veux une ambiance douce, plus franche), l’intensité ou le manque de lumière naturelle. Il est faux de penser qu’on n’a qu’une lumière: en fonction des situations, je peux avoir des variateurs, combiner différentes familles de lumière qui cohabitent. Lumière directe, indirecte, diffuse (elle passe à travers la matière, que ce soit un abat-jour en tissu ou des pierres semi-transparentes, et on ne voit pas l’ampoule.) On voit donc que la lumière doit être caméléon. Par ailleurs, la perception de la lumière est très personnelle. Elle peut être agressive, éblouissante. Il faut bien la dompter, selon la situation. La lumière est pour moi une source d’émotion, elle peut amener de la poésie. Il y a de vrais artistes qui travaillent la lumière de manière magistrale comme quelqu’un de j’admire beaucoup: le Lausannois Daniel Schlaepfer.

Que vous inspire la nouvelle formation de planificateur lumière?
C’est très bien, car on prend en compte cette variable qui était un peu le parent pauvre. La lumière, c’est un peu abstrait, ça change à chaque heure, or, c’est ce qui va lier la mayonnaise. Il est intéressant de se réapproprier et de reprendre les facultés un peu magiques de la lumière. Cela a été un peu oubliée dans les maisons privées. La lumière est un phénomène presque magique.

LED la lumière du XXIe siècle

Chez soi

Conseils

Par rapport aux éléments clairs, les parois et les éléments de mobilier foncés occasionnent, pour la lumière, une consommation énergétique multipliée par deux ou par trois.

En remplaçant chez soi les ampoules halogènes par des LED, on économiserait jusqu’à 80% de la consommation électrique liée à la lumière.

L’Office fédéral de la santé publique recommande d’éviter d’utiliser des LED blanc froid là où les enfants se tiennent souvent.

La question de la semaine

Fondatrice de sa propre société de planification en éclairage, Petra Waldinsperger est la seule femme parmi les nouveaux brevetés.

«

La perception de la lumière est profondément enracinée dans notre culture »

Petra Waldinsperger

Nouvelle

Formation

La Suisse dispose désormais d’une nouvelle formation, celle de planificateur éclairagiste. Une formation qui en fait un pays pionnier en Europe. Le 7 novembre, neuf professionnels ont décroché leur brevet fédéral. Il y a dix ans, l’Association suisse pour l’éclairage avait introduit un premier module de formation consacré à la planification de la lumière, suivi par 700 professionnels. Un deuxième module, suivi par 200 personnes, a été instauré il y a cinq ans. En 2014, le dernier module, fondé sur l’usage de la lumière dans les lieux publics, a permis de clore la boucle. En parallèle à la formation en Suisse alémanique, la Suisse romande a lancé, il y a cinq ans, la formation de planificateur éclairagiste sur le modèle de ce que proposent les collègues alémaniques. Le complément de formation nécessaire à l’obtention du brevet fédéral est actuellement en préparation et sera proposé successivement en 2015 et 2016.

Question de la semaine

Vos trucs, astuces, trouvailles pour habiller votre intérieur de lumière?

Quiz A vous de jouer

 
01
sur
 

 

Solution du quiz (dans la version papier du journal n°47): LED

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Ariane Pellaton

Rédactrice

Photo:
Heiner H. Schmitt, Davide Caenaro, Sandro Mahler
Publication:
lundi 17.11.2014, 16:00 heure



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