Un lieu exceptionnel, abrupt, sauvage et mystérieux.

Creux du Van: spectacle majeur

Splendeur naturelle C’est peu de dire que l’on se sent minuscule devant le cirque rocheux neuchâtelois. Captivation et crainte se mêlent devant le vide.

À cette période de l’année, soit précisément au mois d’avril, les crocus s’étendent à perte de vue. Leur couleur blanche se marie fort bien avec les quelques plaques de neige encore présentes, vestiges de l’hiver à peine enfoui sous le calendrier. Qui peut ressurgir à tout instant. Il faut dire que l’on évolue ici à 1380 m d’altitude. Pourtant, ces fleurs n’attendent qu’un rayon de soleil pour s’ouvrir aux promeneurs.

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Au bord du précipice

Un parking presque improvisé, à côté d’une métairie – on en trouve six dans les environs, à disposition pour prendre un verre ou manger et ce dès le 1er mai. C’est notre point de départ du jour pour arriver au Creux du Van, dans le Val-de-Travers, en pays neuchâtelois. Difficile, pour une première escapade, de le situer. Tout autour de nous, champs et forêts cachent manifestement l’essentiel.
Nous emboîtons le pas de notre guide, Grégoire Monnier, la curiosité chevillée aux yeux et aux pieds. Une courte balade nous fait traverser un mur en pierres sèches (en fait, une délimitation pour le bétail; il s’agit de roches empilées les unes sur les autres sans ciment et la durée de vie d’un tel enclos naturel atteint cent ans!), conduisant au bord du précipice. Il est là, devant, gigantesque, mystérieux, embrumé, impressionnant. Je n’en reviens pas. D’autant que la nature sauvage y règne, réserve naturelle oblige. Et que rien ne semble nous séparer du vide.
Le mur en pierres sèches évoqué représente la frontière entre pâturages et cirque rocheux, dont la circonférence est de 3,9 km et le dénivelé, entre le sommet et la ferme Robert, tout en bas de la falaise, de 500 m.
La roche du Falconnaire et ses 160 m de verticalité constitue le point culminant. En haut du «fer à cheval», on pointe à 120 m.
Du pic, par beau temps, on distingue à l’horizon l’Eiger, le Mönch et la Jungfrau. En regardant direction les «petites fauconnières», la vue est claire sur la chaîne de montagnes qui va jusqu’au Chasseron, dénué d’arbres. On le reconnaît de loin. C’est sa marque de fabrique.

Le mur en pierres sèches qui délimite les pâturages et le précipice.

Les hêtres ne rompent pas

La randonnée classique avec explications, appelée boucle lecture paysage (une heure et demie environ), donne l’occasion, au début, de cheminer le long de la bouche.
Le vide d’un côté – les personnes sujettes au vertige ne devraient pas trop regarder de ce côté-là –, un panorama herbeux plus rassurant, mais non moins intéressant, de l’autre. Les populations de hêtres sont nombreuses. Car le climat est rude et le vent d’ouest qui souffle plus souvent qu’à son tour fait certes plier ces arbres, qui ne rompent toutefois pas.
Jadis, voici 10 000 à 20 000 ans, l’intérieur du cirque abritait un glacier. Comme le soleil n’atteint pas le milieu du «cercle» en hiver, la glace ne fondait pas. Par ailleurs, la route qui mène au site vaut aussi son pesant d’arrêts contemplatifs. Elle slalome en permanence entre le canton de Neuchâtel et celui de Vaud, même si le Creux du Van se trouve définitivement, comme évoqué, sur le premier territoire.
Ainsi, le village vaudois de Provence, qui porte bien son nom, se présente sous de faux airs de sud de la France et respire la tranquillité. Les alouettes y ont trouvé un ciel de jeu ma foi fort agréable.

Le point de vue le plus majestueux…

Quand les bouquetins sont de sortie

Il arrive fréquemment que l’on repère des bouquetins dans les bois avoisinants. Ce fut le cas le jour de notre passage. Toute une famille qui s’est immobilisée un instant avant de reprendre sa marche en avant pour aller se cacher dans la forêt.
En contrebas, le lac de Neuchâtel s’étale nonchalamment. Sur l’autre rive, les enclaves vaudoises et fribourgeoises, dont Estavayer-le-Lac, sont visibles de loin. Il y a le Creux du Van, certes, mais également tant d’autres centres d’intérêt.

… mais gare au vertige!

Tout commence à Noiraigue

De là, on marche ou enfourche un vélo (électrique). Le point de départ d’une excursion au Creux du Van est le village de Noiraigue, que l’on rejoint en train ou en voiture. Entre mai et octobre, des randonnées plus ou moins longues sont nombreuses à partir de la localité. À noter qu’une bonne condition physique est nécessaire pour aborder l’important dénivelé.
Autre option pour arriver à proximité du site, le vélo électrique. Le Creux du Van enregistre quelque 100 000 visiteurs annuels, dont plus de 70% de germanophones.

Promenades thématiques

Combat mémorable L’envers du décor, tout au fond du cirque rocheux, vaut aussi le détour.

Le centre d’interprétation du Creux du Van à la ferme Robert (au bas des falaises) est le complément idéal à la visite du cirque rocheux. On peut y visionner des films sur ce lieu emblématique et ses éboulis gelés, sa nature préservée depuis 1876, ainsi que sa faune.
Des informations sont en outre disponibles sur la traditionnelle Fête de l’ours à la fin août, qui commémore le combat épique que livra David Robert contre l’un des derniers plantigrades qui hantait les lieux en 1757. L’équipe de gestion du centre organise des balades à thème accompagnées dans le Creux du Van et ses environs.
Accessoirement, il est possible de se restaurer à la ferme Robert!
Goût & Région propose, par ailleurs, six visites guidées d’une à deux heures et demie entre les gorges de l’Areuse, la fontaine à Louis (ancien lieu de dégustation clandestine d’absinthe), la source de l’Areuse ainsi que les sentiers didactiques Fleurier au fil du temps, sur l’horlogerie ou les Bourbaki et la première action suisse de la Croix-Rouge. Que de diversité.

www.ferme-robert.ch
www.jura-nature.ch
www.gout-region.ch
Didier Walzer

Rédacteur

Photo:
Roland Gerth, Christof Sonderegger/photoplus.ch, Matthias Taugwalder, Alamy
Publication:
lundi 25.04.2016, 13:25 heure