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En 2016, Daniela Ryf a remporté l’Ironman de Zurich en un temps record. Cette année, elle s’alignera dans la version raccourcie.

La triathlète de l’extrême Daniela Ryf nous a accordé un shooting photo exclusif chez elle à Soleure, au bord de l’Aar.





«L’Ironman est une école de vie»

Invincible Daniela Ryf a tout gagné. Mais la triathlète de l’extrême n’est pas rassasiée et veut encore repousser ses propres limites.

Daniela Ryf, on vous retrouve chez vous à Soleure au bord de l’Aar. Vous êtes venue à vélo, en courant ou à la nage à notre rendez-vous?
Je vais vous décevoir mais je suis venue avec ma Mercedes (rires). J’ai fait deux heures intensives sur le tapis roulant ce matin et j’étais un peu à la bourre. Et dans ce genre de cas, j’aime prendre la voiture honnêtement… Je ne suis pas du genre à aller partout en courant.

Vous portez pourtant des chaussures de sport?
C’est plus pour le style casual, car ces chaussures ne sont pas idéales pour la course.

Dimanche prochain se déroule l’Ironman de Zurich. Lieu de votre premier Ironman et votre première victoire en 2014. 
Tout a commencé là-bas, donc c’est forcément spécial. Et tellement de choses se sont passées depuis. C’est incroyable. Zurich signifie le commencement de cette nouvelle carrière. Je me réjouis de participer à la petite distance cette année. Il y a une ambiance toujours particulière pour moi en Suisse.

Qu’est-ce que le mélange des trois disciplines vous apporte?
Ma motivation principale est de comprendre comment je peux amener mon corps pour qu’il devienne le plus en forme possible et qu’il me permette de tirer le meilleur de moi-même dans les trois disciplines. Nous avons chacun un corps et sommes libres d’en faire ce que nous en voulons. On peut rester assis toute la journée ou choisir de s’entraîner. C’est ça qui me passionne, d’avoir les capacités de pousser son corps à un niveau très élevé et le «tuner» en quelque sorte. Il faut ensuite appliquer cela lors des Ironman. L’entraînement est la partie la plus difficile et la plus importante. La course en elle-même est la partie «fun».

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Chacun est libre de faire ce qu’il veut de son corps»

Trouvez-vous du plaisir dans la distance de l’Ironman (3,8 km de natation, 180 km à vélo et 42,5 km de course à pied)?
Pour être franche, la distance ne me plaît pas toujours. C’est quand même très long… Et c’est un véritable défi de se donner à fond jusqu’à la fin. Mais j’ai remarqué que plus c’est long, plus je deviens forte. Dans l’Ironman, tout repose dans le fait de savoir si l’on tient les deux dernières heures ou pas. J’essaie simplement de terminer ma journée de travail le plus vite possible et c’est pour cela que je fonce (rires).

Très honnêtement, pendant les neuf heures d’effort, on ne s’ennuie jamais?
On est concentré sur l’objectif. Il y a plein de petits détails auxquels on doit penser, mais il y a aussi des phases où l’on peut ralentir. Il faut rester dans le moment présent en se motivant avec la prochaine station de ravitaillement, par exemple. Vu qu’on ne parle à personne, il est important de savoir occuper soi-même son esprit. Cette solitude est difficile lors des phases d’effort intense.
L’Ironman n’est pas qu’une compétition, c’est aussi une école de vie. Il permet de voir comment on s’en sort dans des situations extrêmes et les positiver. Mais je comprends que cela puisse sembler ennuyeux pour les spectateurs (rires).

Dans le film «Two Fast» (lire plus bas), on peut constater que vous repoussez toujours vos limites…
«Train hard, win easy», me disait mon ancien coach. Je ne gagnais pourtant jamais facilement à l’époque. Mais j’ai toujours aimé m’entraîner de manière intensive car c’est le prix à payer pour être meilleure que les autres. Mon coach est parfois là pour me calmer. Mais les souffrances à l’entraînement me permettent de moins souffrir en course…

Teaser Ironman Zurich (30 juillet 2017) 

Qu’avez-vous pensé du film?
C’est très intéressant de voir tout cela de l’extérieur. Je parais plus dure dans le film que dans la vie quotidienne. C’est une partie de moi qui est ambitieuse, car lorsque je m’entraîne je ne vais pas boire le café. Mais sinon, je vous rassure, il y a aussi la Daniela qui aime sortir boire des cafés (rires). C’était aussi passionnant d’échanger avec Natascha Badmann, qui est pour moi une inspiration. Je ne connais personne qui aime autant le sport qu’elle. Mais je ne pense pas être capable de participer à un Ironman à près de 50 ans, comme elle. J’admire les participants qui font un Ironman en douze ou seize heures, je ne peux pas m’imaginer un effort aussi long. Moi j’arrêterai après ma carrière professionnelle.

Votre entraîneur vous a surnommée «Angry Bird».
«Angry Bird» vient de mon expression corporelle lorsque je m’entraîne et que je suis concentrée sur un objectif. Mon visage regarde alors méchamment (rires). Mais rassurez-vous, je ne suis pas toujours en colère…

Vous fixez-vous des limites?
Oui, on doit aussi être satisfait parfois. C’est difficile de savoir si l’on a été performant ou non. Quelles sont les limites? On peut toujours être meilleur et si on ne cherche pas à le devenir, on régresse. Donc il ne faut pas trop vite se satisfaire de soi-même… On ne pensait pas forcément que Federer pouvait encore gagner deux Grand Chelem. Beaucoup disaient qu’il avait atteint ses limites et il a prouvé le contraire. Comme «Angry Bird», il faut se lâcher et voler. Être libre dans sa tête sans trop se soucier des limites. 

D’où vient ce mental de fer?
Je ne sais pas si j’ai un mental de fer (rires). Je ne suis pas aussi forte que je le parais. Il y a aussi beaucoup de jours où je dis à mon coach que je n’en peux plus. Et là c’est parfois lui qui me pousse. Mais j’ai baigné dans un environnement sportif. Avec ma famille, un père guide de montagne et une mère marathonienne, j’ai toujours aimé bouger. Et mes amis sont aussi sportifs.

Vidéo de l’Ironman d’Hawaï 2016 (victoire et record du parcours de Daniela Ryf)

Vous avez dit une fois que l’entraînement était l’entrée et le plat principal et que la compétition était le dessert. Et après?
La digestion de tout cet effort (rires). À l’entraînement, on est seul dans sa cave parfois, personne ne nous voit et nous applaudit. J’aime aussi ça, le faire pour moi. Mais présenter en compétition ce que l’on a préparé en coulisse est quelque chose d’agréable, comme un bon dessert que vous servez à vos invités.

On sent que vous avez étudié la technologie alimentaire…
Comprendre comment les aliments évoluent, de la production à l’emballage jusque dans les étals d’un supermarché, c’est passionnant.
Dans les pays que je visite, j’adore analyser les produits dans les rayons. J’ai toujours plein d’idées de ce que l’on pourrait faire et il y a un fort potentiel pour de la nourriture sportive saine et fraîche, pas concentrée en barres. Je me verrais bien travailler comme product manager.

Que mangez-vous après un Ironman?
Je mange de tout et ne me prive de rien. On consomme beaucoup de sucres pendant l’effort et l’on transpire tellement, que j’ai besoin de sel. Je m’enfile un burger, de la viande séchée, une salade, des frites, des chips, etc. Avant la course, c’est de la glace, des bonbons ou alors une plaque de chocolat. Il faut faire le plein d’énergie!

Aimez-vous cuisiner?
Oui, par contre ça doit aller vite. Après l’entraînement, j’ai envie de manger dans les 15 minutes qui suivent mon retour. Donc je ne prépare jamais des repas pendant trois heures. Je fais donc des recettes de wok, par exemple.

Trois images fortes de Daniela Ryf

L’Ironman d’Hawaï vu de l’intérieur par Daniela Ryf (Bonus web)
On ne peut pas vraiment profiter des paysages et des beautés d’Hawaï par exemple, mais plutôt de l’atmosphère des spectateurs qui nous motivent. Pendant l’Ironman, on est comme dans un tunnel. On pense à suffisamment manger et boire, se préparer à des petits segments du parcours. Se pousser jusque dans nos propres limites.

Pendant la natation, on ne pense pas à la course. Il ne faut pas perdre de vue les pieds devant soi, contourner correctement les bouées. Déjà préparer la sortie d’eau, pour être le plus rapide possible au changement. La natation est assez déroutante, on ne sait pas trop où on se situe. Mais c’est aussi le moment le plus «reposant» car les pulsations cardiaques sont encore assez basses. C’est en quelque sorte la phase de réveil.

À vélo, ça peut devenir décisif, surtout dans la deuxième partie des 180km. On est focalisé sur la position des autres concurrentes, sur le fait de pouvoir les distancer ou les rattraper. Et essayer de creuser l’écart le plus possible. J’essaie d’être libre dans ma tête, d’entrer dans une phase mentale où je suis seule au monde, comme lors des soirées en boîte où l’on se lâche sur la piste de danse sans se soucier des autres. Si on est sous les spots de la piste de danse, on ressent moins la douleur qui est très présente, car on a du plaisir de se lâcher. Et avec le plaisir, les douleurs s’estompent. Le vélo est ma discipline préférée, mais on sait en descendant du vélo que ça dure encore un moment avant d’en avoir terminé… Il faut donc tout donner mais garder encore des forces pour le marathon.

Il est important de suffisamment boire et manger pendant le cyclisme, sinon ça devient un problème pour les 3 dernières heures. Lors du marathon, tu es dans ton élan et comme dans un grand huit qui est beaucoup plus lent (rires). Il faut gérer son effort, ressentir ses jambes au début et prendre suffisamment d’énergie dans la première moitié, pour survivre la deuxième partie. Sinon, tu meurs dans la deuxième (rires).

Comment supporte-t-on 9 heures d’effort intense? (Bonus web)
Beaucoup est lié à la tête, mais l’intensité des compétitions n’est pas aussi forte que lors des entraînements, où je cherche vraiment les limites. A l’entraînement, on tente d’être 2-3 heures à la limite et en compétition il faut tenir plus. Je ne pensais jamais être capable de pousser mes limites pendant 8 ou 9 heures et ça me fascine de me rendre compte que c’est possible si le corps est assez entraîné.

J’ai vécu cela une fois à Hawaï, où j’avais l’impression d’être au maximum pendant les 9h d’effort. C’est ça en fait mon but, être assez préparée physiquement pour réaliser cela. Car alors ça va étonnamment vite. Mais je comprends que cela peut être bien plus long ennuyeux pour les spectateurs (rires).

Comment supporte-t-on les douleurs? (Bonus web)
Il y a deux types de douleurs. Il y a les douleurs liées à une blessure, comme celle que j’ai subie au dos (nerfs). C’est une douleur que j’ai de la peine à supporter et là je ne peux plus m’entraîner car ça risque de s’empirer. Je n’avais encore jamais été blessée dans ma carrière et ces deux trois mois ont donc été très difficiles (ndlr : printemps 2017). J’ai dû me résigner à soigner mon corps et le préserver. L’autre type de douleur est celle musculaire, quand on se donne à fond, lorsque les jambes brûlent. Ça c’est une douleur qui fait partie du succès et du triathlon. Lorsque les poumons, le cœur sont dans leur limite. Je trouve ce sentiment agréable, car on remarque qu’il se passe quelque chose dans le corps et qu’il nous pousse plus loin.

Le record du monde de l’Ironman le plus rapide (détenu depuis 2011 par la Britannique Chrissie Wellington en 8:18:13) (Bonus web)
Ce record me fascine toujours mais je ne vais plus le chasser. En Ironman, il y a tellement de paramètres qui influencent le «chrono» comme le parcours, mais aussi le vent ou la température, que le record du monde n’est pas significatif. L’Ironman le plus rapide est celui de Roth, en Allemagne (ndlr : Daniela Ryf y a réalisé son Ironman le plus rapide en 8:22:04 en 2016), mais le parcours y a été modifié. Il est donc devenu compliqué de le battre. Plutôt que le temps absolu, c’est le fait de pouvoir réaliser la meilleure course que je suis capable de réaliser qui me motive.

Film «Two Fast»

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Sylvain Bolt

Rédacteur

Photo:
Keystone, Philipp Zinniker, DR
Publication:
lundi 24.07.2017, 12:04 heure



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