Danièle Brahier Franchetti: «Une voix bien posée permet d’avoir un meilleur impact pour faire passer un message. Cela s’entraîne, comme un sport.»

La voix, l'outil pour convaincre

Juge fédérale suppléante 
et formatrice en communication orale, Danièle Brahier Franchetti enseigne 
la plaidoirie aux avocats stagiaires. Ou quand la voix devient la voie de la persuasion. 

Coopération.  Existe-t-il une méthode pour convaincre?
Danièle Brahier Franchetti. Quand on parle avec la voix et l’attitude qui correspondent au message qu’on veut faire passer, les chances de parvenir à convaincre sont importantes. Si, par exemple, je veux vous convaincre que j’ai du plaisir, je vais vous le dire avec une intonation et une expression du visage ainsi qu’une manière de me tenir qui concordent avec cette sensation.

Pourquoi donner des cours de plaidoirie à des avocats stagiaires?
Parce que justement ils devront convaincre. Savoir dialoguer avec le juge est très important pour un avocat qui plaide. Et c’est aussi utile dans n’importe quel domaine professionnel…

Que leur enseignez-vous?
Je leur apprends à faire passer un message de façon naturelle et vivante pour capter l’attention du juge: ne pas réciter ni rester rivé à ses notes, mais utiliser le regard, les gestes, les intonations et les silences, faire appel à des émotions. Le langage oral est différent de l’écrit: ce sont des phrases courtes, incisives, imagées.

Comment gérer le stress lors d’une plaidoirie?
La maîtrise du stress passe par le contrôle de la respiration et la détente du corps. Il s’agit de retrouver une inspiration naturelle, en amenant l’air dans le ventre et en s’appuyant sur la zone abdominale. J’essaie de guider les gens par le toucher pour leur faire prendre conscience de leurs tensions et les aider à les relâcher. Il faut, par exemple, laisser sortir le ventre, ce qu’on ne veut surtout pas faire en société!

Et si la plaidoirie ne se passe pas comme prévu?
Il faut improviser comme au théâtre, ce qui s’exerce. Il y a des jeux pour acquérir certains réflexes.

Et l’éloquence? On a dubagou ou on n’en a pas…
C’est vrai, mais cela aussi s’entraîne. C’est comme un sport. On ne naît pas orateur, on le devient. Bien sûr que ça exige de l’humilité, d’accepter qu’au début, on ne sera pas bon. Mais peu à peu, avec la pratique, on devient serein dans des situations qui nous bloquaient complètement avant, et on a davantage confiance en soi.

Pour convaincre, faut-il être extraverti?
Pas forcément. Mais la personne introvertie devra se faire plus violence, sortir d’elle-même, apprendre à considérer la parole comme un jeu et, qui sait, y prendre plaisir.

Vous êtes très sensible à la voix.
En effet. On ne se rend pas toujours compte que la voix est un outil de conviction très important. Il s’agit de donner envie d’être écouté, ce qui est impossible si la voix est trop aiguë ou forcée. Or, on retrouve sa voix seulement si le corps est détendu. Négliger ces tensions peut conduire à de multiples problèmes: maux de dos ou de tête, tensions dans la nuque, grincements de mâchoire…

L’intensité de la voix dépend aussi de l’environnement familial où l’on a grandi…
Il est exact que les petits garçons osent parler fort et être en colère, alors qu’on inculque aux filles d’être gentilles, douces, calmes. Difficile pour elles de parler fort parfois. Mais ça s’apprend. Et c’est très libérateur!

Comment vous y prenez-vous?
Par exemple en parlant avec un casque sur la tête et de la musique dans les oreilles. Certains croient qu’ils hurlent alors que le volume de leur voix est parfait. C’est souvent une réelle prise de conscience.

Est-ce que l’art oratoire est plus développé en France?
Les Français parlent plus facilement. Leur vocabulaire est plus riche. Ils donnent l’impression d’avoir une meilleure estime d’eux-mêmes. Mais ils ne sont pas forcément bons aux niveaux corporel, vocal et dans l’interprétation. Quand j’ai des étudiants bilingues français-italien, je les fais parler italien, ils sont beaucoup plus expressifs. Parler, regarder le public, bouger en même temps nécessite une bonne coordination que je travaille grâce à des exercices simples de type Brain Gym.

Vous donnez également des cours individuels où vous simulez des entretiens d’embauche. A quoi être attentif?
D’abord bien se renseigner sur l’entreprise où l’on postule, savoir ce qu’on peut apporter comme compétences, anticiper certaines questions et, ensuite, pouvoir convaincre qu’on est l’homme de la situation. Souvent, tout est là! 

Pourquoi avoir voulu être juge?
Je ne voulais pas être avocate; j’adorais plaider mais ce n’est qu’une petite partie du travail d’avocat. J’aime les polars! J’ai donc été juge d’instruction, une fonction qui n’existe plus. On faisait des enquêtes, comme le procureur actuellement, mais d’un point de vue objectif.

Vous étiez déjà juge fédérale suppléante… à 30 ans!
C’est un concours de circonstances. J’ai été sollicitée, le Tribunal fédéral manquait de femmes, j’ai dû passer des auditions, convaincre, j’ai été soutenue par mes pairs et quelques professeurs d’université et les politiciens ont fait le reste. Les candidats sont des pions avec lesquels jouent les politiciens!

Bio express

Une juge qui se mouille

Carte d’identité. Danièle Brahier Franchetti (54 ans) est mariée et mère de deux garçons. Elle vit à Delémont (JU).

Parcours professionnel. Brevet d’avocat. Juge d’instruction, présidente de Tribunal en matière civile et pénale, puis juge fédérale suppléante: «En tant que femme, je suis souvent sollicitée dans des affaires de mœurs.» Consultante dans un cabinet d’avocats. Formatrice en communication orale (groupe et individuel).

Théâtre. Animation d’ateliers-théâtre; écriture, production et mise en scène de spectacles théâtraux et musicaux.

Une chanson. «L’Aigle Noir, de Barbara, a marqué mon adolescence et me ramène à la nature, très importante pour moi.» Une ville. «Chiavari, une belle petite ville sur la côte ligurienne. Pour ses arcades et ses délicieuses trattorie.»

Un film. «Philomena, une histoire forte sur le pardon.»

Signe particulier. Nage tous les jours. «Enfin presque! La natation est un sport complet, bon pour la coordination. Et l’eau est un élément très relaxant.»

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Aline Petermann
Photo:
Charly Rappo / Arkive.ch
Publication:
lundi 25.08.2014, 09:00 heure



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