La simplicité caractérise la vie d’un moine capucin, ici dans le couvent de Brigue-Glis.

Dans l’assiette des religieux à Pâques

Célébration Les tentations  gourmandes abondent avant et pendant Pâques… Mais que mange-t-on dans un couvent? Nous sommes allés à la rencontre de moines capucins.

Appareil photo en main, parents, grands-parents, oncles et tantes observent attendris les enfants de la famille qui retournent tous les cailloux du jardin et plongent leurs bras dans les buissons en quête d’un lapin en chocolat ou d’un œuf. Les cris de joie se succèdent: «Trouvé!»

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Cette scène vous rappelle-t-elle de bons  souvenirs? Il faut dire que le chocolat, les œufs et tous les autres délices de Pâques ne font pas naître des sourires que sur les visages des enfants… Les adultes mettent souvent la diététique entre parenthèses à ce moment de l’année et s’abandonnent aux plaisirs de la bonne chère. «C’est de saison», estime plus d’un gourmand.
Quelque 16 millions de lapins en chocolat sont vendus chaque année à Pâques dans notre pays, selon Chocosuisse, la fédération des fabricants suisses de chocolat. Quant aux œufs, leur consommation bondit à cette période: «Les ventes augmentent d’environ 20%», indique Oswald Burch de Gallosuisse, l’association des producteurs d’œufs suisses.

Il y a 150 capucins en Suisse

Qu’en est-il de Pâques et de ses régals chez ceux qui associent cette fête à la résurrection du Christ bien plus qu’au plaisir des papilles? Nous avons choisi d’aller poser la question à des capucins. En Suisse, ils sont encore environ 150 à vivre selon les règles de saint François d’Assise (1181 – 1226). Dix capucins cohabitent dans le couvent de Brigue-Glis.
Mon GPS indique trois heures de route depuis la rédaction jusque dans le Haut-Valais. M’apprêtant à pénétrer bientôt dans un lieu de calme et de recueillement, je préfère vérifier plusieurs fois que mon téléphone portable soit bien en mode silencieux. Mieux vaut être trop prudent que pas assez: ma sonnerie corne de brume serait très embarrassante…

L’habit ne fait pas le moine! Les capucins ne portent plus la robe traditionnelle au quotidien.

L’interphone plutôt que le heurtoir

Au bout de trois heures, je suis devant le couvent, situé au centre de Brigue-Glis. Cette commune de 13 000 habitants, née en 1973 de la fusion de Brigue, Glis et Brigerbad, a reçu le titre de Ville des Alpes en 2008. Une association internationale récompense ainsi des communes alpines pour leur engagement en faveur du développement durable.
Le progrès technique ne s’est pas arrêté au pied des murs de ce vénérable couvent. En témoigne la sonnette avec interphone, à côté de la porte en bois massif. Un peu déçu – j’imaginais un pesant heurtoir en fer – j’appuie sur le bouton. Quelques minutes plus tard, j’entre dans une petite pièce meublée avec parcimonie. Je suis reçu par Beat Pfammatter, Frère Beat, qui a enfilé son habit traditionnel de capucin. Remarquant mon regard admiratif, il sourit: «C’est seulement pour les photos!» En effet, dans le quotidien du couvent, cet habit n’est pas très pratique!
Dans l’Église catholique romaine, le carême débute le mercredi des Cendres et se prolonge jusqu’au samedi de Pâques, soit quarante jours. «Les dimanches sont des célébrations de la résurrection; ils ne sont pas pris en compte dans le calcul», précise Frère Beat. À 49 ans, c’est le plus jeune moine de Suisse. Il est bien loin de la moyenne, qui se situe dans notre pays à 77 ans…

«

Les jours de fête, nous n’avons pas de plats spéciaux»

Frère Beat, 49 ans

Jeûner, un acte volontaire

Quelle est l’importance du jeûne et du repas de Pâques dans son couvent? Frère Beat est le seul à jeûner activement parmi ses coreligionnaires. «Après leur 60e anniversaire, les capucins n’ont plus à le faire.» De toute manière, le jeûne est un acte volontaire depuis longtemps. Les moines renoncent simplement à la viande pendant cette période.

Mais les cuisiniers ingénieux des monastères font de nécessité vertu et créent des plats spéciaux pour le carême. Ceux-ci occupent d’ailleurs encore la plus grande partie des livres de cuisine monastiques. «Il s’agit surtout de plats à base de fromage et d’œufs, tels que les Fastenkutteln, des omelettes accompagnées d’une sauce à l’oignon», explique le Frère Josef, qui prépare justement le repas.

«Aujourd’hui, nous avons des tortillas au menu», dit-il en arborant un sourire.
C’est sa recette à lui, bien entendu, qu’il consulte sur sa tablette Apple (voilà un autre aspect de l’idée romantique que je me faisais d’un couvent qui tombe en pièces). «C’est plus simple que de tout noter à la main», s’excuse le Frère Josef.

Pas de viande pendant le carême. Ici au menu: des tortillas garnies aux légumes.

Les escargots du carême

Autre spécialité du carême: les escargots. «Ou tout du moins, ils l’étaient», précise Frère Beat en ajoutant: «Cette tradition vient du VIe siècle, lorsque Benoît de Nursie, le fondateur de l’ordre des bénédictins, a décidé qu’il ne faudrait pas manger de viande d’animaux à quatre pattes pendant le carême.» Les gastéropodes auraient alors connu un véritable triomphe et conquis leur place dans les jardins des couvents. Aujourd’hui, ce mets, qui était dégusté avec beaucoup de beurre aux herbes, a totalement disparu des assiettes monacales.

Et qu’en est-il de Pâques? Frère Beat semble deviner la question: «Les jours de fête, nous n’avons pas de plats spéciaux. Pas d’agneau pascal ni quoi que ce soit de particulier.»
L’occasion de rappeler que les capucins font partie d’un ordre simple, qui vit cette sobriété jusque dans l’assiette. «Mais nous décorons aussi des œufs et nous nous octroyons également quelques lapins en chocolat», nous rassure le Frère Josef, debout derrière sa poêle!

Destiné aux enfants comme aux adultes, un livre romand consacré aux fêtes et rites chrétiens vient de sortir. Il en propose une lecture biblique et pédagogique. Armin Kressmann et Amélie Buri, «Au fil de la vie – Pierrot découvre les fêtes chrétiennes», Éd. OPEC

Saveur amère et mélange sucré

Les Juifs fêteront le «seder» les 22 et 23 avril, avec un plateau d’aliments symboliques.

Un plateau spécifique se trouve sur la table des deux premières soirées de Pessah, la Pâque juive, qui dure huit jours. Elles auront lieu cette année les 22 et 23 avril. Il s’agit alors de fêter le seder (mot hébreu qui signifie ordre: le seder se déroule selon un ordre bien précis): «On revit la naissance du peuple juif lors de sa sortie d’Égypte. C’est la fête familiale par excellence, qui place les enfants au centre et qui exprime un message d’humanité», indiquent le rabbin Lionel Elkaïm (54 ans) et son épouse Myriam (53 ans), installés à Lausanne depuis vingt ans.
On consomme les aliments du plateau du seder au fur et à mesure de la soirée. Il y a un légume, qu’il faut tremper dans de l’eau salée. «Celle-ci symbolise les larmes. On ingère ainsi la souffrance de l’esclavage de nos ancêtres», explique Lionel Elkaïm. On mange aussi de la salade amère ou du raifort, avec un mélange sucré à base de fruits (harosseth). C’est l’amertume de l’asservissement adouci par la fête. On trouve un os d’épaule d’agneau, qui symbolise un bras étendu en référence à la Bible. Enfin, il y a un œuf dur, symbole de la vie et du deuil.

Le rabbin Lionel Elkaïm et son épouse Myriam autour du plateau du «seder».

Sur la table, on compte trois galettes sans levain (matsa). On ne mange pas de pain levé pendant Pessah, en référence à la rapidité avec laquelle les Hébreux sont sortis d’Égypte. Durant le seder, chaque hôte boit quatre verres de vin ou de jus de raisin en se penchant sur le côté gauche, exprimant ainsi la liberté.
Au récit de la sortie d’Égypte (haggadah) s’ajoutent des chants, des questions des enfants à leurs parents (ma nichtana) et un repas avec des plats traditionnels, qui changent selon les origines des familles.

Les matsas, des galettes sans levain.


Au récit de la sortie d’Égypte
(haggadah) s’ajoutent des chants, des questions des enfants à leurs parents (ma nichtana) et un repas avec des plats traditionnels, qui changent selon les origines des familles. Myriam, qui a grandi en Alsace, évoque la carpe à la juive (en gelée, avec beaucoup de persil) et les boulettes matzeknepfle (à base de farine de matsa, d’œufs et de graisse d’oie). Lionel, qui vient d’Algérie, parle de tripes en sauce rouge (chkamba) et de beignets sucrés (sphériès).

La coutume veut que les enfants cachent une demi-galette dans la maison familiale. Si les adultes ne la retrouvent pas d’ici la fin de la soirée, ils offriront un cadeau aux plus jeunes! Joëlle Challandes


Harosseth
: la recette alsacienne de la maman de Myriam:

Râper des pommes. Y ajouter du vin ou du jus de raisin, du sucre, des amandes en morceaux et de la cannelle.

Quatre verres de vin ou de jus de raisin sont bus au cours de la soirée.

«L’œuf symbolise la résurrection»

Ernst Axel Knauf, professeur associé en Ancien Testament et univers biblique à l’Institut des sciences bibliques de l’Université de Berne

Ernst Axel Knauf, professeur associé en Ancien Testament et univers biblique à l’Institut des sciences bibliques de l’Université de Berne
Ernst Axel Knauf, professeur associé en Ancien Testament et univers biblique à l’Institut des sciences bibliques de l’Université de Berne

Quelles sont les spécialités de Pâques?
Les plats de fête traditionnels à Pâques sont les viandes. Historiquement, cela s’explique par le jeûne qui précède Pâques. Pendant plusieurs semaines, les chrétiens renonçaient à la viande. Dans le cas de l’église orthodoxe, cette privation s’étendait à quasiment tous les produits d’origine animale. Quoi de plus naturel alors que de servir de la viande lors du repas de fête?

Et quel est le lien entre l’Agneau de Dieu et l’agneau servi à Pâques?
Il n’existe aucun lien, ni dans la Bible, ni dans l’histoire de la religion: la consommation d’agneau ou de cabri est tout simplement de saison. Il y a déjà des agneaux et des chevreaux mâles à cette période alors que les bêtes d’engraissement ne sont pas encore prêtes.

Vous citez avant tout des viandes, mais il existe également des pâtisseries, comme la galette de Pâques. Pourquoi?
Elles s’expliquent également par la période de carême: en mangeant de manière frugale pendant ces semaines, sans préparer de pâtisseries sucrées, on consommait peu d’œufs. Il fallait donc les utiliser pour préparer des gâteaux de fête, que ce soit une galette de Pâques ou une colombe, comme en Italie.

Est-ce l’origine de l’œuf de Pâques?
C’est différent. L’œuf est le symbole de la résurrection chez les chrétiens. Comme un poussin brisant la coquille d’un œuf, Jésus ressort vivant de son tombeau.

Le lapin en chocolat a-t-il une origine historique ou religieuse?
Le lapin oui: il fait partie des animaux qui étaient traditionnellement consommés au printemps. En outre, dans l’Antiquité, il symbolisait la fertilité et la force de vie, ce qui peut être rattaché à la résurrection. Mais rien n’atteste la manière dont nous en sommes venus à manger des lapins en chocolat pour Pâques.

Le lapin n’est donc lié ni à la Bible ni à la religion?
Il existe le motif des trois lièvres que l’on retrouve dans différentes églises gothiques. Il représente trois lièvres bondissants formant un cercle. C’est un symbole de la Trinité, il existe des œufs de Pâques peints anciens sur lesquels on peut également voir ce motif.

Pâques est-elle réellement une fête chrétienne, ou l’Église a-t-elle repris des coutumes païennes?
C’est compliqué: les chrétiens fêtent incontestablement la résurrection du Christ à Pâques. Concernant la Pâque juive, il s’agissait à l’origine d’une fête marquant le début de la période de végétation, lorsque les troupeaux et la jeunesse villageoise partaient des champs vers les alpages. Plus tard, elle a été associée à la sortie d’Égypte, que la liturgie pascale rappelle également. Il en va autrement pour Noël. La Bible ne donne aucune date pour la naissance de Jésus, de sorte que l’Église occidentale a repris la date de la fête du Dieu du soleil invincible romain.

Propos recueillis par Regula Bättig

Appartenance religieuse*

Une personne sur cinq sans confession en suisse

Source: Office fédéral de la statistique

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Texte: Andreas Eugsterm avec la collaboration de Joëlle Challandes et Regula Bättig

Photos: Thomas Andenmatten, Darrin Vanselow, SP

Infographie: Niki von Almen

Publication:
dimanche 20.03.2016, 17:00 heure



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