Dany Boon (47 ans): «La drôlerie par la tendresse, c’est ce que je fais le plus spontanément dans mes films.»

«Faire rire est un acte d’amour»

Dany Boon signe son retour cinématographique avec la comédie «Supercondriaque», à sortir sur
les écrans romands le 26 février. Rencontre avec un Ch’ti aussi drôle en vrai qu’à l’écran.

Bande-annonce

Interview

Coopération. La Suisse vient  d’accepter l’initiative dite «Contre l’immigration de masse». Votre sentiment?
Dany Boon. Ma femme, Yaël, étant Suissesse, dois-je maintenant vous la rendre?… (rire)

Plus sérieusement.
J’ai vu que parmi les cantons qui avaient accepté l’initiative à une grande majorité, plusieurs étaient géographiquement très éloignés des zones frontalières confrontées plus directement à la libre circulation. Je pense qu’il y a de quoi s’interroger sur le repli identitaire. Le seul moyen de ne pas avoir peur de l’autre, c’est d’aller à sa rencontre, pour
apprendre à le connaître. En voyageant, par exemple.

Dieudonné, qualifié d’«humoriste» antisémite, interdit de spectacle en France, qui se produit en Suisse. Votre avis sur la polémique qui l’entoure?
Faire rire est un acte d’amour, de générosité. On peut rire de tout à partir du moment où c’est fait avec amour, tendresse, respect et affection. Or, où est la générosité de ce que l’on a pu entendre des spectacles de Dieudonné?

«Supercondriaque», votre dernier film, est tendre et drôle. C’est un peu votre marque de fabrique?
La drôlerie par la tendresse, faire rire en racontant des histoires humaines, effectivement, c’est ce que je fais le plus spontanément.

Avec, cette fois-ci, en plus, un côté aventure.
Oui et un parallèle entre Europe de l’Est et de l’Ouest avec le personnage principal et son double héroïque. L’hypocondriaque que je joue, peureux et lâche, va être emmené, à travers son mensonge, dans une aventure incroyable. Le but était de ne pas s’en tenir aux gags et aux situations comiques de l’hypocondrie.

«

J’ai épousé une Suissesse… pour les médicaments qu’on trouve chez vous!»

Est-ce la solitude, dans nos riches sociétés, qui provoque l’hypocondrie?
Elle est en tout cas de plus en plus fréquente. L’ultraprudence excessive isole fortement les êtres, c’est certain. Le fond de l’histoire, c’est de dire qu’il n’y a qu’une seule chose qui peut régler nos problèmes: l’amour.
Aimer l’autre, c’est l’accepter comme il est, faire un pas vers lui pour mieux vivre. Sans avoir peur d’attraper quelque chose (sourire). Le film évoque aussi la peur qui peut être véhiculée par cet outil merveilleux qu’est Internet si on s’en sert de la mauvaise manière.

Vous parlez d’amour, mais en même temps, il est difficile à votre personnage de trouver l’âme sœur. En général, c’est plus difficile qu’avant?
Les gens prennent moins le temps. De s’arrêter, de vivre le moment présent. On est sollicité de toutes parts.
Parallèlement, l’amour finit toujours par trouver son chemin. Tel le torrent qui trouve son chemin à travers les rochers de la montagne (rire).

Le point de départ de «Supercondriaque»?
Ma propre hypocondrie. Pas au point du personnage que je joue, car je suis marié, j’ai réussi à faire des enfants (rire). Mais j’ai épousé une Suissesse… pour les médicaments qu’on trouve dans votre pays!

Il est aussi beaucoup question d’automédication.
Oui. Suite à une discussion que j’ai eue avec mon médecin – que je vois souvent, que je peux appeler à n’importe quelle heure du jour et de la nuit – qui est adorable et excellent. On a tous le meilleur médecin, de toute façon…

Jusqu’à ce qu’on soit malade.
Exactement! Nous arrivions donc au constat qu’on est de plus en plus dans l’automédication. On ne va plus chez le médecin avec des symptômes, mais un diagnostic. On n’a plus de questions, mais des affirmations, en disant «J’ai ça; j’ai vu sur Internet que; j’ai lu que; je me suis rendu compte que; ne me donnez pas ces médicaments-là parce que j’ai lu qu’ils pouvaient provoquer tels ou tels effets secondaires.»

Pour en revenir au cinéma, le seul survivant en Europe est le français. Pourquoi?
D’accord sur le constat. On a un système qui marche très très bien en France. Une partie des bénéfices de nos films, engrangés en France ou à l’étranger, sont reversés au CNC (ndlr: le centre national de la cinématographie et de l’image animée), qui va ensuite répartir l’argent, financer de plus petits films. Ce système permet d’avoir une production étoffée. Pas seulement d’avoir un cinéma populaire comme le mien. Soit dit en passant, je reverse beaucoup d’argent au système public. Cette manière de faire assure la richesse et la diversité du cinéma tricolore. Et son intérêt à l’étranger.

Et en France.
Oui, il tourne à 40-50% de parts de marché par rapport aux films américains. Ça pourrait être un peu plus en notre faveur. L’année de la sortie de Bienvenue chez les Ch’tis (ndlr: 2008), nous avons dépassé les 50%. Moi qui voyage beaucoup, je constate que les parts de marché du cinéma national dans les pays étrangers sont catastrophiques. Notre système, en France, fonctionne donc bien, mais on est les seuls à le critiquer. Ça s’appelle de l’autoflagellation!

Portrait

L’humour dans le sang

Bio. Agé de 47 ans, Dany Boon (Daniel Hamidou, de son vrai nom) est né à Armentières dans le nord de la France.

Vie privée. Depuis 2003, l’artiste est marié à la Genevoise Yaël Harris, qui lui a donné deux garçons et une fille. Il est aussi le père de deux autres fils, issus d’unions précédentes, dont l’une avec la comédienne Judith Godrèche.

Scène et cinéma. Dany Boon explose sur scène avec ses one-man-show humoristiques. Ses débuts sur grand écran sont timides, avant le carton de «Bienvenue chez les Ch’tis», qui totalise plus de 20 millions de spectateurs en France seulement…

«Supercondriaque». Cette comédie bien enlevée aux dialogues savoureux aborde, sous le couvert de l’humour, des thématiques sérieuses: l’hypocondrie, bien sûr; l’isolement; la peur; la difficulté de trouver l’âme sœur.

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Didier Walzer

Rédacteur

Photo:
Francine Bajande
Publication:
lundi 17.02.2014, 15:00 heure

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