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Toutes deux Genevoises, Anaïs Pochon (20 ans) et Juliette van Berchem (21 ans) étudient et partagent un appartement à Fribourg. Elles observent avec sympathie les différences d’accents et d’expressions entre les cantons romands.

Juliette van Berchem découpe une cuchaule, spécialité boulangère fribourgeoise que la Genevoise ne connaissait pas avant de venir étudier à Fribourg.

Rires à l’université autour des différences de prononciation du mot vélo. Juliette retrouve l’une de ses colocataires, Anaïs Pochon, comme elle étudiante en droit.

Dans plusieurs cantons de Suisse romande, on peut boire une «Henniez gommée» (eau gazeuse au sirop de citron ou de citronnelle). Mais on ne peut la déguster à cette fontaine de Tinguely qu’à Fribourg.

Depuis qu’elle vit à Fribourg, Juliette a triplé sa consommation de fondue!

Le Vaudois Robin Graber a épousé une Française, Anouk. Elle a appris qu’entre la France et la Suisse, le vocabulaire change en matière de types de cafés.

De cantons en intonations fleuries

Ça joue ou bien? Les spécificités langagières se perpétuent en Suisse romande. Si certains font tout pour gommer leur accent, d’autres s’en amusent!

Fin, cocasse, balourd? Les appréciations sur les accents sont aussi diverses que les intonations et expressions qui constellent la Suisse romande… La Genevoise Juliette van Berchem (21 ans) étudie le droit à l’Université de Fribourg. Elle côtoie des personnes de plusieurs cantons et apprécie les différences entre les régions: «On fait parfois des petites batailles sur qui a raison concernant la prononciation de tel ou tel mot», sourit-elle. En colocation avec deux autres étudiantes genevoises, Juliette constate que si elles placent facilement les mots «t’as vu» en fin de phrase, les Fribourgeois privilégient l’usage du «hein dis». «Au final on se comprend toujours», plaisante-t-elle. Des mots estampillés genevois, elle cite «bonnard», «de dieu de dieu» ou «y a pas le feu au lac»!

Chercheur en linguistique française à l’Université de Neuchâtel, Mathieu Avanzi considère que si on remarque tout de suite les accents, c’est parce qu’on est très sensible aux différences quand on entend quelque chose: «La langue définit les gens. On reconnaît quelqu’un notamment à son timbre de voix. C’est l’un des premiers éléments qu’on perçoit chez une personne.»

Effacer ou renforcer son accent

Le chercheur précise que l’accent est un marqueur identitaire, dont on peut être fier ou avoir honte. «Certains le gomment, d’autres ont tendance à le renforcer pour revendiquer leur appartenance à leur région. Cette deuxième situation est peut-être plus importante en Suisse, où le fédéralisme implique que l’on est d’abord Vaudois avant d’être Suisse», poursuit le postdoctorant.
La tendance des accents est-elle à l’uniformisation? «Des études récentes ont montré que les accents des jeunes Romands ne sont pas moins bien identifiés que les accents des Romands plus âgés», répond-il. Juliette confirme que des «accents énormes» se perpétuent, mais qu’ils varient d’une personne à l’autre.

Quand l’humour se joint aux tâches ménagères, Juliette est de la partie!

Vincent Dehail (35 ans) vit et travaille à Lausanne depuis quatre ans. Il a grandi en région parisienne, vécu dans le sud de la France et au Québec: «En Suisse romande, je constate que tout le monde n’a  pas le même niveau d’accent. C’est plus homogène à Toulouse ou à Montréal.» Sa locution vaudoise favorite: «Ça joue?» Il l’a adoptée! «Les accents évoluent: ils sont peut-être un peu moins forts aujourd’hui que par le passé. Les gens se déplaçaient moins et les médias n’étaient pas omniprésents. Par ailleurs, on est devenu davantage conscient de leur existence et on les contrôle plus selon la situation», conclut Mathieu Avanzi.
Professeur de sociolinguistique à l’Université de Lausanne, Pascal Singy a également observé un phénomène de contrôle de l’accent: «En Suisse romande, dans les études que j’ai menées, il apparaît qu’un tiers des gens ont tenté d’effacer leur accent. C’est le propre des locuteurs issus de régions périphériques. Plus on monte dans la structure sociale, plus on affirme vouloir gommer son accent: environ 75% parmi les personnes appartenant à la bourgeoisie, contre 20% dans les milieux ouvriers. D’autre part, globalement, les femmes sont deux fois plus nombreuses que les hommes à dire qu’elles n’aiment pas leur accent.»

Préférence pour l’accent valaisan  

Les accents sont plébiscités ou exécrés. Pascal Singy indique que dans les recherches menées en Suisse romande, l’accent parisien est considéré comme le moins sympathique, alors que l’accent valaisan – évoquant le soleil et les vacances – plaît le plus.
Le professeur stipule que ce qui est spécifique à la Suisse romande, c’est l’opposition des longueurs de voyelles – un ami, une amie – ou la perpétuation des mots comme «septante» ou «dîner» en parlant du repas de midi. «Dans certaines régions, nous n’avons plus ces oppositions. Ce sont des archaïsmes, qui étaient autrefois attestés dans le français standard, mais qui ont disparu. Le français se présente sous forme de variétés et les gens obéissent au système qui caractérise leur région.» Il précise que les habitudes se forment assez rapidement d’un lieu à l’autre: «Par le passé, les gens voyageaient assez peu, on était entre soi et on avait développé des habitudes articulatoires. On se co-imitait.»
Imiter ou adopter l’accent de l’autre, c’est quelque chose que chacun fait naturellement. «Après une heure passée en face d’une copine fribourgeoise, je me mets à parler comme elle», corrobore Juliette van Berchem. Pour la Québécoise Caroline Fortier (34 ans), Lausannoise depuis trois ans et demi, une singularité de la région s’observe dans les maints usages du mot «volontiers». Elle l’a probablement intégré à son quotidien elle aussi! Pour sa part, la Neuchâteloise Tatiana Tissot, expatriée en France et voyageant actuellement au Québec, a choisi de brouiller les pistes… Elle a adopté un vocabulaire de plusieurs coins de la francophonie!

Française en Suisse, Anouk Graber sourit quand son mari, vaudois, lui écrit «becs» pour bisous.

Des becs pour bisous

La première fois qu’il a entendu l’expression «La rate au court-bouillon» (se faire du mauvais sang, du souci), le Vaudois Robin Graber a dû demander la traduction! Marié depuis à Anouk, une Française de Toulouse, il en rigole aujourd’hui. Les différences de langage entre Romands et Français, le couple les vit au quotidien. «Il m’a fallu un moment pour comprendre qu’en Suisse, un café n’est pas un expresso. Et la première fois que Robin m’a écrit des «becs», j’ai vu des «becs d’oiseau», rigole Anouk. Et de poursuivre: «Je ne vous explique pas ma tête lorsqu’il m’a dit qu’il allait au galetas! Au début, je voulais toujours rectifier mais j’ai vite compris que ces différences font tout le charme des langues.»

De la poutze au thé froid, l’exotisme romand à l’étranger

Tatiana Tissot, journaliste neuchâteloise expatriée et blogueuse

Scènes de vie Que ce soit en France ou au Québec, le parler romand ne passe pas inaperçu. Extraits.
«C’est en posant mes valises dans le sud de la France que j’ai réellement pris conscience de la richesse du vocabulaire suisse. J’avais mentalement révisé les mots à éviter pour me faire comprendre de nos voisins – septante, nonante, le chenit, se fœhner, les classiques quoi.
Ce que j’ignorais par contre, c’est que ces expressions ne représentent que la pointe de l’iceberg. Si comme moi vous invitez un ami à dîner, vous allez l’attendre longtemps!
Pour synchroniser nos agendas, il aurait fallu parler de déjeuner. Autre erreur classique: se retrouver avec un sachet de thé flottant dans un verre, après avoir commandé un thé froid. Cette expression pourtant limpide est incomprise des Français, qui préfèrent boire de l’ice tea. À leurs oreilles, donner un coup de patte pour poutzer la cuisine semble tout aussi incongru. Ceux qui m’agacent sont les Français qui, par bonne volonté, s’évertuent à corriger mes helvétismes pour que je parle juste. Une triste preuve d’égocentrisme linguistique! Je me suis consolée en partant découvrir le Québec. Là-bas, nous sommes logés à la même enseigne. «Tu veux-tu quelques exemples, peut-être?» Les débarbouillettes remplacent les lavettes et les gants de toilette, la moppe met fin au débat entre panosse et serpillière et on mâche des gommes plutôt que des chiquelettes. Notez aussi qu’il faut absolument éviter de parler de ses gosses en public, ou on risque de vous regarder croche (de travers). Grisée par ces québécismes croustillants, j’ai décidé d’adopter des mots de nos cousins d’outre-Atlantique, histoire de brouiller les pistes à mon retour. Mes cornets (en plastique), lolettes et fourres de duvet suisses côtoieront les grignotines et les babillards dans mes phrases. Oui, je parle français international, astheure!»
www.yapaslefeuaulac.ch

220 millions de francophones dans le monde

Participer à une étude scientifique

Ecoutez 40 extraits sonores produits par des locuteurs francophones originaires de Fribourg, de Genève, de Martigny, de Neuchâtel et de Nyon.
Le test dure moins de 10 minutes: il ne s'agit pas de la même phrase lue plusieurs fois, mais d'extraits de conversation d'une durée de 10 secondes environ, choisis pour que l'identification ne puisse pas être faite à partir du lexique. Les Suisses romands pensent être certains de savoir distinguer ces différents accents. En serez-vous capables?

Lien pour participer à cette étude scientifique

Quiz: parlez-vous romand?

 
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sur
 

 

Solution du quiz (dans la version papier du journal n°42): CORNET

VALAIS

T’as où les vignes?
T’as où les vaches?
T’es à qui toi?
R’garde voir aller çuici!
Y t’manque des tasses dans l’buffet ou quoi?

VAUD

Quelle tiaffe…
On l’aime bien.
Quelle bedoume!
On a encore petzé…
Adieu c’t’équipe, ça joue?
Arrête avec ces siclées!
T’enlève pas la couenne?

NEUCHÂTEL

«Comme y z’annonçaient du beau pour dimanche, j’ai proposé qu’on aille faire une torrée à Chaumont mais la plupart ont préféré aller manger la palée au bord du lac. Au lieu de faire la meule tout du long,  j’y suis quand même allé mais j’ai commandé une bondelle. Et j’ai préféré une binche à l’œil-de-perdrix. Rien que pour les faire quinter! Faudrait quand même pas me prendre pour un pinglet, qué!»

JURA

Cré cochon.
Arrête voir de snieuler!
C’est un sacré beujon!
Il y a les faisous, les djâsous et les plaignous.

GENÈVE

De dieu de dieu…
Y a pas le feu au lac.
Bonnard!
Ça va le chalet ou bien?

FRIBOURG

Monstre bien!
Une canette, s’il vous plaît…
Tché don!
«Nom te bleu, il a pas arrêté de barjaquer et pis y guguait le type qui était boyu… Après, ils se sont pris une maillée, nom de bleu! Tu vois comment técol?»

La guindoise

Ecoutez une petite histoire en patois vaudois récitée par Caroline Rouge: La guindoise.

Quel accent romand préférez-vous?

La question de la semaine

Entre Genève, Neuchâtel ou le Valais, on ne parle pas pareil! Des six cantons romands, quel est votre accent chouchou? Et celui que vous aimez le moins? Pourquoi? Exprimez-vous ici.

Définitions subjectives mais assumées!

Les accents de Suisse romande vus par trois rédacteurs de Coopération. Saurez-vous reconnaître dans quel canton ils ont grandi? Réponses dans quelques jours!

Gilles Mauron

Genevois. Franc, goguenard, élastique.
Vaudois. Pincé, fleuri, saucissonné.
Valaisan.
Chantant, borné, accidenté.
Neuchâtelois.
Tendu, vert, féérique.
Jurassien.
Tendre, râclé, cavalier.
Fribourgeois.
Enjoué, barbu, bilingue.

Jean Pinesi

Genevois. Distingué, blasé, citadin.
Vaudois.
Coloré, un peu lourd, tranquille.
Valaisan.
Modulé, énergique, occitan.
Neuchâtelois.
Populaire, un peu lourd, familial et surtout… unique! Qué ouais?
Jurassien.
Campagnard, populaire, attachant.
Fribourgeois.
Léger, modulé, attachant.

Aline Petermann

Genevois. Dégage un petit parfum international, dont le capital sympathie a explosé depuis le lancement du «Gen’vois staïle» (merci à Laurent Nicolet).
Vaudois.
Le plus marrant, parfois très précieux et qui se prend pour le nombril du monde, chaleureux.
Valaisan.
Son chant a des exhalaisons d’apéro et de fondue, voire des deux; le convivial par excellence.
Neuchâtelois.
Ils ont la plus grande gare de Suisse, avec tous les «ké» qu’ils mettent à la fin de leurs phrases; le plus moche.
Jurassien.
Traînant, rural, pas très élégant mais tellement sympa!
Fribourgeois.
Quand on l’entend, on a le Moléson devant les yeux et des relents de bondieuseries et de PDC dans le nez, mais sympa.

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Ariane Pellaton

Rédactrice

Infographie: Jacob Kadrmas; source Institut Link

Vidéo: Geoffrey Raposo et Alain Wey

Photo:
Charly Rappo/arkive.ch, Christoph Kaminski, SP
Publication:
lundi 13.10.2014, 16:30 heure



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