Verres traditionnels dans lesquels on sert la bière Grimbergen.

De l’abbaye à la bière Grimbergen

Belgique Fleuron de la commune flamande de Grimbergen, son abbaye est le berceau de la célèbre bière du même nom. Nous sommes partis sur les traces de son histoire.

À quelques kilomètres de la capitale belge se trouve la commune de Grimbergen. Son pittoresque centre historique, dominé par une imposante église et par l’abbaye de l’ordre des chanoines réguliers de Prémontré, ne laisse rien transparaître du passé tourmenté de la localité flamande. Peu après la construction de l’église en 1128, les religieux ont commencé à produire de la bière. «À l’époque, c’était la seule chose que l’on pouvait boire, étant donné que l’eau était souvent contaminée», nous explique le père Koen Meys, tout en nous accompagnant dans les couloirs de l’abbaye.
Ces prêtres brasseurs sont devenus célèbres pour leurs créations, mais ils ont eu un rude parcours. Brûlée une première fois au cours d’une guerre en 1142, l’abbaye fut reconstruite mais subit le même sort en 1566. Les prêtres ne se sont pas laissé abattre: ils l’ont reconstruite et ont choisi le symbole du phénix et la devise Ardet nec consumitur, «Brûle mais ne se consume pas», nous traduit le père Koen Meys en nous montrant le phénix et le dicton latin représentés sur un vitrail coloré de l’abbaye.

Yannick de Cocqueau, sommelier

Yannick de Cocqueau, sommelier
Yannick de Cocqueau, sommelier
«

Un beau col de mousse est haut de deux doigts»

Yannick de Cocqueau, sommelier

Exposition universelle

Jamais deux sans trois: à l’arrivée de la Révolution française, le complexe abbatial a de nouveau brûlé et la production de bière a cessé. Mais le phénix a vaincu. Aujourd’hui, l’abbaye est le fleuron de la commune, en outre son nom est celui de la deuxième bière d’abbaye la plus importante de Belgique. Elle est même exportée jusqu’en Chine. «La production a repris à l’occasion de l’Exposition universelle de Bruxelles de 1958», raconte l’abbé Erik, en dégustant une Grimbergen double ambrée. Les religieux ont cédé leurs droits et livré leurs recettes. La bière Grimbergen appartient désormais au groupe Carlsberg. Elle n’est plus brassée dans une abbaye, mais les religieux continuent de participer à l’élaboration de ce précieux nectar.
La Grimbergen se distingue par l’utilisation d’épices et de malts torréfiés ainsi que par celle de levures particulières, selon le procédé des Prémontrés il y a plusieurs siècles. C’est de là que provient sa saveur épicée.

Grâce à la bière Grimbergen, des religieux peuvent continuer à vivre dans l’abbaye où ils en ont brassé pour la première fois, il y a neuf siècles.

«Nous faisons coïncider cet événement avec la Semaine du goût. L’idée est de valoriser la dimension historique du lieu, le plus grand château du XVIIIe siècle de Suisse entouré d’un vaste domaine, entre nature et culture», indique Nicole Staremberg, conservatrice au Musée national suisse à Prangins. Spécialiste des mœurs et des pratiques culturelles du XVIIIe, cette historienne nous apprend que le mot «pique-nique» apparaît à la fin du XVIIe dans les grands dictionnaires de la langue française et qu’il se répand dans la littérature au cours de la seconde moitié du XVIIIe. Elle cite Rousseau: «L’auteur écrit dans ses Confessions qu’il va dîner en pique-nique avec le savant français Condillac. Ça renvoie au sens premier du terme: partager un repas informel, entre connaissances ou amis. On ne mangeait pas forcément à l’extérieur. Le plein air s’est imposé peu à peu.»

Diverses matières premières

La variété d’arômes est aussi un signe distinctif de cette bière: les prêtres n’étaient pas obligés de se soumettre au décret sur la pureté de la bière (Reinheitsgebot) et étaient libres d’utiliser diverses matières premières, outre du malt, de la levure, du houblon et de l’eau. La Grimbergen rouge, une bière à l’intense saveur fruitée, en est la preuve. «Autrefois, dans les monastères, il y avait trop de fruits pour que les moines les mangent tous. Ils ont commencé à en ajouter à la bière», indique Yannick de Cocqueau, sommelier en bière.

Le complexe abbatial de Grimbergen a donné son nom à la deuxième bière d’abbaye la plus importante de Belgique.

L’art de verser la bière

Cet expert nous confie quelques astuces pour mieux la déguster: «Il est essentiel que le verre soit propre, sinon, vous n’obtiendrez pas une belle mousse. Le col de mousse doit atteindre une hauteur de deux doigts. Ainsi, en buvant les premières gorgées, vous sentirez la douceur de la bière associée à l’amertume de la mousse. Versez sans que la bouteille ne touche le verre, en le maintenant incliné à 45°. En outre, la bière ne doit pas sortir de la bouteille de manière saccadée. Si vous versez la bière trop lentement et si vous voyez que vous n’obtenez pas une belle mousse, éloignez un peu plus la bouteille.»
Et le sommelier de préciser qu’il est préférable de commencer par une bière légère avant d’en déguster une plus forte. Ainsi procède l’abbé Erik. «Nous vivons selon certaines règles, c’est vrai, mais cela ne nous empêche pas de profiter de la vie et des bonnes choses qu’elle nous offre», déclare-t-il en levant son verre.
Même si aujourd’hui, la présence de la Grimbergen sur les tables des Prémontrés est réservée à des moments de convivialité, elle reste leur moyen de subsistance. «C’est grâce à elle que nous pouvons continuer à vivre ici», nous confie le père Koen Meys tout sourire en faisant passer les copies des manuscrits contenant la recette de leur bière qui, à travers les siècles, a su préserver le nom de Grimbergen.

La Grimbergen accompagne bien un repas.

Goûter à ces bières belges

Chez Coop

Grimbergen d’Abbaye blanche

Une mousse crémeuse, des arômes d’agrumes ainsi qu’une note de bergamote caractérisent cette bière blanche. 11 fr. 70/6 × 25 cl.

Grimbergen d’Abbaye blonde

On trouve des saveurs épicées dans cette bière blonde de haute fermentation. 11 fr. 70/6 × 25 cl.

Grimbergen Brassin de Noël

Aux arômes de caramel, de réglisse et de fruits. Disponible pour une durée limitée, à partir du 22 novembre. 6 fr. 95/75 cl.

Commentaires (2)

Merci pour votre commentaire

Ce commentaire comprend-il des contenus douteux?

Le texte va être contrôlé et éventuellement adapté ou bloqué.

Votre commentaire

Vous n'avez pas encore écrit de commentaire!

Ce champ doit être complété. Merci.

Champ obligatoire
Ce champ doit être complété. Merci.





Veuillez recopier le code de sécurité:

$springMacroRequestContext.getMessage($code, $text)






Merci de prendre connaissance de notre charte et ne manquez de respect à personne!

Raffaela Brignoni

Rédactrice

Photo:
Stephanie Lecocq, DR
Publication:
lundi 17.10.2016, 14:00 heure



Login mit Coopzeitung-Profil

Fermer
Fehlertext für Eingabe

Fehlertext für Eingabe

Mot de passe oublié?