Vie sentimentale en pagaille? Confiance en miettes? Le coach répond présent!

Des coachs comme s’il en pleuvait

Dans le privé comme au travail, c’est tendance de se faire coacher, pour gagner en assurance et en performance. Les coachs veulent aider les intéressés à prendre conscience de ce qui est bon pour eux. Analyse du phénomène.

Votre vie sentimentale ne vous satisfait pas? Vous souhaitez une augmentation de salaire mais n’osez pas la demander? Vous cherchez à donner une meilleure image? Vous manquez de motivation? Pour vous épauler dans ces situations, des coachs proposent leurs services, en quelques séances seulement (une à dix), à des tarifs allant pour la plupart de 150 à 250 fr. la séance individuelle.
Les coachs sont de plus en plus nombreux à se présenter, notamment sur Internet, dans des domaines allant de la gestion du stress à l’alimentation saine, en passant par le bien-être. Diversité heureuse ou malheureuse? «La philosophie du coach, c’est aider une personne à prendre conscience de ce qui est bon pour elle. C’est le plus beau métier du monde», se réjouit Roger Blumenthal, du Collège Coach (formations en coaching).
Aux yeux de la coach Anne-Catherine Pozza, plus nombreux sont les coachs, mieux c’est: «On peut prendre le coaching en dérision, parce que le terme est galvaudé, mais c’est plus que cela. Notre rôle, c’est de rendre les gens autonomes rapidement. On arrive à la fin de l’ère psy et à l’avènement de l’ère coach. Les psychologues travaillent sur le pourquoi, les coachs sur le comment.»

Coach n’est pas un métier protégé. Comme il est tendance, mieux vaut s’assurer que le coach que l’on a choisi est crédible et correspond à ses attentes. Roger Blumenthal conseille de vérifier qu’un coach ait une formation ICF (International Coach Federation) ou équivalent. Il encourage aussi à lui demander s’il se fait superviser, afin de savoir s’il se remet en question. Enfin, il souligne l’importance des références et du parcours de chacun. «On peut être un bon coach à partir du moment où on a une expérience de vie, qui permet d’avoir un certain recul. On coache aussi avec son tempérament, sa personnalité, ses casseroles du passé», sourit-il.

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Ma coach m’a aidée à être ouverte à l’amour»

Le spécialiste précise que beaucoup pensent pouvoir ouvrir un cabinet de coaching après une formation dans ce domaine: «L’intérêt pour ce métier est presque trop grand. Nous sommes prudents, nous disons aux gens que ce n’est pas une formation qui va faire d’eux des professionnels du coaching.» Même son de cloche pour la coach Marta Hegyaljai Python, qui met en avant «le background professionnel, presque plus important que celui de la formation».
Elle ajoute qu’un bon coach «aime les gens, dans toute leur diversité. Il a une attitude qui favorise les solutions mais il ne cherche pas à trouver des solutions à leur place.» Pour Anne-Catherine Pozza, il n’y a pas de bons ou de mauvais coachs: «Un coach, c’est comme un ami. Rencontrez plusieurs coachs! Quand vous aurez le feeling, que vous ressentirez de la confiance, allez-y!»

Le love coaching, coaching amoureux, a séduit Charlène* (40 ans). Selon elle, le succès du coaching s’explique par le rythme effréné du quotidien, qui nous empêche de prendre du temps pour nous remettre en question. Elle estime que, grâce aux coachs, on s’arrête un peu pour réfléchir à soi-même. Charlène est satisfaite de son expérience avec sa coach: «Mes histoires sentimentales étaient de véritables fiascos. Elle m’a aidée à voir ce qui pouvait bloquer et à être ouverte à l’amour.»
Sa coach est Anne-Catherine Pozza, qui propose depuis près de dix ans du coaching individuel à Genève. Pour cette femme, le grand obstacle à l’amour est la peur. Et comme on vit dans une société «qui nous gave d’informations anxiogènes», on se renferme sur soi, on se méfie des autres. «Il suffit d’observer les gens dans les transports publics: ils sont plongés dans leur téléphone ou leur livre, ils regardent vers le bas pour éviter d’entrer en relation avec les autres.»
Anne-Catherine Pozza enseigne à ses clients comment «désapprendre la peur pour s’ouvrir à la dimension d’amour». Pour elle, le savoir amoureux passe par le regard, l’écoute, le toucher et la gratitude. Elle précise qu’avec les hommes (surtout des quadragénaires et plus) et les femmes (surtout des trentenaires célibataires) qui viennent la voir, elle travaille sur la confiance, le désir et le plaisir. «Le plaisir est pour moi le plus grand tabou de la société. On est gouverné par tant d’injonctions qu’on ne s’autorise parfois plus à se faire plaisir!»
Le coaching opère dans la sphère privée, mais aussi professionnelle.

De nombreuses entreprises mandatent des coachs. Elles font notamment appel à eux pour améliorer leur communication ou la conduite de leurs collaborateurs. «Les notions de plaisir et de santé au travail sont importantes aujourd’hui. L’attitude du coach est appropriée dans ce cadre-là. La nouvelle génération cherche à donner du sens à son travail. Elle n’a pas envie d’être dirigée, mais coachée», analyse Roger Blumenthal.

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La nouvelle génération veut donner du sens à son travail»

Marta Hegyaljai Python, installée dans le canton de Fribourg, œuvre dans le business coaching. A la demande d’entreprises, elle travaille beaucoup avec des cadres. Elle exerce aussi avec les privés, pour leur apprendre à mieux vivre leur talent. «Je coache des gens qui se demandent s’ils doivent se réorienter ou non, qui veulent optimaliser leurs performances ou qui ont des blocages, comme avoir peur de parler en public.»

Cette ancienne déléguée du CICR estime que le coaching a assis sa place dans le monde professionnel parce qu’il s’est complexifié: «La mobilité est de mise et il faut sans cesse intégrer des nouveautés. Pouvoir discuter avec un coach, expert dans ces domaines, ça aide énormément.»
A force de coacher les gens dans des secteurs de plus en plus larges, n’y a-t-il pas un risque de les déresponsabiliser? «Le mot coach est à la mode, on l’utilise beaucoup. Coacher, c’est poser des questions pour faire réfléchir, permettre des prises de conscience mais en aucun cas décider pour les gens ou leur dire comment faire», répond Roger Blumenthal.        

*prénom fictif, connu de la rédaction

www.coachfederation.ch

«Son meilleur coach, c’est soi-même»

Dans le monde professionnel, le coaching a du succès auprès des entreprises et des privés.

Le succès des coachs ne surprend pas le sociologue Patrick Amey. Il estime que dans notre société caractérisée par l’individualisme, le souci de soi et l’amélioration de ses performances sont prioritaires: «Les coachs répondent à ce besoin d’excellence.» Le maître d’enseignement et de recherche à l’Université de Genève précise que les coachs font écho à la désaffiliation partielle des individus aux instances tutélaires (pères, professeurs, patrie, prêtres, partis politiques): «L’individu postmoderne entend se transcender non plus par les rites religieux ou la croyance. Il ne lui reste que lui-même et c’est lourd à supporter de ne pouvoir compter que sur soi.»

La profusion des coachs en tous genres s’explique selon lui notamment par le besoin que ressentent de nombreuses personnes de se faire «aider, soutenir et guider dès lors qu’elles se trouvent livrées à elles-mêmes».
Les coachs n’ont pas de légitimité pour le sociologue. Il les considère comme des sortes de gourous contemporains: «Ils nous laissent à penser que la fonction de chaman, de guérisseur, de sorcier, coutumière dans les sociétés dites primitives, est encore vivace dans nos sociétés pourtant rationalisées.» Il ajoute que le contexte de la performance à tout prix – y compris sur le plan de la santé – donne un espace agrandi à ceux qui nous font croire qu’ils peuvent nous coacher. «Son meilleur coach, je parle à titre personnel, c’est soi-même: savoir écouter son corps, ses limites, apprendre par l’expérience comme par ses succès et défaites, voilà le meilleur coaching qu’il nous est donné de réaliser.»

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Joëlle Challandes

Rédactrice

Illustrations: Marie-Noëlle Arif-Berdat

Publication:
lundi 25.11.2013, 00:00 heure

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