La désalpe du Klöntal, dans le canton de Glaris, en 2016 avec la famille Huser (au premier plan) qui porte des costumes traditionnels.

Désalpe: le retour des armaillis

Tradition Dans les Alpes glaronaises, la famille Huser descend chaque année ses troupeaux dans la vallée au début de l’automne. Reportage au rythme de la descente en plaine.

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Il mène le bal avec fierté, Sämi (6 ans). Ses knickers (bermuda traditionnel) en cuir jaune et son veston rouge reluisent sous la lumière tamisée du soleil automnal. À chacun de ses pas, la chaîne de sa montre argentée fixée au côté droit de sa ceinture émet un cliquetis.
Derrière lui, les chèvres, sa mère Brigitte (30 ans) ainsi que sa cousine Mirja (8 ans) suivent sa trace. Les femmes portent le costume folklorique du canton de Glaris, composé d’une robe bleue, d’un tablier rouge et d’un chemisier blanc, sans oublier le fichu, le fameux foulard triangulaire blanc noué autour du cou. Munie d’une petite branche de noisetier, Mirja empêche les chèvres de brouter les feuilles sur le bas-côté. Juste derrière, les armaillis leur emboîtent le pas avec les vaches. Marco (41 ans) et Nino (26 ans) ferment le cortège près du chariot contenant la chaudière à fromage, tiré par un cheval de trait. Les armaillis donnent de la voix: «Hoahoahoa!» Ils portent le costume traditionnel de la région du Toggenburg (SG), au milieu d’une foule de paysans glaronais qui désalpent aussi ce matin-là. Contrairement à d’autres cantons dans lesquels les vachers doivent quitter leurs alpages avant le jour du Jeûne, les Glaronais ont, eux, le privilège de pouvoir patienter jusqu’à la fin du mois de septembre.
Plusieurs centaines de badauds se massent au bord des routes et chemins. Ils accueillent les paysans avec des applaudissements nourris ou flânent sur le marché des alpagistes près de l’hôtel Rhodannenberg (Klöntal), où aura lieu une grande fête dans la soirée.

Au petit matin dans le Klöntal (GL), le soleil commence à embraser les montagnes. 

Brigitte Huser trait et brosse les vaches dans l’étable pour les préparer au grand moment. 

Son fils Sämi porte déjà fièrement le costume traditionnel du Toggenburg (SG). 

Une longue journée de défilé

Avec les couleurs du Toggenburg, les Huser détonnent dans la descente d’alpage glaronaise. Les spectateurs les interpellent: «Vous vous êtes perdus?» Traditionnellement, les paysans locaux désalpent vêtus d’une simple chemise de berger blanche. En revanche, leurs vaches exhibent des compositions florales sophistiquées entre leurs cornes. «Les Glaronais pomponnent leur bétail, les Toggenbourgeois embellissent leurs hommes et leurs femmes», sourit Marco Huser qui reste fidèle à la tradition saint-galloise car ses parents en sont originaires. Les alpagistes ont pourtant une chose en commun: pour rien au monde ils ne manqueraient la désalpe, fête traditionnelle incontournable ponctuée de merveilleux moments d’émotion collective.
Les Huser ont commencé leurs préparatifs la veille. Brigitte est partie de Glaris pour rejoindre les pâturages du Klöntal avec Sämi et Mirja. L’été, elle reste la plupart du temps à la ferme, dans la vallée, avec ses enfants. Sur la route, le trafic est plus dense qu’à l’accoutumée. Les vacances touchent aussi à leur fin pour les campeurs du lac du Klöntal (848 mètres d’altitude). Comble de malchance, un large grumier crée un fâcheux embouteillage. Brigitte et les enfants atteignent enfin le monte-charge de l’alpe d’Hinterschlatt. Les costumes, le petit-déjeuner des armaillis et autre matériel prennent la voie des airs. Quant à notre trio, il grimpe pendant une demi-heure jusqu’à Unterstafel, le «quartier du bas», situé à 1387 mètres d’altitude.

Une chèvre sur le départ

Les armaillis glaronais et ceux du Toggenburg (SG) en train d’apprêter les vaches pour la désalpe. 

Une préparation d’orfèvre

Depuis un mois, Marco et Nino préparent l’alpage en vue de l’hivernage. Ils ont démonté les clôtures et commencé à tout nettoyer de fond en comble. Les cochons déambulent dans l’enclos qui fait face au chalet et Nino huile les meules dans le cellier à fromage. Pendant ce temps, Brigitte s’occupe des préparatifs domestiques. Dans la chaleur de la cuisine, elle peint au feutre noir les coutures multicolores des baskets de Sämi. «Je n’ai trouvé nulle part une paire de chaussures pour enfants de couleur noire et unie», explique-t-elle en riant. Pas question de porter des baskets bariolées avec un costume traditionnel! Marco et Nino partent à la recherche des chèvres qui descendront elles aussi dans la vallée le lendemain matin. «Je pense qu’elles paissent relativement haut, ça peut leur prendre du temps pour redescendre», lance-t-il.
Brigitte termine la mise au point pour le lendemain matin, puis s’attaque au souper. Elle mitonne la spécialité locale, les fameux macaronis du chalet servis avec de la compote de pommes. Peu de temps après, les hommes sont de retour avec les chèvres. «Elles étaient tout au sommet, là où le soleil brille encore», conte Marco. Après le repas, Brigitte couche les enfants et va directement au lit. Elle a mal dormi la nuit précédente, son bébé Tobias (8 mois) ne lui a pas laissé une minute de répit. «Je suis très fatiguée, mais aussi un peu nerveuse pour demain.» Marco et Nino polissent les ferrures en laiton de leurs bretelles jusqu’à ce qu’elles scintillent. «C’est notre fierté d’armaillis, s’exclame fièrement Marco. La veille du départ, on se sent comme un enfant juste avant Noël.»

«

Quand le chat Ziebeli devient affectueux, c’est que l’automne arrive! »

Marco Huser (41 ans), paysan 

Marco Huser passe tous ses étés sur l’alpe d’Hinterschlatt (GL), où il produit le fromage d’alpage glaronais de Pro Montagna. 

Lors de la désalpe, les enfants mènent la marche devant le troupeau de chèvres. 

Coupés du monde pendant des mois

Tout se chamboule dans leurs têtes. On n’évite jamais le vague à l’âme de l’estivage. Depuis début juin, ils vivent sur l’alpage avec 18 vaches et 42 bovins mâles appartenant à différents éleveurs. Jour après jour, de l’aube au crépuscule, ils ont fabriqué du Glarner Alpkäse, le fromage d’alpage glaronais, de la raclette, du fromage à la crème et du Bloderkäse, spécialité du Toggenburg. Près de 2,5 t en tout. Les nouvelles du monde montent rarement ici. Leurs téléphones portables ne reçoivent de signal que dans un coin de la cuisine. «Généralement, tu t’endors avant d’avoir pu accéder à un site Internet, rigole Marco. Donc, à quoi bon?»
Marco et Nino ont bien d’autres problèmes en tête… Qui tondra les pénibles pentes autour du chalet? Qui fera valoir ses talents culinaires aux fourneaux? Pleuvra-t-il suffisamment? Y aura-t-il assez d’électricité? Car le précieux courant provient d’une installation solaire couplée à un générateur. Toute la soirée, le chat Ziebeli leur tient compagnie sur le banc. «Quand il devient affectueux, c’est signe que l’automne frappe à la porte.» Vers 22 heures, Marco et Nino s’allongent. Dans quelques heures à peine, le réveil va sonner.

Le lac du Klöntal, à 848 m d’altitude. 

Tout le monde est excité

Dans le silence de la nuit, des bruits s’élèvent déjà au loin. Sur l’alpe voisine, un armailli semble s’être déjà mis en route et s’apprête à marcher onze heures en compagnie de ses bêtes!
Lorsque le soleil pointe son nez, Nino est déjà dans le cellier à fromage, où il siffle tout en travaillant. Il a déjà ramené les vaches à l’étable. Marco et Brigitte traient le troupeau et brossent énergiquement les robes pour les rendre parfaitement présentables. Les animaux sont quelque peu agités. Pas de doute, ils sentent qu’aujourd’hui n’est pas un jour comme les autres. En ruant, une vache frappe la jambe de Brigitte, qui ne se gêne pas de l’arroser d’insultes façon Capitaine Haddock, en se frottant le membre endolori.
Devant l’étable, Ziebeli triture une souris, ronronnant d’appétit avant de l’avaler toute crue. Le soleil illumine déjà le sommet du massif du Glärnisch qui culmine à 2915 mètres d’altitude, au nord du lac du Klöntal.
Mirja et Sämi attendent de se mettre en route avec les animaux… Il faut pourtant encore patienter. Brigitte tresse de jolies nattes à Mirja, mais la coiffure se défait sans arrêt. Elle finit par enrouler rapidement deux nattes simples pour en faire des macarons et s’exclame, triomphante: «Prête!»
Entre-temps, Nino a préparé le petit-déjeuner des armaillis venus spécialement du Toggenburg et d’Appenzell pour fêter l’événement. Les chèvres bêlent à tout rompre en passant la porte de l’étable. Seuls les cochons dorment encore, blottis les uns contre les autres. Pour ne pas les stresser, les armaillis viendront les chercher après la descente de l’alpage.

«

100 désalpes et
 fêtes d’alpage 
en Suisse 
chaque année»

répertoriées par Suisse Tourisme

Les chaînes typiques des armaillis qui rythment les chants avant le départ. 

Une parade très attendue

La désalpe est le couronnement festif de l’estivage. «Et voilà, c’est fait», lance Marco Huser. Ils ont bien travaillé et ont servi plus d’une assiette de viande séchée aux randonneurs de passage. Comme le soir d’avant, une certaine mélancolie se mêle à leur joie.
Les chèvres dévalent maintenant la pente en gambadant dans toutes les directions. Ce n’est qu’à l’approche du lac du Klöntal, qu’elles rentrent une à une dans le rang pour former un troupeau rassemblé. Juste à temps pour la parade devant d’innombrables spectateurs, venus admirer de magnifiques bêtes conduites par de fiers bergers drapés dans de majestueux costumes. Avec bien sûr, des souliers impeccablement cirés! l

Ce reportage a été réalisé en automne 2016. La désalpe 2017 du Klöntal aura lieu le 30 septembre. 

Le salut chaleureux de Marco et Brigitte Huser, qui seront évidemment de la partie à la désalpe 2017. 

Engagement Coop: soutien des régions de montagne

Le Parrainage Coop pour les régions de montagne s’engage depuis 1942 pour l’amélioration des conditions de vie et de travail des paysans des montagnes suisses et les aide à subvenir à leurs besoins. Vous pouvez, vous aussi,les soutenir en remplissant le talon ci-contre.
L’organisation à but non lucratif finance quelque 150 projets d’aide par année. En 2016,environ 5,8 millions de francs ont été investiset 1,5 million ont été consacrés aux projets urgents d’assainissement des bâtiments.
En 2013, le Parrainage Coop a aussi soutenu la famille Huser pour lui permettre de remettreen état son alpage d’Hinterschlatt (GL).

www.des-paroles-aux-actes.ch/192

Cette année, la désalpe du Klöntal (GL) se déroule le samedi 30 septembre à partir de 9 h.
En Suisse romande, les rendez-vous sont également légion. Le 23 septembre à Grimentz (VS),à Charmey (FR), à Blonay (VD), à La Fouly (VS)…
Le 30 septembre au Pays-d’Enhaut (VD, Étivaz), à Albeuve (FR), à Saint-Cergue (VD)…

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texte:
Christa Hürlimann
Photo:
Christoph Kaminski 
Publication:
lundi 18.09.2017, 14:00 heure



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