Différences plaine-montagne: entre idées reçues et vérités

Éclairages d’experts Gagner en liberté, respirer de l’air pur, manger mieux: nous idéalisons la montagne. À tort ou à raison.

Pourquoi les étoiles semblent briller davantage de là-haut?

La qualité d’observation des étoiles dépend principalement de l’obscurité environnante. «Dans les régions de montagne, nous avons généralement peu de lumière perturbatrice», explique Christian Wernli, président de la Société astronomique suisse (SAS). Dans les vallées densément peuplées, on trouve habituellement beaucoup de sources de lumière. La vue peut être bonne dans une vallée très reculée alors qu’elle sera mauvaise dans des lieux touristiques de montagne fortement éclairés. Ce facteur décisif pour l’observation des étoiles est également appelé «pollution lumineuse». D’autre part, la pollution de l’air influence la manière dont nous voyons le ciel étoilé. Le smog est souvent plus important au-dessus des villes à basse altitude qu’en montagne. Autre facteur perturbant, la teneur en eau de l’air. De plus, en altitude, l’air est plus léger et absorbe ainsi moins de lumière. Les étoiles apparaissent donc plus clairement. «C’est pour cela que les grands télescopes sont installés à la montagne, dans des zones désertiques. C’estlà que les sources de perturbation sont globalement les plus faibles», conclut Christian Wernli.

 

Y a-t-il des différences concernant l’espérance de vie?

Vaste question. Et ô combien complexe. La réponse est bien loin d’être évidente et varie selon les périodes. Aujourd’hui, selon l’Office fédéral de la statistique (OFS), l’espérance de vie dans les différents cantons – alpins ou pas – n’affiche aucune différence.
Il n’en a pas toujours été de même. Jusqu’au milieu du XIXe siècle, l’espérance de vie des régions de montagne était supérieure à celle des plaines. Pourquoi? Il y avait une moindre  diffusion des pathologies liées aux carences hygiénico-sanitaires et au surpeuplement.
Un basculement est survenu vers 1920. En montagne, l’espérance de vie s’améliore, mais plus
lentement que dans les plaines. Une épopée passionnante, expliquée en détail dans «La transition sanitaire dans les Alpes suisses», de Luigi Lorenzetti et Véronique Meffre.

 

Vivre dans les hauteurs, est-ce aussi vivre libre?

Qui n’a jamais rêvé de se retirer dans un alpage et d’y vivre simplement, sans stress, avec peu de moyens? «Dans plusieurs régions du monde, on redécouvre la montagne en tant qu’espace de liberté», observe l’auteur Mario Casella, passionné d’alpinisme.
Durant ses nombreux voyages en haute montagne, ce journaliste a pu faire la connaissance des populations installées en altitude, ici et ailleurs. «Notamment dans les régions où la situation politico-économique est difficile, telles que les anciens pays communistes. Là-bas, nombreuses sont les jeunes familles qui quittent la ville pour la montagne, là où deux vaches et un peu de terrain suffisent pour s’en sortir.»
Si cette tendance n’est pas vraiment d’actualité en Suisse, elle l’est tout près de nous, par exemple en Italie. «Dans des lieux périphériques comme la montagne, on n’est peut-être pas connectés à Internet, mais à la pollution non plus», note Mario Casella. Il en sait quelque chose. Dès qu’il le peut, cet ancien correspondant de la Télévision suisse italienne à Washington part se réfugier en montagne, dans un espace sauvage où la vie n’est pas plus facile qu’en plaine, mais sûrement moins frénétique.

 

Pourquoi les sommets fascinent-ils les artistes et le public?

Lorsque le Zurichois Valentin Roschacher (56 ans) exposait ses tableaux il y a dix ans, il en était à ses débuts et il n’était pas sûr de lui: «Je me demandais si j’étais le seul à être à ce point captivé par l’univers des Alpes.» La réponse est non! Le public est venu nombreux, les artistes se sont appropriés son univers et Valentin Roschacher est actuellement considéré comme le peintre de montagne suisse contemporain.
«D’un point de vue purement technique, peindre une boîte de conserve, des chiens ou un paysage ne change rien, mais peindre la montagne avec les variations de la lumière, des couleurs et les contrastes donne un sentiment tout à fait particulier. J’ai à l’esprit les notions d’humilité, de création ou de majesté», déclare-t-il.
Cet artiste peint des œuvres hyperréalistes (voir ci-dessus), c’est-à-dire qui donnent l’illusion d’une image haute résolution. Elles sont souvent de grand format. Il utilise des pinceaux ayant au maximum quatre poils.
En 12  000 heures, depuis 2013, il a créé six tableaux de la chaîne de la Bernina (huile sur toile, 160 × 240 cm chacun).
www.roschacher.com

 

Le fromage d’alpage est-il vraiment riche en oméga-3?

Quel plaisir de savourer une généreuse tranche de pain frais avec un morceau de fromage d’alpage… Ce dernier est élaboré en altitude uniquement en été, avec du lait provenant de vaches qui passent la belle saison à l’alpage. Là-bas, les vaches se nourrissent différemment qu’en plaine: leur alimentation se compose essentiellement d’herbe des prés, de plantes aromatiques et de fleurs fraîches, et non pas de foin et de céréales comme à l’étable. Cela se retrouve dans la couleur jaune paille du fromage, assez foncée, ainsi que dans son intensité aromatique.
En 2010, John Haldemann, ingénieur en technologie alimentaire à la Station de recherche Agroscope à Berne, a analysé la qualité des matières grasses des fromages d’alpage tessinois. Ceux-ci, grâce à l’utilisation de fourrage frais et de lait cru, contiennent beaucoup plus d’oméga-3 que les fromages fabriqués en plaine. Ces acides gras sont indispensables à notre régime alimentaire. Ils interviennent dans de nombreux processus biologiques.

 

Les montagnards sont-ils vraiment plus têtus que les habitants de plaine?

«Oui, forcément. Vivre en montagne, c’est relever en permanence un défi contre une nature sévère, exigeante et impitoyable. Il faut avoir la tête dure pour pouvoir l’affronter», répond Mario Casella. Contacté durant son dernier voyage, qu’il a bouclé il y a une dizaine de jours et qui l’a conduit d’Ukraine en Roumanie en passant par les Carpates, le journaliste, guide de haute montagne et réalisateur de documentaires raconte: «Cela fait deux mois que je sillonne cet ensemble montagneux, en m’arrêtant dans les villages situés le long du parcours. Toutes les personnes que je rencontre sont disponibles et joyeuses.» Et de souligner: «Elles sont opiniâtres, mais pas hostiles au monde extérieur.» Une ouverture d’esprit que l’on retrouve également dans les montagnes suisses? «Ni plus ni moins qu’en ville.» Bref, le repli sur soi, pour autant qu’il existe, n’est pas le fruit de l’altitude.

 

La qualité de l’air est-elle meilleure en altitude?

Le grand air, l’oxygénation ou la pureté: la montagne jouit d’une réputation exceptionnelle dès lors que l’on parle de son air. Pourtant, les choses sont loin d’être si tranchées. En cause? La phase d’inversion thermique.
Un phénomène confirmé par Richard Ballaman, chef de section de la Qualité de l’air à l’Office fédéral de l’environnement (OFEV): «C’est une dynamique très complexe qui change en fonction de l’altitude, du moment de la journée, des conditions météo et des saisons. Des vallées alpines peuvent être aussi atteintes que la plaine. De plus, on oublie souvent que les petites villes de montagne abritent de nombreuses activités.» Sans oublier le démarrage à froid des véhicules à moteur et bien sûr les chauffages au bois, répandus en zone de montagne, qui rejettent des particules fines. Un thème loin d’être manichéen…

 

Les Alpes grandissent-elles ou s’érodent-elles?

La réponse est clairement «les deux», selon les explications du géologue et enseignant Ramon Gonzalez. Née de la collision de deux plaques tectoniques, la montagne s’érode constamment. Des éboulis sont transportés par les intempéries vers les vallées, où ils continuent à se briser et se réduire en morceaux. Mais cette réduction de la charge qui s’exerce sur les montagnes occasionne une poussée équivalente: les roches solides de la croûte terrestre «nagent» en quelque sorte sur une couche liquide à l’intérieur de la Terre et l’érosion des montagnes rend ces masses montagneuses plus légères, ce qui fait qu’elles ne pénètrent plus aussi profondément dans le manteau liquide. Le soulèvement est de l’ordre de grandeur d’un millimètre par an seulement. En résumé: bien que la morphologie des montagnes évolue constamment sous l’effet des intempéries, leur hauteur change globalement peu à court terme.

 

Montagnes: encore importantes pour la stratégie militaire?

Les forteresses des Alpes et la stratégie du réduit national appartiennent au passé: le fort d’artillerie du Gothard, le Sasso San Gottardo, s’est transformé en attraction touristique. Mais Renato Kalbermatten, porte-parole du Département fédéral de la défense (DDPS), souligne que la topographie a toujours son importance: «En montagne, le petit peut remporter des succès considérables face au grand.»
La défense de la transversale alpine, essentielle pour les transports et l’énergie, a une signification pour toute l’Europe. «Provoqués consciemment ou inconsciemment, des troubles peuvent conduire très vite à des situations de crises régionales, nationales voire internationales. C’est pourquoi nous continuons à associer les montagnes à toutes nos réflexions. Elles n’ont rien perdu de leur importance en matière de stratégie militaire en Suisse», conclut Renato Kalbermatten.

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Photo:
Getty Images, Imago, Keystone, Valentin Roschacher, Heiner H. Schmitt, DR
Publication:
lundi 06.03.2017, 12:42 heure



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