1 von 4


Doris Leuthard, ici dans les bureaux du DETEC, aime l’ambiance de Noël: «Passer du temps avec ma famille et mes amis, ne rien faire.»



«Noël a une signification religieuse»

Interview Doyenne du gouvernement, Doris Leuthard s’apprête à diriger le pays pour la seconde fois.

Doris Leuthard, vous serez présidente de la Confédération pour la seconde fois en 2017. Quel sentiment domine, la joie d’un nouveau mandat, ou du respect pour la fonction?
C’est une question de respect, car avec le DETEC (Département fédéral de l’environ­nement, des transports, de l’énergie et de la communi­cation), j’ai la responsabilité d’un département vaste et important. Mais bien sûr, je me réjouis également à l’idée de ce mandat, qui va réserver son lot de beaux moments et de rencontres passionnantes.

De qui vous réjouissez-vous en particulier?
Si tout se passe comme prévu, le président chinois devrait nous rendre une visite officielle. Les préparatifs battent leur plein. Pour la Suisse, il s’agit d’un événement exceptionnel, notamment parce que Xi Jinping a jusqu’ici été peu présent en Europe.

Au cours de votre première année de présidence, en 2010, vous aviez déjà fait quelques rencontres mémorables...
Oui, j’ai rencontré des chefs d’État comme Barack Obama, Angela Merkel ou Nicolas Sarkozy. Silvio Berlusconi s’est révélé être un très bon débatteur et un homme charmant. Tout le reste, concernant le personnage, ne me regarde pas (rires). Depuis, il y a eu de nombreux changements. Angela Merkel est la seule constante. Il y aura ainsi de nouvelles rencontres.

Y a-t-il aussi des moments plus privés au cours de ces visites?
Oui, toujours. Je pense qu’on ne peut pas créer une ambiance détendue et constructive si on s’assoit d’emblée à la grande table avec l’ensemble des collaborateurs. C’est pourquoi j’invite d’abord souvent mes hôtes à un bref entretien en tête-à-tête et leur montre, par exemple, les montagnes. Cela permet un premier contact plus per­sonnel. Il nous arrive aussi d’aller manger une fondue avec nos hôtes; l’ambiance devient alors très vite plus décontractée et les choses plus faciles.

«

Avec une fondue, l’ambiance devient tout de suite plus décontractée»

La fondue avec certains invités étrangers, c’est un peu délicat, non?
De nombreux Asiatiques ont en effet du mal avec la fondue. Mais on m’a dit que Xi Jinping devrait aimer ce plat.
Il ne faut pas sous-estimer ce qui peut se produire lorsque l’on trempe tous notre fourchette dans le même caquelon et que l’on partage un repas aussi traditionnel. C’est certainement bien mieux que d’enchaîner les rendez-vous et de parler uniquement des affaires et de la politique.

Quels sont vos souhaits pour l’année prochaine?
J’espère que rien de grave n’arrivera en Suisse: aucun crash aérien, aucun acte de terrorisme, aucun événement dramatique.

Même après dix ans au Conseil fédéral, vous ne montrez aucun signe d’essoufflement ou de lassitude. Quel est votre secret?
C’est vrai que la fonction est complexe et demande beaucoup de travail; les dossiers sont souvent controversés. Je peux heureusement compter sur de formidables collaborateurs très motivés. Nos discussions sont nombreuses et souvent animées mais, au final, nous sommes tous sur la même longueur d’onde.
Autre point important: mon mari est très compréhensif. Nous essayons toujours de passer un peu de temps ensemble malgré l’agenda très serré.
J’ai aussi la chance de pouvoir récupérer très vite: six heures de sommeil par nuit me suffisent. Enfin, je veille à me ménager de courtes pauses durant la journée. Le sport et l’exercice sont également essentiels.

Vous avez la réputation d’être une ministre qui a de l’humour et qui aime rire...
Au sein de notre département, nous entretenons la culture du «rire ensemble». Nous prenons des décisions sur tellement de dossiers sérieux et austères que ces moments de détente nous font du bien. Rire permet de débloquer la situation, en particulier lorsque l’on aborde des questions épineuses. Le rire apporte également une touche d’humanité et instaure un climat plus agréable qui facilite le dialogue.

Vous aviez de quoi être de bonne humeur avec le rejet de la sortie programmée du nucléaire. La Suisse doit maintenant réaliser sa transition énergétique jusqu’en 2050. Y arrivera-t-elle?
Oui, j’en suis convaincue. Notre pays a déjà vécu sans énergie nucléaire. Je suis par exemple persuadée que nous aurons bientôt sur le marché des solutions de stockage d’énergie à plus grande échelle. C’est l’affaire de quelques années. À vrai dire, il n’y a de problème qu’en hiver, lorsque nous devons nous chauffer. Quand nous serons enfin parvenus à tirer profit de l’énergie accumulée en été pour affronter la période hivernale, nous nous serons considérablement rapprochés du but, qui est de réduire la consommation d’énergies fossiles.

«Chacun peut économiser de l’énergie à sa façon, au quotidien, et apporter ainsi sa pierre à l’édifice.»

Comment économisez-vous l’énergie au quotidien?
Notre maison est chauffée par une pompe à chaleur, et avec un poêle suédois à la mi-saison. Dans notre résidence secondaire, une installation photovoltaïque assure la production d’électricité.
De nombreux logements sont équipés d’un chauffe-eau surdimensionné qui chauffe en permanence. On peut économiser de l’énergie en faisant attention à l’éclairage, à la mise en veille des appareils, ou au bon réglage du chauffage. Mises bout à bout, ce sont des petites choses qui consomment au final beaucoup d’énergie.

Et pour les transports?
Nous sommes toujours plus mobiles. On peut économiser de l’énergie en prenant le train ou en utilisant des véhicules à faible consommation. Les progrès sont fulgurants dans ce domaine: il y a dix ans, les voitures consommaient 8 ou 9 litres au cent contre 6 aujourd’hui.

Début novembre, Coop a ouvert la première station-service à hydrogène de Suisse. Une solution d’avenir?
Absolument, cela peut être une solution parmi d’autres. J’aimerais que les automobilistes aient le choix entre différentes technologies. La station-service à hydrogène de Coop est une bonne chose, surtout si un réseau plus dense entraîne une baisse des prix.

La hausse des prix des transports publics est l’une des principales préoccupations de la population selon le dernier baromètre du Credit Suisse. Vous pourriez la stopper...
La Confédération n’est pas responsable des prix. Au mieux, je pourrais demander un arrêt du développement des infrastructures. La qualité des transports publics a un coût. Nous devons réfléchir à la façon de mieux tirer parti de l’infrastructure existante, notamment dans un pays aussi petit que la Suisse, où la place est limitée. Pourquoi ne pas faire en sorte, par exemple, qu’il y ait moins de déplacements aux heures de pointe? Si le nombre de passagers est mieux réparti sur la journée, il est inutile de renforcer autant l’infrastructure. Mais les prix restent en effet un sujet majeur: nous devons trouver le bon équilibre pour que les voyages en train restent abordables et donc attractifs.

Après toutes ces années passées en politique, comment faites-vous pour rester suffisamment proche de la population?
Je prends le train toutes les semaines et discute avec les gens. Et je vis dans un village où je ne suis pas «Madame la Conseillère fédérale» lorsque je fais mes courses. Les gens m’abordent souvent. J’ai parfaitement conscience de me trouver dans une situation privilégiée, mais j’essaie malgré tout de comprendre ce qui préoccupe Monsieur et Madame Tout-le-Monde.

Et qu’est-ce qui préoccupe les Suisses selon vous?
L’augmentation constante des primes d’assurance-maladie. C’est un sujet dont on me parle souvent. Une famille avec deux enfants issue de la classe moyenne qui ne bénéficie d’aucune réduction de primes aura du mal à joindre les deux bouts. La crainte de perdre son emploi est aussi un thème récurrent. Par ailleurs, les personnes de plus de 50 ans ont le sentiment de ne plus pouvoir suivre le rythme de la transformation numérique. La société doit également s’occuper d’eux.

Utilisez-vous l’un de ces réseaux sociaux?
Non, je n’ai pas le temps. Et je préfère les amis en chair et en os. Le DETEC dispose en revanche d’un compte Twitter. C’est important pour garder le contact avec la jeune génération.

Une photo du siècle passé: Doris Leuthard en 1999. Elle est alors élue conseillère nationale PDC.

Que signifie Noël pour vous?
Pour moi qui suis catholique, ce n’est pas seulement l’occasion de s’offrir des cadeaux, mais aussi une fête religieuse. Je profite également de ces quelques jours pour ne rien faire, tout simplement. Nous fêtons Noël à la maison. Passer du temps avec ma famille et mes amis, me reposer, lire un bon livre ou écouter de la belle musique méditative. Ça me fait du bien.

Vous chantez?
Oui, je chante. C’est une belle tradition que d’entonner des chants de Noël en famille.

Et le repas de Noël?
Pendant longtemps, c’était jambon, haricots et salade de pommes de terre. Puis nous sommes passés à la fondue chinoise. Cette fois-ci, je vais demander à ma mère quel est son menu préféré et en tenir compte.

Vous avez très peu de temps pour vous. Qu’en faites-vous?
J’aime acheter des livres et des magazines de décoration d’intérieur qui s’entassent à la maison. Le soir, avant d’aller me coucher, je lis, mais je n’arrive pas à aller au-delà de dix pages (rires).

Que lisez-vous?
Ça dépend de l’humeur du moment. Parfois j’ai besoin de quelque chose pour le cœur, parfois pour l’esprit. Peter Brabeck, le président du conseil d’administration de Nestlé, vient de m’envoyer son livre, que je vais très certainement lire pendant les Fêtes. Et j’aime les livres qui permettent de rêver un peu.

Côté sport?
Je fais du Pilates chaque semaine. L’été, je vais nager et faire du vélo. Et en hiver, direction les pistes de ski.

Quel type de skieuse êtes-vous?
J’adore skier sans stress. Pour moi, il est important de s’arrêter de temps en temps. Mais je ne me rue pas non plus sur le bar après la première descente. J’aime bien aussi prendre du temps pour profiter du panorama.

Doris Leuthard, le sourire du pouvoir

À 53 ans seulement, Doris Leuthard est la plus ancienne ministre du gouvernement et s’apprête à devenir présidente pour la seconde fois. Les sondages la créditent régulièrement d’une excellente cote de popularité, aussi bien en Suisse alémanique que romande.
Son sourire quasi permanent, quelles que soient les circonstances, et sa maîtrise des trois langues nationales n’y sont certainement pas pour rien.
Conseillère nationale démocrate-chrétienne de 1999 à 2006, elle dirige le PDC de 2004 à 2006, avant d’être élue au Conseil fédéral le 14 juin de la même année, au Département de l’économie (DFE). Quatre ans plus tard, elle prend la tête du Département de l’environnement, des transports, de l’énergie et de la communication (DETEC). Un département mammouth, très exposé, qui lui vaut de défendre des dossiers complexes et controversés. Elle est une première fois présidente de la Confédération en 2010.
L’inauguration du nouveau tunnel du Gothard, entourée des grands dirigeants européens, aura été le temps fort de son année 2016. Avocate de formation, Doris Leuthard vit à Merenschwand (AG) avec son mari, Roland Hausin, docteur en chimie.

Commentaires (1)

Merci pour votre commentaire

Ce commentaire comprend-il des contenus douteux?

Le texte va être contrôlé et éventuellement adapté ou bloqué.

Votre commentaire

Vous n'avez pas encore écrit de commentaire!

Ce champ doit être complété. Merci.

Champ obligatoire
Ce champ doit être complété. Merci.










Merci de prendre connaissance de notre charte et ne manquez de respect à personne!

texte:
Andreas W. Schmid, Thierry Délèze
Photo:
Philipp Zinniker, Keystone
Publication:
lundi 19.12.2016, 13:55 heure



Login mit Coopzeitung-Profil

Fermer
Fehlertext für Eingabe

Fehlertext für Eingabe

Mot de passe oublié?