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Dominique Tille a insufflé au chœur Voix de Lausanne un dynamisme qui plaît aux jeunes chanteurs.

Travail et concentration: le seul „truc“ pour chanter juste.

Chauffer sa voix avant la répétition c’est une chose, mais il faut aussi se détendre!

Chanteur vu à travers le couvercle du piano.

Le piano et le chef de chœur donnent le „La“.

La partition permet de connaître la mélodie et le texte qu’il faut chanter, et à quel moment.

Dans la salle, les chanteurs sont répartis selon la tessiture de leur voix: graves à droite, médium au centre et aïgues à gauche.

Dominique Tille s’investit corps et âmes pour diriger le chœur Voix de Lausanne.

On suit le chef ou la partition.

Dominique Tille écoute et conseille aussi sur l’interprétation des chanteurs.

Mais qu’essaye-t-il de leur dire?

Pour interpréter L’amour est un oiseau rebelle de Georges Bizet, le chœur s’est alloué les services d’un pianiste et d’une soliste.

Les chanteurs se mettent en situation, comme lors d’un concert. Ici, ils se préparent à chanter lors d’un souper, et se balladeront entre les tables.

Chacun est concentré sur sa partie.

La répétition est terminée, on plaisante entre amis...

... et on se prépare à affronter le froid pour rentrer chez soi, ou aller boire un verre.

Du chant neuf

Phénomène Les concerts de chœurs fleurissent durant l’Avent. L’occasion de plonger dans un monde en pleine mue, porté par des jeunes motivés.

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La nouvelle génération en redemande»

Il est 19 h 30, un jeudi de novembre. Des petites grappes de personnes se pressent dans les escaliers du Gymnase du Bugnon de Lausanne. Dans les couloirs, on entend déjà des voix qui montent la gamme comme une échelle: «Zazazazazaaaa!»
L’échauffement a commencé. Les derniers arrivants déposent leurs affaires à la hâte et rejoignent les voix d’une quarantaine de choristes installés en demi-cercle. Au centre, un piano qui donne le la, et un bonhomme aux cheveux hirsutes qui motive les troupes: «Il faut laisser sonner votre voix plus longtemps. Imaginez que vous étalez du Nutella sur une tartine!» lance-t-il à l’assemblée.

Yodel sous hélium

Nous sommes à la répétition du chœur Voix de Lausanne, une chorale amateur mixte qui connaît un vif succès auprès des jeunes. Le bonhomme aux cheveux hirsutes, Dominique Tille, jeune chef de 33 ans, n’y est pas étranger: «Il ferait chanter un tabouret», nous avait-on dit à son sujet. «J’aime le dynamisme qu’il amène, commente une chanteuse. Il dirige avec humour et peut nous dire n’importe quoi sans nous vexer!»
Selon Dominique Tille, le succès d’une chorale réside dans l’identité de groupe: «Les jeunes doivent pouvoir s’y reconnaître et préféreront donc chanter avec d’autres jeunes. Je constate encore qu’ils aiment avoir l’image de pionniers. L’ambiance aussi est primordiale pour qu’ils acceptent d’investir de leur temps chaque semaine.»
Au niveau du répertoire, Voix de Lausanne se veut polyvalent. Le chœur a autant chanté La Passion selon saint Matthieu, de Bach, que du Lady Gaga.
Au Festival d’Avignon de 2013, il a présenté une œuvre composée autour de la musique de Gershwin. Le folklore n’est pas non plus mis de côté: le chœur a chanté un yodel sous hélium: «On reprenait notre respiration dans un ballon gonflé à l’hélium», s’enthousiasme un des participants. La chorale organise encore des brunchs durant lesquels elle chante des œuvres qui parlent de nourriture. Aujourd’hui, elle prépare un répertoire qu’elle chantera en faveur de Caritas, et travaille parallèlement sur un nouveau cabaret dont le personnage principal est le chœur lui-même.

Les jeunes chanteurs sont très exigeants: ils prennent des cours de chant et apprennent à déchiffrer les partitions.

La technique du perroquet

«La nouvelle génération en redemande!» se réjouit Thierry Dagon, président de la commission de musique de l’Union suisse des chorales (USC). Selon ce Fribourgeois de 55 ans, également contre-ténor professionnel et chef de chœur, les jeunes chanteurs sont très exigeants: ils prennent des cours de chant et savent déchiffrer la musique. «Quand ils intègrent une chorale, ils attendent que ça déménage et ne veulent pas passer des heures à déchiffrer une partition.»
Et c’est là que le bât blesse. Dans les autres générations, nombre de choristes amateurs sont «analphabètes» au niveau musical. Grâce à la technique «du perroquet», ils ne rencontrent toutefois pas de difficultés: le chef chante l’air qu’il faut apprendre et le fait répéter fragment par fragment jusqu’à ce qu’il soit juste.
Un processus qui demande de l’attention et du temps que les jeunes générations ne veulent plus forcément prendre. «Dans certains chœurs, c’est plus jouer aux cartes et prendre l’apéro qui priment sur la performance», commente une chanteuse de Voix de Lausanne. Cette jeune mère n’accepterait pas de prendre du temps à sa famille pour chanter dans n’importe quelle chorale.

Satané solfège

Le monde choral tente aujourd’hui d’aborder un tournant que les fanfares ont négocié il y a une trentaine d’années déjà: «Avant de jouer du trombone dans une fanfare, explique Thierry Dagon, on demande d’apprendre la musique. Il y a des formations internes et le niveau des fanfares a sensiblement évolué.»
Les chefs de chœurs sensibilisent leurs chanteurs au solfège. Ils font venir des enseignants, organisent des cours ou s’en occupent eux-mêmes. Pour les chœurs de jeunes, la Loterie romande subventionne même cet apprentissage. Mais il n’est pas toujours aisé de convaincre: «Essayez de faire changer ses habitudes à un solide gaillard qui chante dans le chœur de son village depuis quarante ans!» ironise le contre-ténor fribourgeois.

La fin du folklore?

Ces nouvelles exigences ne risquent-elles pas de marquer la fin des chœurs où tout le monde pouvait chanter ensemble? «Notre souci est de mélanger les gens, souligne Thierry Dagon. Il n’y a rien de pire que le cloisonnement. Les chœurs qu’on appelle d’élite doivent prendre en compte qu’il y a une base qui est importante sur le plan social.»
Il est donc primordial que différents types de chœurs existent pour que tout le monde puisse chanter selon son niveau.
Pour Thierry Dagon, si certaines chorales peinent à attirer des jeunes, c’est parce qu’elles jouent trop la carte folklorique: «Elles donnent une image ringarde! Mais le folklore ne l’est pas! La preuve: les plus grands compositeurs y ont toujours planté leurs pieds! Il faut être attractif, sans quoi des chorales disparaissent. Mais d’autres naissent, heureusement.»

«

Les jeunes aiment avoir une image de pionniers»

Dominique Tille, chef de chœur

Pour qu’ils investissent de leur temps chaque semaine, la nouvelle génération de chanteurs doit pouvoir se reconnaître dans l’identité des chorales.

Selon Dominique Tille, il est faux de dire simplement que les jeunes sont de meilleurs chanteurs que les autres. En revanche, la qualité générale des chœurs de jeunes est souvent supérieure pour des raisons d’engagement, mais pas seulement: «L’instrument du chanteur est notamment formé de muscles. Quand on est jeune, on a plus de tonus musculaire, de souplesse. Il est donc plus facile de chanter avec une voix souple et libre.»
La répétition est terminée. On ouvre les fenêtres. Alors que certains chanteurs s’échappent au pas de course, d’autres discutent en groupe, vont questionner le chef… On remarque des couples d’amoureux. Fondée il y a dix ans, Voix de Lausanne compte plusieurs naissances en son sein.
Rendez-vous est fixé au bar Pin Up situé à quelques pas. «Venez nous rejoindre, lance une chanteuse, c’est aussi ça la chorale!»

La chorale, c’est aussi partager un verre ou deux après la répétition.

«On peut serrer les boulons»

L’expert

Thierry Dagon, président de la commission de musique de l’Union suisse des chorales

Thierry Dagon, président de la commission de musique de l’Union suisse des chorales
Thierry Dagon, président de la commission de musique de l’Union suisse des chorales

N’importe qui peut-il chanter?
Oui, si l’on a deux cordes vocales et deux poumons en bon état! Si par-dessus cela, les oreilles fonctionnent et que la sensibilité est présente, il n’y a pas de soucis. Certains font un blocage parce qu’à l’école un prof peu pédagogue leur a dit: «Tu chantes faux.» Avec des exercices et de la concen-tration, on peut serrer les boulons!

Y a-t-il un truc pour mieux chanter?
Le seul truc est d’acquérir une technique en suivant les conseil d’un bon chef ou mieux, en prenant des cours de chant. Boire un coup de blanc pour améliorer les aigus et du rouge pour les graves, c’est de la foutaise! Mais boire un verre de vin avant un concert, ça désinhibe.

Certaines applis pour smartphone pourraient-elles nous venir en aide?
C’est anecdotique. Il y a des diapasons, des accordeurs qui permettent de savoir si l’on tient la note juste. Je crois qu’il en existe aussi pour travailler le solfège.

Comment choisir la bonne chorale pour commencer à chanter?
Plus que le répertoire ou le niveau, ce qui importe, c’est que le courant passe avec le chef et le groupe, un peu comme avec un médecin. C’est important que le chef prenne du temps avec vous pour déterminer quel type de voix vous avez: grave, médium ou aiguë. Ensuite certaines personnes aimeront être bousculées par le chef pour se dépasser, d’autres pas. Certains voudront chanter dans un petit groupe pour être mis à contribution, d’autres amener de l’eau au moulin d’un chœur de 120 personnes qui interprète de grands répertoires. Tout est possible!

Noël

Nouvel air

Le 14 décembre, Payerne (VD) accueille une nouvelle manifestation: «L’Étoile d’or des enfants». Trente-cinq chœurs de toute la Suisse romande – 1200 jeunes –interpréteront des nouveaux chants de Noël composés spécialement pour l’occasion par des poètes et musiciens romands. Le but des organisateurs est de permettre aux jeunes chanteurs de se rencontrer et aux cantons de tisser des liens. Autre motivation: renouveler et rajeunir le répertoire des chants de Noël. www.ascej.ch

Les hobbies artistiques des suisses

Près d’un Suisse sur six chante en amateur. La plupart le font au moins une fois par semaine. L’enquête a également montré que les gens chantent autant en ville qu’à la campagne. Source OFS 2008

Chorale express

Les réseaux sociaux permettent aux chorales plus de spontanéité et de flexibilité: un chef qui voudrait monter un répertoire pour aller accueillir les vainqueurs de la coupe Davis à Lausanne, lance un appel via Facebook dans son réseau de chanteurs.
Rapidement les choristes signalent leur intérêt. Le chef envoie les partitions par e-mail, chacun travaille d’abord chez soi, on se réunit une fois et le nouveau chœur est prêt! On les appelle chœurs express ou chœurs à projets.

La question de la semaine

Quiz Chant pour chant

 
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sur
 

 

Solution du quiz (dans la version papier du journal n°50): GAMME

Chœurs suisses en chiffres

L’Union suisse des chorales (USC) recense aujourd’hui environ 50 000 chanteurs répartis dans 1750 chœurs. Parmi eux: 840 chœurs d’hommes, 510 chœurs mixtes, 220 chœurs de femmes, 140 chœurs d’enfants et de jeunes et 40 chœurs d’église. Mais l’USC estime que deux tiers des chœurs actifs en Suisse ne sont pas inscrits chez eux, soit environ 3500 chœurs et 100 000 chanteurs. Au nombre des absents: les chœurs catholiques et évangéliques qui ont leur propre association, les chœurs de corporations comme la police ou les pompiers, et beaucoup de chœurs de jazz, de gospel, etc.

Quels sont les avantages de s’inscrire à l’USC et de verser une cotisation? «Pour les échanges, répond Thierry Dagon de l’USC. Cela permet de rencontrer des chœurs d’autres cantons dans des manifestations que nous organisons. L’USC, c’est comme la FIFA pour les clubs de football.»

Au moment de sa fondation en 1977, l’USC recensait approximativement autant de chœurs et chanteurs qu’aujourd’hui. Notons toutefois que seulement depuis 1987 tous les cantons sont réunis dans l’USC. Elle a alors comptabilisé 60 700 chanteurs et 1900 chœurs. Des chiffres qui n’ont jamais été dépassés.

Aujourd’hui, presque tous les nouveaux chefs de chœurs sont professionnels. Mais peu de chorales sont professionnelles: «Trop peu, estime le jeune chef Dominique Tille. Beaucoup d’amateurs sont à deux doigts d’avoir une qualité pro. Il y a en Suisse un manque profond de chœurs qui leur permettraient de franchir le pas.»

La difficulté de trouver du financement et des sponsors sont les principales raisons de cette situation: «On va taper le boucher du coin pour qu’il mette une annonce dans le programme», commente Thierry Dagon.

En France par exemple, les choses sont différentes: «France Télécom subventionne tout ce qui est chant professionnel. Ils ont compris l’image positive qui se dégage d’un tel partenariat. Et nous sommes dans le même domaine: la voix!» poursuit Thierry Dagon. Ce dernier a participé à une chorale qui a reçu une subvention du géant français de la télécommunication. En échange, le chœur est allé chanter pour eux à une de leurs soirées d’entreprise. Les chanteurs ont ensuite soupé avec les invités: «Cela ne nous a posé aucun problème: les chanteurs aiment généralement les plaisirs de la table!»

Autre raison évoquée: le manque de reconnaissance des chorales: «Les chœurs ont une image populaire, explique Dominique Tille. Nous avons de la peine à nous produire dans des théâtres ou des structures professionnelles qui accueillent des concerts.»

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Gilles Mauron

Rédacteur

Photo:
Patrick Gilliéron Lopreno
Publication:
lundi 08.12.2014, 15:30 heure



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