Direction le col du Gothard. A la montée, le camion électrique puise sur ses réserves, à la descente le freinage recharge les batteries.

E-Force: le camion électrique

Coop a mis en service un des deux premiers camions électriques de Suisse. Particularité: en freinant, ce véhicule produit du courant. Ce qui rend sa consommation quasiment indépendante de la topographie.

Les premiers essais ont  surpris les constructeurs et les promoteurs de ce nouveau camion électrique. Car le véhicule de 18 tonnes a parcouru sans problème les 120 kilomètres séparant Fehraltorf (ZH) du col du Gothard, qui culmine à 2100 mètres d’altitude. Et cela à pleine charge! Si les batteries étaient à plat à l’arrivée en haut du col, elles étaient déjà à moitié rechargées à Erstfeld (UR) grâce à la production du moteur électrique à la descente. «Cela a suffi pour pouvoir retourner à Fehraltorf», indique le designer industriel Tobias Wülser. Celui-ci a conçu ce camion en collaboration avec l’ingénieur Frank Loacker. Mais reprenons les faits dans l’ordre.

L’histoire de l’E-Force commence en 2009 quand Roger Miauton, directeur de l’entreprise Lithium Storage GmbH, fournisseur de batteries, a l’idée de construire un camion électrique. Il réussit à convaincre Hansjörg Cueni, entrepreneur en Suisse centrale, d’investir dans le projet. En 2012, Tobias Wülser et Frank Loacker sont embarqués à leur tour. L’entreprise E-Force One AG est née et le coup d’envoi donné au projet de camions électriques auquel ont été associés Iveco, une entreprise fabriquant des châssis, et Brusa en tant que partenaire technologique (moteurs électriques).

Tobias Wülser et Frank Loacker ont de l’expérience dans le domaine des véhicules à propulsion électrique. En 2011, ils ont gagné la course «Zéro émission», qui consiste à faire le tour du monde en 80 jours. Pour parcourir ces 36 000 kilomètres, leur véhicule à deux roues «Zerotracer» n’a consommé que l’équivalent d’environ 400 francs de courant électrique. A leur retour, les deux jeunes entrepreneurs ont réfléchi à d’autres applications possibles de la propulsion électrique. Et ils ont vite trouvé: «Nous avons voulu améliorer la consommation des véhicules gourmands en énergie, c’est-à-dire les camions», explique Tobias Wülser.

«

Nous voulions améliorer les véhicules gourmands en énergie, donc les camions»

Tobias Wülser, directeur d’E-Force One AG

Tobias Wülser.

Tobias Wülser.
Tobias Wülser.

Les camions électriques réunissent plusieurs avantages, l’un des principaux étant le système de récupération de l’énergie au freinage. «Que le camion passe un col ou circule en plaine, cela ne joue pratiquement aucun rôle, se réjouit l’ingénieur Frank Loacker. C’est comme s’il aplanissait le relief en consommant à peu près la même quantité d’énergie aux cent kilomètres.» A savoir l’équivalent d’environ huit litres de diesel.

Un camion conventionnel consomme presque quatre fois plus, soit une trentaine de litres de diesel. Et comme l’électricité est meilleur marché que le diesel, la différence en francs est encore plus marquée: l’E-Force consomme pour 8 francs de courant électrique aux 100 km, contre 50 francs de diesel pour le camion conventionnel. Cela n’enlève rien à la puissance que développe le camion électrique. Dans une comparaison directe d’accélération, l’E-Force a devancé largement un camion diesel moderne. Une consommation d’énergie minime pour pratiquement la même charge utile, du courant électrique pour carburant, de faibles frais d’entretien, pas de redevance poids lourds: ce sont là des arguments qui ont su convaincre Coop. En effet, Coop et la brasserie Feldschlösschen possèdent les deux premiers camions électriques d’E-Force One. «Nous utilisons le nôtre principalement pour approvisionner nos filiales à Zurich», souligne Stefan Bienz, responsable adjoint de la disposition pour la région Suisse centrale-Zurich chez Coop. Il a pu tester le nouveau véhicule et a été subjugué dès le départ.

«

Que le camion passe un col ou circule en plaine, cela ne joue pratiquement aucun rôle»

Frank Loacker, ingénieur chez E-Force One AG

Frank Loacker.

Frank Loacker.
Frank Loacker.

«Au début, les paris allaient bon train: on se demandait si nous arriverions à faire démarrer ce camion», se souvient Tobias Wülser. Pourtant, trois mois plus tard, nous roulions.» L’E-Force est prêt pour la fabrication en série. «Nous prévoyons de transformer jusqu’à quatre camions par mois», annonce Tobias Wülser. Un camion électrique (montage compris) coûtant près du double d’un camion diesel, sera-t-il facile de les écouler? Cette question ne semble pas inquiéter les intéressés: les frais élevés d’acquisition sont amortis par les faibles coûts en carburant, l’absence de redevance poids lourds liée aux prestations (RPLP) et les modestes frais d’entretien.

Le camion électrique devient plus avantageux à partir de 40 000 kilomètres par an. Après avoir été chargées et s’être déchargées 2000 fois, les deux batteries – qui peuvent emmagasiner chacune 120 KWh de courant – disposent encore de 80% de leur capacité initiale. «Ce qui représente plus de 500 000 kilomètres», conclut Tobias Wülser, confiant.

E-Force: en route vers la neutralité carbone

Coop utilise un poids lourd à moteur électrique. Josef Zettel, responsable de la logistique pour la région Suisse centrale-Zurich, explique pourquoi.

Josef Zettel, chef de la logistique pour la région Suisse centrale-Zurich.

Josef Zettel, chef de la logistique pour la région Suisse centrale-Zurich.
Josef Zettel, chef de la logistique pour la région Suisse centrale-Zurich.

Coopération. Pourquoi Coop utilise-t-elle un camion électrique?
Josef Zettel.
La réduction des émissions de CO2 lors du transport de marchandises est un élément important pour atteindre l’objectif que s’est fixé Coop: la neutralité carbone d’ici 2023. Le camion électrique permet à Coop de réduire ses émissions de CO2 de quelques tonnes supplémentaires. Le camion diminue aussi les émissions sonores lors des livraisons de marchandises aux points de vente Coop.

Comment ce véhicule est-il utilisé?
Il est utilisé pour l’approvisionnement quotidien normal des filiales Coop de la ville de Zurich à partir de la centrale de distribution Coop de Dietikon. Il fait jusqu’à six fois par jour le trajet aller-retour de Dietikon à Zurich, soit environ 240 kilomètres.

Avec quel type de courant le camion électrique est-il propulsé?
Le camion roule à la fois avec du courant hydraulique et du courant solaire. Depuis 2010 déjà, Coop couvre la totalité de ses besoins en électricité par la force hydraulique. Le toit du camion est équipé d’une installation photovoltaïque. Ainsi, même pendant le trajet, du courant électrique est produit grâce à l’énergie solaire. Et le camion en
bénéficie.

Quelle quantité d’électricité peut-on produire ainsi?
Ce courant ne suffit évidemment pas à faire avancer le camion électrique. Mais sur l’année, la production de courant correspond à dix chargements complets des batteries du véhicule. Ce qui représente quelque quatre-vingts trajets aller-retour entre Dietikon et Zurich.

Coop va-t-elle progressivement remplacer sa flotte actuelle par des camions électriques?
Les projets pilotes menés par Coop s’inscrivent dans une stratégie claire: s’ils font leurs preuves, Coop les développe. Par conséquent, si le camion électrique satisfait à nos attentes, nous en acquerrons d’autres.

Réduction du CO2: Coop s’engage, suivez-nous!

Coop s’engage en faveur du climat et veut atteindre la neutralité carbone d’ici fin 2023. Concrètement, cela signifie que d’ici 2023, Coop réduira ses émissions de CO2 en diminuant sa consomma-tion d’énergie et en recourant aux énergies renouvelables – à hauteur de 50% de plus qu’en 2008 – le reste des émissions étant compensé. Pour son engagement, Coop a reçu le prix EHI 2012 décerné par le EHI Retail Institute, un ­institut allemand de ­recherche et de formation en commerce de détail. Contribuez vous aussi à protéger le climat sur:

www.coop.ch/deve­loppementdurable
www.les-petits-trucs.ch

Thomas Compagno

Rédacteur

Photo:
Christian Lanz
Publication:
mardi 16.07.2013, 09:13 heure