Tabea Schneider (21 ans) est en deuxième année d’apprentissage pour devenir matelot. Plus tard, elle veut être capitaine en haute mer.

Eau boulot

Professions liées à l'eau Savez-vous qu'un fontainier amène l’eau potable à votre robinet? Et que deux «matelotes» suisses se forment au port de Bâle? Découvrez à contre-courant sept surprenants métiers d’eau, entre Bâle et le col du Sanetsch.

Considérée comme un château d’eau au cœur de l’Europe, la Suisse est naturellement riche de l’or bleu qui coule dans ses veines. Si ce trésor se traduit aujourd’hui par eau potable, énergie hydraulique ou sport nautique, c’est que des hommes et des femmes veillent sur l’eau.
Nous allons vous présenter sept de ces métiers, répartis le long d’un itinéraire  dont le départ est le port de Bâle et l'arrivée le col valaisan du Sanetsch. Remontons donc un des principaux fleuves d’Europe, le Rhin, en direction de son principal affluent, l’Aar. Aar que nous suivons à travers Olten, puis le lac de Bienne. Nous bifurquons lorsque son propre affluent, la Sarine, nous invite à rejoindre la Suisse romande. En remontant cette rivière frontière vers Fribourg, nous rejoignons ensuite le Pays-d’Enhaut vaudois avant de nous hisser jusqu’à sa source au col saviésan du Sanetsch, où nous attend le glacier de Tsanfleuron.
Tabea Schneider, jeune fille de 21 ans, a toujours rêvé de devenir matelot. Elle a donc, avec sa collègue Flavia Zimmerman, débuté une formation au port de Bâle.
Un apprentissage qui les emmène fréquemment trois semaines durant sur une péniche le long du Rhin, entre Bâle et Rotterdam, où téléphone et Internet ne passent pas tout le temps. À bord, la mousse doit nettoyer le pont, faire le service des moteurs, aider aux manœuvres d’amarrage ou encore décharger la cargaison.
Aujourd'hui Tabea travaille sur les bateaux touristiques d'une société de navigation bâloise et peut à nouveau dormir tous les soirs à la maison. Mais elle doit porter un uniforme: «C'est un autre métier, ici le contact avec les clients est très important.» Dans une année, elle aura terminé son apprentissage et prévoit déjà de s'en aller: «Je veux devenir capitaine en haute mer.»

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Flavia Zimmerman est en deuxième et avant-dernière année de sa formation. Un apprentissage qui l’emmène fréquemment trois semaines durant sur une péniche le long du Rhin, entre Bâle et Rotterdam, où téléphone et Internet ne passent pas tout le temps: «Le monde me semble parfois éloigné.»
À bord, la mousse doit nettoyer le pont, faire le service des moteurs, aider aux manœuvres d’amarrage ou encore décharger la cargaison: «Il faut être costaud et ne pas avoir peur de se salir les mains." Sur son navire, Flavia ne s’ennuie pas: «L’eau est fascinante. Elle peut être calme et lisse comme démontée et tempétueuse suivant le temps ou la saison.» Une eau dont elle regrette la pollution. C’est selon elle le grand défi de notre relation avec l’eau.


  • C’est en voyageant avec son papa sur les bateaux à vapeur du lac des Quatre-Cantons que Flavia Zimmerman (26 ans) a trouvé sa vocation de marin.
  • À bord, la mousse doit nettoyer le pont, faire le service des moteurs, aider aux manœuvres ou encore décharger la cargaison.
 

Le revitaliseur de rivière
C’est sur un affluent de l’Aar, l’Aabach, près de Mosen (LU), que nous attend Richard Stadelmann, les pieds dans l’eau. Il œuvre pour que le lit de cette rivière, modifié par la main de l’homme, retrouve par endroits sa liberté. «Endigué, le courant est trop fort pour que faune et flore puissent bien se développer», explique l’homme de 44 ans.
Richard Stadelmann a suivi une formation grand public de Riverwatcher mise sur pied par le WWF. On lui y a donné les outils nécessaires pour analyser la santé d’une rivière et, là où cela fait sens, pour monter un projet afin de la revitaliser. Il faut alors chercher des partenaires, convaincre communes et cantons de prendre part à la revitalisation. Un programme fédéral les y incite, et de nouvelles vocations sont nées, comme des paysagistes qui se spécialisent dans le réaménagement des rivières.

  • Grâce aux cours mis sur pied par le WWF, Richard Stadelmann (44 ans) a appris à observer une rivière et à détecter son état de santé.
 

L'extracteur de calcaire de la centrale
«Sans eau, la centrale nucléaire de Gösgen-Däniken ne fonctionnerait pas.» Rolf Zysset, 62 ans, y travaille depuis quarante ans comme responsable des systèmes chimiques et d'élimination des déchets. Le réacteur produit une vapeur de 280 °C qui, actionnant une turbine, fournit «du jus». Cette vapeur doit ensuite être refroidie dans un circuit où sont injectés 32 000 litres d’eau par seconde. De cette rencontre brûlante, 800 l/s s’évaporent en un imposant panache de fumée.
Ce volume volatilisé va être remplacé par pareille quantité d’eau puisée directement dans l’Aar voisine. Le processus énergétique de la centrale peut ainsi recommencer. Mais avant cela, il faut retirer le calcaire de l’eau puisée afin d’éviter que les circuits de la centrale ne «s’entartrent». Chaque jour Rolf Zysset en extrait trente tonnes! La moitié est employée comme engrais par les paysans, l’autre moitié par les cimenteries., la piscine de Bellinzone, au Tessin: «Je suis certain que même ceux qui étaient sceptiques au début sont aujourd’hui intimement convaincus de l’utilité des travaux», affirmait le 1er août 1970, lors de l’inauguration, le maire Athos Gallino. À vrai dire, des sceptiques, il y en a encore aujourd’hui. Les premiers signes de vieillissement se manifestent et les travaux pour la construction du nouveau restaurant ne sont pas achevés.

  • «Sans eau, la centrale nucléaire de Gösgen-Däniken près d’Olten ne produirait pas d’électricité», lance le laborantin chimiste Rolf Zysset (62 ans). Les milliers de litres d’eau utilisés sont puisés directement dans l’Aar voisine. Quatre des cinq réacteurs nucléaires de Suisse se situent à proximité de L’Aar. Le dernier se trouve quelques kilomètres en amont, le long du Rhin.
  • Avant de mettre l’eau de l’Aar dans le circuit de refroidissement de l’usine.
  • La fumée qui s’élève au-dessus des cheminées des centrales nucléaires est de la vapeur d’eau.
 

Le policier du lac de Bienne
À 40 ans, Mike Jungi est un homme heureux. Après sa formation de policier, il a pu se spécialiser au poste de police du lac de Bienne à Douanne, et ainsi rester proche de sa passion: la plongée. Il faut environ trois ans pour qu’un «bleu» apprenne toutes les spécialités liées au lac. Mais attention, son métier n’est pas de tout repos. Les tâches sont très diverses: contrôles sur le lac (vitesse, alcool…), mise en place d’un barrage de 800 mètres pour stopper les bois charriés par l’Aar, sauvetage de bateaux en difficulté, d’animaux blessés par des hameçons… Parfois lui et ses cinq collègues doivent aller prêter main-forte à des polices sur d’autres lacs, ou lors de manifestations sportives à Bienne ou Berne.
Et la plongée dans tout cela? «Nous repêchons toutes sortes d’objets: voitures, vélos, parfois des corps, aussi des «trésors…» Des coffres de galion? «Bien sûr que non! Nous retrouvons de temps en temps sous certains ponts des coffres que les cambrioleurs, après les avoir dévalisés, jettent au lac.»

  • Après une formation de base dans la police, Mike Jungi (40 ans) a pu se spécialiser dans la police du lac de Bienne. Il faut trois ans à un «bleu» pour faire le tour des différentes spécialités liées à l’environnement du lac.
  • Arrivée sur les lieux où un accident avait été signalé, de l’autre côté du lac, en face de Douanne.
  • Un bateau, pris dans la tempête de la veille, a coulé.
  • Les collègues sont déjà sur place.
  • Le plongeur de la police, aidé par une sauveteuse, veut remettre le bateau droit à l’aide de coussins gonflables. Dans cette position, de l’essence peut couler et polluer le lac.
  • Les badauds n’en ratent pas une goutte.
  • Mission accomplie pour Mike Jungi et son équipe.
  • Retour sur le lac où le soleil tape fort. «C’est aussi pénible que de rester sur une autoroute en plein soleil et sans ombre.»
  • Nouvelle alerte pour le policier. On lui signale un nouveau bateau avec des infiltrations d’eau.
  • Mike Jungi procède à une vérification.
  • Bilan: il faut sortir au plus vite le bateau de l’eau. Le propriétaire appelle son garagiste.
 

Le pilote de barrage
C’est dans une véritable tour de contrôle que travaille Jean-Marc Bourqui à Granges-Paccot (FR). Face aux écrans, il pilote les groupes de production d’énergie des barrages du canton de Fribourg. «Avec nos cinq barrages en cascade sur la Sarine, nous produisons plus de 20% de l’énergie nécessaire dans le canton. La majorité de ce qui manque doit être achetée.» Selon différentes données, on calcule au quart d’heure près la quantité d’électricité dont les Fribourgeois auront besoin. Suivant l’eau disponible dans les barrages, l’ingénieur de 53 ans annonce l’énergie qu’il pourra produire. Si la prévision de consommation est trop haute, l’énergie des barrages sera bradée à bas prix sur le marché. Dans le cas contraire, il faudra en acheter au prix fort.
Et puis les barrages doivent pouvoir contenir la fonte des neiges et les précipitations des orages qui peuvent rapidement augmenter le niveau d’eau. Le pilote doit alors veiller à avoir de la place dans ses lacs d’accumulation.

  • Jean-Marc Bourqui (53 ans) devant les écrans du centre de conduite de Granges-Paccot (FR). Il pilote les groupes de production d'énergie des barrages du canton de Fribourg.
  • Sur le grand écran de gauche on voit la «cascade de la Sarine», ces cinq petits bassins reliés les uns aux autres. «Depuis ici, nous pouvons libérer l’eau dans les turbines.» Un tiers de l’énergie fribourgeoise est produite ainsi.
 

Le maître de l’eau potable
«On ne se rend pas compte de tout ce qu’il faut pour que l’eau sorte d’un robinet», lance Denis Turrian, le fontainier de 40 ans de Château-d’Œx (VD). Pour ce village de 3400 âmes, c’est un réseau de 60 km de conduites qui achemine dans chaque foyer l’eau potable depuis six sources situées dans le vallon d’en face.
Aucune pompe n’est nécessaire, tout se fait par gravitation: l’eau part du haut du vallon, plonge vers la rivière puis remonte jusqu’aux quatre réservoirs placés au-dessus de la petite station. De là, la pression est suffisante pour qu’elle soit distribuée partout, ainsi qu’aux 200 bornes hydrantes des pompiers.
Toutes ces installations doivent être régulièrement contrôlées, parfois réparées à n’importe quelle heure du jour et de la nuit: «Certaines conduites datent de 1900 et cèdent. Cela arrive une quinzaine de fois par année.»
Le chimiste cantonal contrôle plusieurs fois par an la qualité de l’eau: «Nous avons de la chance, nous n’avons pas besoin de traiter notre eau comme c’est le cas à Lausanne.» Là-bas, plus de 130 collaborateurs travaillent toute l’année sur le réseau d'eau.


  • Denis Turrian, le fontainier de Château-d’Œx (VD), se rend dans le vallon face au village, là où les sources sont collectées. «C’est un endroit très pluvieux et sauvage. En hiver je vais faire mes contrôles à peau de phoque», explique-t-il avec passion.
  • Quatre des six sources qui alimentent Château-d’Œx. «Nous avons de l’eau à profusion.»
  • De l’eau si pure qu’on peut la boire directement sans traitement. Denis plonge un verre dans une des sources.
  • Et il goûte le précieux liquide.
  • Un système informatique permet de contrôler le débit des sources, la hauteur de l’eau dans ce premier réservoir et d’envoyer une alarme en cas de problème.
  • Sur le pare-brise du fontainier, un numéro de borne hydrante utilisée par le pompier.
  • Effectivement il pleut beaucoup dans le petit vallon.
  • Denis Turrian nous emmène dans un des réservoirs situé face au vallon. L’eau y monte par la seule force de gravitation. Placée au-dessus de Château-d’Œx, l’eau redescend ensuite vers les robinets des foyers de la station.
  • Ici aussi l’informatique aide le fontainier à contrôler les niveaux de ses réservoirs.
  • Les vérifications terminées, Denis Turrian peut redescendre à Château-d’Œx. En face sous un nuage, on voit le petit vallon où se trouvent les sources.
 

L’observateur du glacier
Chaque automne, François Fellay grimpe au col du Sanetsch (VS) pour mesurer au moyen d’un GPS le glacier de Tsanfleuron. Les données sont envoyées à l’institut de glaciologie de l’EPFZ qui les compare à celles des années précédentes. «Au cours des quinze dernières années, le glacier a reculé en moyenne de 30 mètres par année.» En raison de son recul, le glacier ne déverse plus depuis longtemps ses eaux glaciaires dans la Sarine que nous venons de remonter. «D’ici 2100, 90% du volume de glace auront disparu.» Ces fontes provoquent des modifications à de nombreux niveaux: alimentation des cours d’eau, eaux souterraines, eau potable, eau d’irrigation, même l’énergie produite par certaines des centrales hydroélectriques sera touchée. «Voir ces glaciers reculer provoque une certaine tristesse en moi. J’espère que les gens seront sensibles à la disparition de ces géants.»

  • François Fellay (37 ans) constate le recul du glacier de Tsanfleuron (VS). «Au cours des quinze dernières années, le glacier a reculé en moyenne de 30 mètres par année.»
  • Chaque automne, il prend des mesures avec un GPS pour les comparer aux données des années précédentes.
  • Sur le site de l’institut de glaciologie de l’EPFZ, on peut consulter les mesures et l’état de tous les glaciers de Suisse.
 

Gagnez 3 x 2 cartes journalières pour une croisière sur les lacs de Morat, Neuchâtel et Bienne avec La Navigation!

Participer au concours

Quiz sur l'eau

 
01
sur
 

 

  • La réponse du quiz n°26 sur les métiers de l'eau est: SEC.
  • Source du quiz online: Elisabeth Alli, «La Suisse dans un livre – lacs et rivières», Éd. sbook.ch

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Gilles Mauron

Rédacteur

Texte réalisé avec la collaboration de Julia Konstantinidis.

Photo:
Lucian Hunziker, Nicolas Brodard, Thomas Andermetten
Publication:
lundi 22.06.2015, 16:30 heure



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