Hélène (8 ans) en 3e primaire, a beaucoup de plaisir à apprendre à écrire et envoie volontiers des lettres.

Écrire à la main, à quoi ça sert aujourd’hui?

Bienfaits L’écriture manuscrite est de moins en moins plébiscitée par les nouvelles générations. Pourtant, ses fonctions neurologiques, motrices et sociales la rendent indispensable.

L’écriture manuscrite est-elle bonne à être jetée aux orties? À en croire l’écho de la rue, elle devient l’exception. «J’écris encore mes cartes de vœux à la main.» «Si je dois vite écrire quelque chose, je prends plutôt mon smartphone.» «La dernière carte que j’ai reçue? Je ne m’en souviens plus.» Ou encore: «Il n’y a guère plus que ma déclaration d’impôts que je remplis au crayon.»

La Finlande et quelques États d’Amérique l’ont purement supprimée du programme scolaire. D’autres pays y songent. À l’heure du tout digital, à quoi sert-elle encore? «Une lettre écrite à la main, une invitation signée personnellement sont des exemples où l’écriture manuscrite fait une grande différence, estime Carole Hubscher, présidente de Caran d’Ache, à Genève. Le fait que quelqu’un a pris le temps d’écrire souligne l’importance accordée au destinataire.»

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Pourrait-on résumer ainsi: l’ordinateur pour les communications professionnelles ou qui exigent une réponse immédiate, l’écriture manuscrite pour le privé? Oui, selon Cécile von Mutzenbecher, experte en matière de style et de bonnes manières, à Bâle: «Un SMS de condoléances est inacceptable. Les annonces importantes doivent être rédigées à la main, carte d’anniversaire, félicitations pour un mariage…»

Le cerveau à la base du geste  

Il ne faudrait pas pour autant sous-estimer le pouvoir du stylo, qui va bien au-delà des liens qu’il peut créer. «L’écriture demande un geste que l’on peut varier, en taille, en pression ou en sensibilité. Le cerveau planifie la formation des lettres. Ensuite peu importe que l’on écrive sur du papier avec un mouvement du poignet, ou sur un tableau noir avec un geste de l’épaule ou même avec un orteil dans le sable, exlique Jürg Kesselring, neurologue à l’hôpital de Valens (SG). Plus on rédige, plus l’écriture s’embellit, on le remarque chez les petites filles, qui ont souvent une plus belle plume car elles s’entraînent davantage.»
Pourtant, les enfants d’aujourd’hui rechignent de plus en plus à empoigner le stylo. «Ils développent des problèmes de motricité fine car ils se dispersent dans de nombreuses activités extrascolaires ou jouent à l’ordinateur», observe Marlyse Sanglard, maîtresse d’école fraîchement retraitée, de Courtételle (JU). «On le constate aussi dans les travaux manuels ou les dessins, moins précis qu’autrefois. Il faut compter environ deux ans pour apprendre à écrire», souligne-t-elle. Il faut dire aussi, à leur décharge, que le programme scolaire y consacre moins de temps, et que les fameuses notes d’écriture qui faisaient baisser la moyenne ont disparu. Résultat: «Des enfants utilisent pêle-mêle majuscules et minuscules, lié, détaché, il y a un manque de rigueur», regrette l’enseignante.

Les post-it permettent de noter en vitesse… à la main!

Bénéfices en tout genre  

Plus tard, à l’université, les ordinateurs remplacent la prise de notes manuscrites. Pourtant, une étude de l’Université de Princeton (USA) montre que les étudiants qui prennent des notes au stylo synthétisent mieux les informations. «Quand on tape sur un clavier, le cerveau est moins sollicité. Il y a une connexion magique entre le cerveau et la main», souligne Carole Hubscher. «L’écriture manuscrite favorise le développement de l’hémisphère gauche de l’encéphale, avec un bénéfice indiscutable sur le langage, complète Maria Anna Zaramella, graphologue et éducatrice de l’écriture, à Balerna (TI). Elle stimule la concentration, l’autocontrôle moteur et émotif, ainsi que la patience.» Les émotions s’expriment également plus facilement à travers l’encre. Souvenez-vous des lettres d’amour!

«

L’écriture évolue avec les changements une vie durant»

Maria Anna Zaramella, graphologue

Personnalité lisible  

«Un profil graphologique bien effectué couvre 60% de la personnalité, indique Maria Anna Zaramella. Nous avons 86 signes qui permettent de l’analyser. Nous détaillons le type de caractère (intro/extraverti, ouvert/fermé d’esprit, tendu/calme…) et le type d’intelligence (créative, rationnelle, synthétique ou analytique).» Vers 10-12 ans, l’écriture se personnalise, subit encore quelques soubresauts pendant l’adolescence et finit par se stabiliser. Des circonstances familiales, un traumatisme, une maladie ou une dépression peuvent la modifier. «L’écriture enregistre en somme les changements qui peuvent intervenir dans une vie.»
Nos experts définissent unanimement l’écriture comme une expression de la personnalité. «Qu’on la trouve belle ou illisible, ce n’est qu’une question esthétique», rappelle le neurologue. «Il ne faut pas se priver d’envoyer des cartes même si on écrit mal, l’important, c’est qu’elles soient soignées», estime de son côté Cécile von Mutzenbecher.

Renate Marxer, du Liechtenstein, tient un journal intime depuis l’âge de 16 ans.

Plaidoyer pour l’écriture

Il faudrait donc ne jamais cesser d’utiliser la plume, une vie durant, que ce soit pour conserver sa motricité fine, une bonne mémoire, pour rester au contact de ses émotions et entretenir les amitiés. «Il est important de ne pas avoir peur d’écrire», dit Jürg Kesselring. «Quand je vois la manière dont les enfants, aujourd’hui, dessinent et écrivent, cela prouve que le crayon restera un outil important pour s’exprimer, et contribue au développement de l’être humain et de sa créativité», sourit Carole Hubscher, dont l’entreprise fête ses 100 ans cette année. Un gage de l’attachement au papier.

Collaboration Noëmi Kern et Raffaela Brignoni

800 000 illettrés en Suisse

Le 8 septembre est consacré Journée internationale de l’alphabétisation. Dans le monde, selon les chiffres de l’Unesco, on compte 781 millions d’analphabètes et 875 millions d’illettrés. En Suisse aussi, malgré un système scolaire performant, on estime le nombre d’illettrés autour de 800 000 – dont 325 000 Suisses – et l’on estime qu’un adulte sur six ne maîtrise pas suffisamment la lecture et l’écriture.
L’illettré, à la différence de l’analphabète, maîtrise l’alphabet, mais peine à lire et à écrire. Il n’est pas capable de comprendre un article de presse, de lire les panneaux routiers, de consulter un dictionnaire ou l’horaire des transports publics. L’association «Lire et écrire» offre des cours de français aux personnes de langue maternelle française qui ont des difficultés de compréhension et de rédaction de textes.
Programme de l’association «Lire et écrire» à l’occasion de la Journée internationale de l’alphabétisation sur: www.lire-et-ecrire.ch

Les cartes postales résisteront-elles?

Nombre de cartes postales envoyées en Suisse (en millions)

Peu de cartes sont envoyées avant la Deuxième Guerre mondiale. Leur volume augmente avec l’arrivée des trente glorieuses et du tourisme de masse, avant de diminuer progressivement, avec quelques sursauts.

Écrire à la main avec un robot

Apprentissage À l’EPFL, un robot demande aux enfants de lui montrer comment former les lettres.

«On passe deux ans à apprendre à écrire, à développer sa motricité fine. C’est un geste très subtil», explique Pierre Dillenbourg, professeur en technologies éducatives à l’EPFL depuis douze ans. Ancien enseignant passé du côté de la recherche, il souhaite aider les enfants qui rencontrent des difficultés dans l’apprentissage de l’écriture, en développant le programme Cowriter.

«Il faut leur donner quelque chose de motivant. Ils apprennent au robot à écrire, et sont ainsi valorisés. Le robot doit passer un test et ils sont son coach: on leur donne une responsabilité.»
L’enfant écrit en attaché un mot sur une tablette. Le robot essaie de reproduire, mais forme des lettres fantaisistes. L’écolier doit alors corriger la machine jusqu’à ce que les lettres soient précisément esquissées. Selon le niveau et la patience du petit, le programme comprend plus ou moins vite.
Aujourd’hui, c’est Zahman Omari-Walzer (7 ans) qui teste les capacités du robot. L’écriture attachée n’est pas vraiment son fort, mais les yeux clignotants de la machine et sa voix l’encouragent. Mimi, le prénom du robot, avec ses deux m et ses deux i, s’avère difficile à relier pour l’enfant. Mimi lui demande de l’aider, car ses m sont visiblement surdimensionnés. Avec son propre prénom, il a plus de chance, le robot comprend tout de suite son écriture.
«Nous n’en sommes encore qu’à la moitié du chemin, mais nos deux prototypes sont déjà en phase de test, dans les classes et auprès d’enfants qui ont des difficultés à écrire, et les échos sont positifs», se réjouit Pierre Dillenbourg, qui doit freiner l’engouement jusqu’à l’aboutissement du projet. «Un père m’a fait une proposition d’achat. Un autre enfant a écrit une carte postale au robot.»
L’équipe de chercheurs travaille encore sur la variation d’activités possibles, sur la détection des visages et sur l’autonomie du robot, auquel il faut encore donner des ordres. D’ici une année, la version définitive pourrait être acquise par les classes ou les spécialistes tels les logopédistes.

Le robot Mimi encourage Zahman pour qu’il lui apprenne à écrire correctement en attaché.

Bertrand Piccard tient un carnet de bord de l’aventure Solar Impulse. «Je n’utilise l’ordinateur que pour consigner des faits. Dès qu’il s’agit de faire passer une impression, je dois écrire à la main. L’émotion passe ainsi physiquement du cœur au papier à travers la main. C’est pour ça que mes livres et même mon carnet de bord dans Solar Impulse sont manuscrits. Et personne ne peut insinuer que je ne les ai pas écrits moi-même!»

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Mélanie Haab

Rédactrice

Photo:
Heiner H. Schmitt, Charly Rappo, Christoph Kaminski, Keystone
Publication:
lundi 07.09.2015, 15:00 heure



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