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Mylène Thalmann est la seule garde-chasse romande. Ici, aux alentours du col des Rangiers (JU) avec Floyd, son fidèle American staffordshire terrier.









Elle met les chasseurs en garde

Chasse En Ajoie officie la seule garde-chasse de Suisse, Mylène Thalmann. Dans les forêts jurassiennes, les chasseurs respectent la dame et content leur passion.

Une femme dans un monde d’hommes. En ce mercredi de septembre, la chasse au chamois débute en Ajoie, à environ 15 km de Delémont (JU). Mylène Thalmann fait sa tournée, accompagnée de Floyd, son fidèle compagnon canin devenu son collègue de travail. Au détour d’une prairie, elle croise le chasseur Rémy Stadelmann, à l’affût d’un chamois mâle, dont il épie les habitudes géographiques depuis presque un mois. On chuchote. Le silence est d’or, mais le gibier ne montrera pas le bout de sa truffe ce matin.

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Depuis son entrée en fonction en octobre 2013, la garde-faune a tissé des relations amicales avec les adeptes ajoulots de la Diane. «Malgré le fait qu’on fasse la police, on se connaît, on se tutoie.» Son métier s’étend bien au-delà de la surveillance de la chasse et de la pêche sur le terrain. «On s’occupe aussi du gibier accidenté sur les routes. Lorsque des travaux vont être réalisés au bord des rivières, on va faire des pêches électriques pour endormir les poissons avant de les déplacer. On régule les espèces nuisibles comme le renard, le blaireau et les corneilles. On va faire des tirs la nuit avec les gardes-faunes auxiliaires. On recense les populations d’animaux au printemps.» Les dégâts dans les cultures causés par les sangliers et les blaireaux sont aussi de son ressort. «On travaille beaucoup chez les agriculteurs, dès qu’ils ont des problèmes avec des bêtes sauvages. Bref, on s’occupe de tout ce qui touche à la faune sauvage.»

Chien de rouge: Floyd piste les traces de sang d’un gibier blessé.

Évidemment, Mylène Thalmann lutte aussi contre le braconnage, bien qu’il ne soit plus monnaie courante. Est-ce un avantage d’être une femme? «Pour certaines choses. Cela dépend des personnes. Mais ceux qui pensent pouvoir profiter en se disant que c’est une fille et qu’elle ne va rien dire, sont mal tombés!» Celle qui a été gendarme à la police cantonale pendant quatre ans a décroché cette place alors qu’elle était en concurrence avec une vingtaine d’hommes. Aujourd’hui, c’est une nouvelle aventure qui a débuté pour la jeune femme de 33 ans: elle planche sur son brevet fédéral de garde-chasse avant de s’atteler à celui de garde-pêche.

La chasse, une histoire de famille

Après ces impressions forestières, le café est partagé à la ferme Grandgiéron de Rémy Stadelmann (49 ans) en compagnie de son père Joseph (84 ans), de son fils Jérémy (19 ans) et de Mylène. Dans cette famille d’agriculteurs, la chasse s’est transmise de génération en génération. «Ça coule dans mes veines, lance Rémy, patenté depuis 1989. Quand j’étais gamin, on suivait mon père et mon grand-père à la chasse.» Et Joseph de se rappeler qu’il allait vendre les fourrures de renards à Thoune avec son père dans les années 1950-1960 et qu’ils pouvaient ainsi payer leur permis de chasse.

Chasseurs de père en fils: Rémy, Joseph et Jérémy Stadelmann.

Quant à Jérémy, il terminera sa formation au printemps. Il incarne la cinquième génération de chasseurs de la famille. «Aujourd’hui, le chasseur joue un rôle de régulateur de la nature», rappelle Rémy. Les cheptels de gibier ont en effet connu une forte augmentation ces dernières décennies. Alors que dans le Jura, on chassait principalement le lièvre et le renard il y a cinquante ans, les ongulés ont repeuplé les forêts. Les populations de chamois, de chevreuils et de sangliers restent les mêmes année après année avec une chasse de gestion. «J’ai été estimateur pour les dégâts de sangliers de 2008 à 2014, explique Rémy. Ils retournent les cultures ou les prairies pour se nourrir (vers, semis, racines, maïs).» Réguler une population qui augmente chaque année de 100 à 150%, voire de 200% dans les années fastes, n’est donc plus une question morale, mais bien un besoin pour préserver l’agriculture. Peu de gens peuvent d’ailleurs se targuer de connaître aussi bien la faune sauvage et les cycles de la nature que les chasseurs. La meneuse de la harde de sangliers ne sera, par exemple, pas tirée, car c’est elle qui éduque et signale où et quand il faut manger. Tout comme la femelle du chamois accompagnée de son chevreau. «On ne s’occupe pas seulement du gibier à l’action de chasse, mais on s’en occupe tout le temps», renchérit Rémy.

«

Ce qui me plaît? Être dans la nature et le contact avec les gens!»

Mylène Thalmann, 33 ans, garde-faune

Convivialité, harmonie avec la nature

De retour en forêt au lieu dit de Rière la Garde, les chasseurs s’attablent pour partager des filets de sandre frits. La garde-faune converse avec eux. «Elle se fait respecter et c’est normal», lance Eric Gerber, le cuisinier. Car, si Mylène Thalmann n’a pas le droit de chasser – métier oblige, elle doit par contre faire le permis de chasse. Pour elle, l’éthique de la chasse n’est pas un vain mot. Elle sait que c’est un sacerdoce pour la majorité des 120 chasseurs qu’elle contrôle en Ajoie.

À gauche de Mylène, le garde-faune auxiliaire Serge Stadelmann.

Avec Floyd, son American staffordshire terrier, Mylène a fait une formation de chien de rouge. «Je l’entraîne à rechercher le gibier accidenté sur la route ou blessé à la chasse et que l’on n’a pas retrouvé. On utilise les chiens pour pister les traces de sang.» Floyd ne tient plus en place; il sait qu’il va devoir chercher, renifler et il aime ça. La garde-faune lui pose le harnais avec la longe. Quelle profession multiple, madame! Avec la garde-faune genevoise, Mylène est la seule femme à avoir cette casquette, à la différence non négligeable que la chasse est interdite dans le canton lémanique.

Eric au fourneau: filets de sandre frits au menu.

À table, les discussions vont bon train. Etienne Dobler, président de la Fédération jurassienne des chasseurs, insiste sur l’action de chasse, c’est-à-dire la connaissance du terrain, des armes, du comportement du gibier et le travail du chien. «En octobre et novembre, on va à la chasse le lundi, le mercredi et le samedi et on peut tirer trois chevreuils. Les 30 à 40 autres que l’on croise, on les regarde. Les prélèvements sont toujours adaptés à la capacité d’accueil du territoire.» Et Rémy Stadelmann d’ajouter: «Je suis un type nature, toujours sur les quatre chemins en forêt, avec mes chiens. L’important, c’est toute la préparation, tout ce qui se passe avant de tirer le gibier.» Et si les lois et les règlements ne sont pas respectés, la garde-faune veille au grain. «Malgré le fait qu’on fasse un travail de police, nos relations sont amicales. Après, si on doit dénoncer quelqu’un, on le dénonce!» C’est pourquoi, les chasseurs écoutent la dame!

Fédération cantonale jurassienne des chasseurs (FCJC)

Ambiance conviviale sur la place de pique-nique de Rière la Garde.

La chasse en chiffres

Gibier tiré en suisse entre 2000 et 2014

Note: pour chasser les bouquetins, il faut une autorisation de la Confédération, car l’espèce est protégée par la loi fédérale. Source: statistique fédérale de la chasse

Statistiques fédérales de la chasse

Vous avez votre permis?

Formation La pratique de la chasse ne s’improvise pas. Et le précieux sésame demande bien des efforts.

La chasse est un art qui s’apprend. Le profane n’en a peut-être pas conscience, mais le chemin est long jusqu’à l’obtention du permis donnant le droit de chasser dans son canton. Et faire partie des 30 000 chasseurs suisses, dont 5% sont des femmes. Sans passion et amour de la nature, les candidats auront vite fait de jeter l’éponge. La formation dure deux ans dans tous les cantons romands, excepté à Neuchâtel (un an). Elle peut même s’étendre à trois ans à Zurich et Appenzell Rhodes-Intérieures.

Primo, les apprentis chasseurs acquièrent l’ouvrage de référence, Chasser en Suisse – Sur la voie du permis de chasse. Tout y est expliqué par les plus grands experts helvétiques en chasse, biologie animale, zoologie, éducation des chiens et hygiène alimentaire de la viande de gibier. «On a des cours théoriques le soir, explique la garde-faune Mylène Thalmann. On doit aussi faire des travaux pratiques d’entretien de l’habitat de la faune. Entre 100 et 200 heures sur les deux ans de formation. Cette année, nous avons eu des examens sur la législation, les chiens de chasse, la biologie de la faune et de la forêt. La 2e année, on se concentrera sur les armes et les munitions, les maladies de la faune et toutes les espèces d’oiseaux. On a aussi un cours sur l’éthique de la chasse.»

L’apprentissage du bon usage des armes n’est de loin pas négligé: formation au tir pour éviter de faire souffrir le gibier par des tirs manqués, règles de sécurité, etc. Entre autres choses, il faut aussi apprendre à éviscérer le gibier en forêt. Âmes sensibles s’abstenir! La formation se conclut par un examen d’aptitude cantonal des connaissances théoriques et pratiques. Et, enfin, le chasseur a le droit de chasser!

Détails sur le livre «Chasser en Suisse – Sur la voie du permis de chasse»
 
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Alain Wey

Rédacteur

Photo:
Nicolas de neve
Publication:
lundi 14.09.2015, 15:00 heure



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