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Jacques Wullschleger
écrit le 31.07.2018


Ellen Sprunger, ancienne athlète, heptathlon et 4x100m notamment

Ellen Sprunger: "J'ai quitté ma zone de confort". Dans ce jardin, avec vue sur le lac, le moment y est paisible rarissime dans cette société qui s'affole. On le goûte, on l'apprécie. Ellen Sprunger qui a encore 31 ans, rayonne et sa personnalité rassure. On se souvient d'un 4x100m couru lors d'une édition d'Athletissima où, comme 3e relayeuse, elle avait fondu sur tout le monde, auteure d'un virage de feu resté dans les mémoires. Quelques secondes plus tard, un temps canon s'était fixé sur le tableau électronique installé juste après l'arrivée.

Un souvenir parmi tant d'autres, lumineux, extrait d'un parcours riche et généreux signé Ellen Sprunger. Athlète de très haut niveau, elle a cultivé dans la foulée trois mots composants un ensemble de règles, de notions fondamentales pour réussir : exigence, discipline et rigueur, qui sont aussi des besoins pour une attente. Ces 3 expressions représentent non seulement une école de vie mais aussi un mode de vie intellectuel et moral. À tout ça, elle a aussi ajouté deux autres ingrédients, qui sont l'audace et des envies.
- Votre dernière course, nationale, vous l'avez effectuée à Zurich le 24 août 2017. Vous en rappelez-vous?
- Oui, c'était un 200m. A l'arrivée, je me suis dit: quelle course de m...tu as fait. J'en pouvais plus, je ne me souviens même pas du chrono. Bon, c'était un moment très spécial. Il y avait ma famille, des amis, des proches, c'était hyper touchant. Il y avait beaucoup d'émotion, une agitation intérieure saine.
- Votre aviez annoncé votre retrait de la compétition en 2016, de manière anticipée. Néanmoins, on imagine que cela n'a pas dû être simple de raccrocher, de vivre ce moment.
- C'est vrai, mais cela s'est assez bien passé dans la mesure ou ça a été mon choix. J'ai rapidement passé à autre chose et il y avait à faire. Je n'ai donc pas ressenti un manque.

Une hantise

- Qu'est-ce qui vous a surtout intéressé dans votre sport?
- La compétition et les résultats. Ma hantise, c'était de ne pas aller au bout de mon potentiel.
- Vous étiez une gagneuse, une compétitrice. Pourtant un jour vous avez déclaré que je ne fais pas de l'athlétisme pour battre les autres. N'est-ce pas paradoxal?
- Je me battais contre moi, contre mes records, plus que contre mes adversaires. Je n'aime pas perdre. J'ai toujours tout entrepris pour améliorer ce que je faisais, courir plus vite, lancer plus loin, sauter plus haut. Aux entraînements le coach me lançait un défi et je faisais tout pour le réaliser. J'avais besoin de ça. Comme des émotions et il y en a eues. Le sport est fédérateur, on va au bout de soi-même.
- On dit souvent qu'on apprend d'un échec...
- ...c'est bateau. Il faut apprendre à aimer ce qu'on aime. Voilà.

Un 100'000

- En 2015, vous avez subi deux opérations: au coude et à un tendon d'Achille. Et vous êtes revenue à la compétition, magnifiquement.
- Ça a été le service des 100'000 kil. Je ne connais aucun sportif qui accepte de tout arrêter là-dessus. Pour moi, ça a été un défi de plus. J'étais vraiment tout en bas et je suis remontée. C'est là que tu te rends compte que d'autres personnes sont là qui t'aident et s'investissent pour toi: toubib, physio. C'est une autre équipe qui t'entoure. Durant un certain temps, le physio devient la personne la plus importante.
- Pour retrouver le haut niveau, il faut...
- ...Une force de caractère, oui. Elle vient et se consolide avec l'âge, qui fournit plus d'armes pour communiquer avec le staff médical. C'est le clé pour un retour. C'était un épisode dans ma vie. Avec le recul, je me dis que j'ai été assez épargnée et c'est une grande chance.
- Vous parlez de l'âge. En prendre, est-ce un sujet d'inquiétude pour vous?
- Non, ça ne m'inquiète pas mais je me dis que d'être une femme en 2018, ce n'est pas facile. J'ai commencé tardivement à travailler. J'envisage de fonder une famille. J'ai déménagé. J'ai envie de faire plein de choses. Oui, j'aimerais avoir 25 ans pour bénéficier de plus de temps pour mettre des tas de choses en place. Une mère au foyer en 2018? C'est ringard.
- La faute à la société d'aujourd'hui où tout va trop rapidement...
- ...oui dans la mesure où on est censé où on doit accomplir beaucoup alors que le temps manque. Mais comme des millions de personnes je m'adapte et je trouve ça passionnant, de pouvoir se dire qu'on a devant nous beaucoup d'opportunités, que ça vaut la peine de les saisir. Par exemple, je suis ambassadrice de manifestations sportives. Le choix se porte sur des événements qui me touchent. Par dessus tout, j'aime les contacts humains.

Un rythme à (re)trouver

- Êtes-vous (déjà) nostalgique?
- Pas encore, j'ai tellement de choses à découvrir. Je vis une nouvelle période très enrichissante parce que j'apprends tous les jours et plus qu'avant énormément de choses. Je vis au jour le jour et de ce côté-là, il n'y a pas de changement.

- Continuez-vous à pratiquer le sport?
- Même si je sais qu'il n'est pas naturel de ne rien faire et que tu as ce droit, il m'est difficile de refaire du sport. Aujourd'hui encore j'ai de la peine à trouver mon rythme. Je n'ai pas encore assimilé le sport plaisir. Bon, le temps me manque, mais ce n'est pas lui qui est en cause. Dans ma vie, y'a tout qui est chamboulé. Avant, je recevais tout sur un plateau. Je maîtrisais tout. Aujourd'hui, les contours ne sont plus du tout les mêmes. L'investissement est personnel. J'ai quitté ma zone de confort.

À Meyrin depuis janvier

- Depuis le mois de janvier, vous travaillez à l'Hôpital de La Tour, à Meyrin.
- Oui, à 80%. C'est le Dr Boris Gojanovic (ancien basketteur) qui m'a contacté. Je travaille avec les médecins du sport. Je suis au bénéfice d'un master en sport performance. Je suis hyper sensible à tout ce qui à trait à la santé.

- Quelle est votre fonction?
- Ma fonction, c'est coordinatrice-santé-performance. C'est la nouvelle médecine dans laquelle les corps de métier travaillent ou collaborent davantage ensemble. Je travaille avec des médecins, des diabétologues, des physios. On a différent type de patients avec des profils différents, des sportifs d'élite ou pas, lesquels souffrent de blessure, chronique ou diverse, En collaboration avec les médecins, j'élabore des programmes de remise en condition; mais je fais aussi de l'administratif. Pour moi, le médicament no 1, c'est l'activité physique. Un projet est à l'étude : il concerne la prise en charge des enfants (physio).

- Pourriez-vous retrouver le milieu de l'athlétisme, y entraîner des jeunes?
- Oui, pourquoi pas mais plus tard, au niveau de l'encadrement dans un centre de performance. J'espère redonner un jour ce que j'ai reçu et appris.

- Vous avez toujours vécu dans la nature...
- ...Et ça continue. Je ne pourrais pas vivre en ville.

Palmarès

Ellen Sprunger est née le 5 août 1986 à Nyon.
14 fois championne de Suisse (10 titres en salle et 4 en plein air).
2 participations aux JO.
Londres en 2012. 17e de l'heptathlon (6107 points)
Rio en 2016: séries du 4x100m (43"15).
2016: 4e des Européens (4x100m, en 42"48, dans le même temps que l'Allemagne, 3e). La composition du relais suisse : Del Ponte, Atcho, Ellen Sprunger, Kora.
2014: 13e des Européens à Zurich (heptathlon, 6082 points) et finale du 4x100m, disqualification, perte du témoin au départ par Mujinga Kambundji, première relayeuse.
2013: 13e des Mondiaux à Moscou (heptathlon, 6081 points).
2012: 6e des Européens à Helsinki (4x100m, 43"61).
2004: 12e des Mondiaux juniors à Grosseto (heptathlon, 5309 points).
Son record personnel sur 200m: 22"89.

Ses records en heptathlon: 100m haies (13''35), hauteur (1,73m), poids (13,42m), 200m (22"89), longueur (6,24m), javelot (46,83m), 800m (2'12"93). Total: 6124 points.

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Jacques Wullschleger

 

Un fou de sport. Et le mot est faible. Jacques Wullschleger  a consacré sa carrière au journalisme sportif, d’abord pour la «Feuille d’avis de Lausanne» (devenue «24 heures») dès 1972, puis au «Matin» dès 1984. Son palmarès parle pour lui: plusieurs Coupes du monde de football, des Tours de Romandie et d’innombrables championnats de hockey, tennis, natation, patinage artistique… Au final, des milliers d’articles, mais aussi des événements et des rencontres qui ont marqué l’homme.

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