Elles ont osé! 

Mécanicienne de locomotive, garde forestière, chauffeur poids lourd ou conductrice de trolleybus, elles aiment leur travail. Portrait de quatre femmes qui ont rejoint des métiers exercés en majorité par des hommes.

En matière de choix professionnels et de filières d’études selon le sexe, les choses ont peu évolué en Suisse au cours des vingt dernières années.
D’après les indicateurs de l’égalité entre femmes et hommes de l’Office fédéral de la statistique (OFS), les jeunes hommes choisissent encore plus souvent un métier et un cursus techniques que les femmes. Les Suissesses, quant à elles, se dirigent plutôt vers le domaine de la santé, les sciences humaines et sociales, le travail social et l’enseignement. Il y a des exceptions: selon l’OFS, les jeunes femmes optent plus souvent qu’avant pour des professions et filières typiquement masculines. C’est le cas de Marisa Grolimund (25 ans), qui a décidé à 20 ans d’entamer une formation de mécanicienne de locomotive (voir interview ci-dessous).
De manière générale, la part des femmes actives en Suisse est élevée, atteignant 78% en 2013 chez les 15- 64 ans, contre 68,2% en 1991 (chez les hommes: 91,1% contre 88,6%). L’une des raisons de cette progression est probablement le fait que de nombreuses femmes actives (6 sur 10) profitent de la possibilité de travailler à mi-temps.

Formation professionnelle:
 la part des femmes*

Santé 92,6 %
Services sociaux 90,3 %
Services aux particuliers 62,2 %
Commerce et administration 59,9 %
Arts 57,9 %
Industrie de transformation 29,8 %
Agriculture et sylviculture 21,3 %
Architecture et bâtiment 12,9 %
Informatique 7,8 %
Ingénierie et techniques 5,6 %

* Parts des élèves de sexe féminin de moins de 20 ans en 1re année d’une formation. Sans le Tessin.

Source: Office fédéral de la statistique

Marisa Grolimund: «Ma fascination pour les locos est encore plus grande» 

Image inhabituelle: les CFF emploient au total 2500 mécaniciens de locomotive et seulement 80 mécaniciennes, dont Marisa Grolimund (25 ans), ici aux commandes de la locomotive Coop «Ma région».

Coopération.  Vous êtes l’une des rares femmes à exercer un métier dont rêvent beaucoup de garçons. Comment est-ce?
Marisa Grolimund. Il y a une certaine routine, comme dans chaque métier. Mais ma fascination pour les locomotives, la technique, les machines lourdes, rapides et puissantes, est aujourd’hui encore plus grande.

Technique et machines rapides, cela fait plutôt penser aux voitures…
Les locomotives sont bien plus complexes. De plus, sur le nouveau tronçon entre Rothrist et Berne Mattstetten par exemple, nous pouvons rouler à 200 km/h avec une charge remorquée pouvant atteindre 700 tonnes.

Votre métier fait souvent rêver. Pourtant, tout est une question de seconde et votre poste de commande est très technique.
Oui. Pour conduire une locomotive, il faut avoir de solides connaissances techniques et savoir réagir dans l’urgence. S’il y a une panne, le chef de circulation du poste d’enclenchement et le personnel du train m’appellent en même temps. C’est à moi de juger si je vais pouvoir réparer la panne, voire redémarrer tout le système. Dans ces moments-là, on est loin de l’image romantique du conducteur de loco. Et pourtant…

… et pourtant?
Quand je roule par nuit de pleine lune et que la locomotive entre lentement en gare, c’est magique.
Vous a-t-on transmis cette passion de la locomotive dès votre plus jeune âge?
Oui. Mon père n’est pas mécanicien de locomotive, mais il a aussi travaillé aux CFF, dans le domaine technique. Enfant, je lui ai souvent rendu visite lors des journées portes ouvertes et je lui dois probablement cet intérêt pour la technique.

L’intérêt pour la technique ne suffit donc pas?
Ça ne fait pas tout. Pour exercer ce métier, il faut avoir la «matu» ou, comme dans mon cas, une formation professionnelle achevée. Ensuite, il y a la phase de sélection: les compétences en informatique, la résistance au stress, la capacité de réaction et de coordination jouent un rôle décisif.
Aviez-vous un plan B en cas d’échec?
Pas vraiment, mais je suis passionnée de vol à voile. Un métier dans le domaine de l’aviation m’aurait donc intéressée.

Les bons côtés de votre métier?
Mon autonomie. Je ne vois pas mon chef très souvent. Par ailleurs, j’assume volontiers des responsabilités. Et j’aime la technique, la vitesse et la locomotive proprement dite.

Et les aspects moins agréables?
C’est du sport de marcher pendant une demi-heure sur les voies à 4 h du matin pour rejoindre la locomotive, et cela exige d’aller se coucher tôt. Je passe plus de week-ends sur les rails qu’à faire la fête. Mais ça fait partie du jeu!

Ressentez-vous de la fierté quand vous êtes seule aux commandes?
«Fierté» n’est peut-être pas le bon terme. Mais c’est un sentiment fort de savoir que des centaines de personnes sont assises dans le train et comptent sur moi. C’est une grande responsabilité. Sans mécanicien de locomotive, le train reste à quai.

Est-ce que tous les trains se conduisent de la même manière?
Non, cela dépend de la longueur et du poids, de la météo et de l’âge de la locomotive. Si je dois conduire un ancien modèle par temps pluvieux, je peux répandre du sable sur les rails au démarrage, ce qui permet au train de mieux accélérer. Les locomotives modernes, en revanche, sont équipées d’un système antipatinage qui empêche les roues de patiner.

Y a-t-il des trajets plus agréables que d’autres?
Pas vraiment. Mais conduire l’Orient- Express est un moment exceptionnel. J’ai déjà eu l’occasion de conduire ce train mythique, de Bâle à Buchs, dans la vallée du Rhin.

Qu’est-ce qui le rend si spécial?
L’Orient-Express est équipé de nombreuses petites lampes, si bien qu’en se retournant avant un virage, on les voit briller à travers les fenêtres. A Buchs, on aperçoit les passagers se dégourdir les jambes en robe de chambre. Cette scène nous transporte à une autre époque.

América Croisier: «Chef de soi-même dans la nature»

Lorsqu’elle marque 
les arbres qui seront abattus, 
la garde forestière 
América Croisier réfléchit 
à l’impact sur la forêt. 

De la mégalopole de Mexico où elle a grandi, América Croisier (41 ans) vit dans la vallée de Joux depuis ses 16 ans. Amoureuse de la forêt, elle y a trouvé son orientation professionnelle. Après un apprentissage de forestier-bûcheron à la commune du Chenit (VD), elle a suivi les cours du centre forestier de formation de Lyss (BE) et y a obtenu son diplôme de garde forestier en 1998. Dans le canton de Vaud, il n’y a que quatre femmes qui exercent cette profession. América Croisier est d’avis que certaines y renoncent à cause du passage par l’apprentissage de forestier-bûcheron: «Ce n’est pas évident, mais à mon avis indispensable pour avoir les connaissances du terrain.» Depuis treize ans, en toute saison, elle travaille pour le groupement du Mollendruz, dans les bois du Jura vaudois. Sa mission: épauler les propriétaires (trois communes et plusieurs privés) dans la gestion forestière: «Je les conseille et ils décident.» Elle travaille la plupart du temps seule et en plein air. Cette situation lui convient bien. «Chef de soi-même dans la nature, c’est déjà pas mal», sourit-elle. Le martelage des arbres, c’est-à-dire leur marquage pour abattage, lui plaît énormément: «On ne décide pas juste de couper du bois comme le pensent certains, on doit beaucoup réfléchir car on a un réel impact sur la forêt, le paysage et la nature.» En choisissant de faire abattre des arbres, les gardes forestiers doivent prendre en considération les fonctions économique, biologique, sociale et de protection de la forêt.

Marie-Paule Monod: «Je ne savais pas ce qu’était un essieu au début…»

Depuis l’enfance, Marie-Paule Monod 
se dit que ce doit être sympa de conduire un camion. Elle en a fait son métier. 

Un poids plume qui conduit un poids lourd… Marie-Paule Monod (22 ans), d’Aubonne (VD), travaille comme chauffeur auprès de l’entreprise de transports spéciaux Friderici. Elle a achevé son apprentissage en juin dernier et y est restée. «Ce matin, je suis partie de Morat pour aller près de Bâle chercher un module d’école (ndlr: sorte de container) que j’ai livré à notre dépôt de Vernier», raconte la jeune femme. Chaque journée est différente: «On connaît le planning au dernier moment pour répondre aux demandes des clients. J’aime la variété, c’est super-intéressant.» Après une expérience dans un bureau, le travail plus concret de chauffeur lui convient mieux. Une plaque avec son surnom, «Maripe», orne la cabine de son camion. Mais pas de grigri ni de poster coquin! Les clichés, très peu pour elle. Il y a trois femmes – dont deux en formation – sur la centaine de chauffeurs de l’entreprise. «Avec les collègues hommes, ça s’est bien passé en règle générale. Il y a une équipe de jeunes assez ouverts», témoigne Marie-Paule Monod. Eléments de grue, module scolaire ou matériel de coffrage, il faut s’adapter aux marchandises à transporter. C’est à chaque fois un nouveau défi: «Ce matin, on a dû rallonger la semi-remorque surbaissée.» La vigilance est constamment de mise dans ce métier à responsabilité. La jeune femme a bûché ferme pour obtenir la théorie poids lourd et apprendre le métier: «Quand j’ai commencé, je ne connaissais absolument rien, je ne savais même pas ce qu’était un essieu… C’était dur de suivre les conversations! Il faut y aller et prendre ça à cœur.» 

Stéphanie Franco: «Le plus difficile? Gérer les gens qui râlent»

Conductrice de trolleybus sur les lignes de Genève, Stéphanie Franco  ne changerait 
de métier pour rien au monde!

Après avoir travaillé en magasin dans la vente, Stéphanie Franco (33 ans) de Thônex (GE) a opté pour un virage professionnel. Elle est entrée aux Transports publics genevois (TPG) il y a presque quatre ans. Elle s’y est formée pour conduire des trolleybus: «L’idée m’est venue après avoir parlé avec plusieurs conducteurs ravis de leur travail, dont une fille. Je me suis alors lancée, même si ma famille n’était pas très pour.» Elle ne le regrette pas: aujourd’hui, pour rien au monde elle ne changerait de métier; son entourage l’a bien compris et accepté. «Mes horaires varient entre les matins, les journées et les nuits. J’apprécie cette diversité.» De plus en plus de femmes conduisent aux TPG. Elles sont actuellement 91 sur 1158 (trolleybus, bus et trams). Selon Stéphanie Franco, il faut être suffisamment ferme en tant que femme pour être respectée: «On doit mettre une certaine distance avec les gens.» L’ambiance au sein de l’entreprise lui plaît: «On est très soudés. Si j’ai du mal à remettre une perche, un collègue vient tout de suite m’aider.» Le plus difficile au volant? «Il faut savoir rester calme. Quand il y a beaucoup de circulation ou un accident, il faut gérer les passagers qui râlent et ne comprennent pas toujours qu’on ne peut tout simplement pas passer.» Son métier nécessite beaucoup de concentration. Voitures, camions, scooters, piétons, vélos, une attention de tous les instants est de mise: «On apprend à être que dans le boulot. Impossible d’avoir la tête ailleurs.»         

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Textes: Franz Bamert, René Schulte, Joëlle Challandes

Photo:
Heiner H. Schmitt
Publication:
lundi 28.04.2014, 00:00 heure

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