Ugo (8 ans), de Penthalaz (VD), s’est rapidement pris au jeu de la quête des paillettes. C’est Julien (à droite), un ami, qui lui a fait la surprise de suivre un cours d’initiation à l’orpaillage: «L’occasion de faire une activité qui sort de l’ordinaire!»

En quête de paillettes les pieds dans l’eau  

Il y a de l’or dans plusieurs cours d’eau de Suisse. Dans l’Aubonne, 
Patrick Jan donne des cours d’initiation à l’orpaillage aux enfants et aux adultes. Avec un peu de patience et des gestes respectés, chacun en repart 
avec de l’or dans sa pipette! Reportage sur ce métal précieux venu des étoiles.

Les Incas considéraient l’or comme les larmes du soleil. Ils avaient compris bien avant les physiciens que ce métal noble est d’origine extraterrestre (lire plus bas). «L’or est précieux parce qu’il est rare, coloré, malléable et inoxydable. D’un point de vue économique, il s’agit d’une valeur refuge, reconnue universellement», résume le géologue Nicolas Meisser.

Batée entre les mains, 
Patrick Jan apprend à ses élèves 
à effectuer les bons gestes. 

Fabriquer de l’or ou dégoter une pépite, un rêve im-périssable… De nombreux hommes se sont cassé les dents durant la ruée vers l’or, au XIXe siècle. Convaincus d’avoir mis la main sur des kilos de cet élément, certains se sont crus richissimes, mais se sont fourvoyés. Ils ont confondu l’or avec la pyrite, un minéral doré qui ne valait presque rien à l’époque du point de vue pécuniaire. Depuis, on en parle comme de l’or des fous. «Certains ont perdu la boule et ont mal fini au saloon», raconte Patrick Jan (46 ans).

Sébastien (5 ans) fait ses premiers pas d’orpailleur.

Ce chercheur d’or de Préverenges (VD) a la tête sur les épaules: «En Suisse, on trouve en moyenne 1 gramme d’or par jour.» Pas question donc de s’enrichir avec l’orpaillage dans notre pays. Cette activité y est soumise à autorisation. L’homme est un passionné: «Ça me vient de l’enfance, des films de western que je regardais à la télé.» L’orpaillage ne l’a jamais quitté depuis. Pour gagner sa vie, Patrick Jan initie le grand public à cette discipline. Depuis cinq ans, il donne ses cours dans l’Aubonne, une rivière qui prend sa source au pied du Jura, à Bière (VD), et se jette dans le lac Léman.

L’orpaillage, au même titre que le canyoning ou le rafting, a un impact sur l’habitat d’un cours d’eau. «On peut le limiter en marchant au bord plutôt que dans l’eau pour se rendre sur la zone choisie», indique le biologiste Jean-François Rubin, président de la fon-dation La Maison de la Rivière de Tolochenaz (VD). L’orpaillage serait selon le spécialiste particulièrement dommageable entre janvier et mars, au moment de la reproduction des poissons.
Durant la belle saison, le dérangement est moindre. «La situation ne pose pas de problème au niveau chimique en Suisse. En revanche, l’orpaillage industriel, en Amazonie par exemple, a recours au mercure. C’est dévastateur pour l’environnement», regrette le biologiste.

Il présente ses plus belles trouvailles, des pépites découvertes dans 
plusieurs cours d’eau de Suisse. 

Nous sommes six adultes et trois enfants ce samedi après-midi ensoleillé à avoir rendez-vous avec Patrick Jan à l’entrée de l’Arboretum d’Aubonne.
Il nous équipe de bottes, de pelles, de gants et de batées, ces récipients en plastique semblables à des plats à fruits. Sans oublier le plus encourageant, une petite pipette. A nous l’or… L’excitation se fait sentir!
En descendant en direction du cours d’eau, nous nous arrêtons en forêt pour écouter la partie théorique. Patrick Jan nous parle des placers alluviaux (de l’espagnol placer, qui signifie plaisir), formés le long des rivières et constitués par les apports successifs d’alluvions transportées par les eaux. Il nous précise quels endroits du lit d’une rivière regorgent de paillettes. Rien ne sert de chercher de l’or en plein courant!

«

Actuellement, 1 kilo d'or vaut près de 36'000 francs»

Il y a de l’or dans plusieurs régions de Suisse. Patrick Jan nous montre ses plus belles trouvailles, des petites pépites qu’il a découvertes au fil des ans dans l’Aubonne, mais aussi l’Allondon (GE), l’Areuse (NE), l’Orbe (VD) et le Rhin, à Disentis (GR): «J’aimerais bien trouver une grosse pépite un jour. Je pense que je ne la vendrais pas! Il m’en faudrait plusieurs pour en vendre une!»
Actuellement, 1 kilo d’or vaut près de 36 000 francs. Patrick Jan explique qu’on pourrait obtenir jusqu’à dix fois ce prix si on avait une belle pépite à vendre, trouvée en Suisse à l’état naturel. «Si c’est de l’or en provenance d’une région où il y a beaucoup d’extractions, aux Etats-Unis ou en Afrique, on pourra la revendre seulement cinq à six fois le prix de l’or», précise-t-il.

Concentrés, les apprentis orpailleurs écoutent les conseils.

Arrivés dans la rivière, nous apprenons à creuser, laver, malaxer, tourner la batée rapidement sur elle-même, la plonger et la replonger dans l’eau, d’avant en arrière et de gauche à droite. Rempli d’espoir, chaque apprenti orpailleur a les genoux pliés, le pieds dans l’eau et le nez plongé dans sa batée. «Je concrétise un rêve d’enfance», se réjouit le Chaux-de-Fonnier Eric Brugger, concentré sur les mouvements de bras qu’il exerce avec sa batée.
«On fait de temps en temps des grillades au bord de l’eau avec les copains. On s’est dit pourquoi ne pas essayer l’orpaillage», indique un peu plus loin l’Yverdonnois Mathias Beutler.

Genoux pliés, il faut d’abord laver le contenu d’une batée.

Les messieurs venus avec des enfants ont choisi cette activité afin d’être dans la nature et de vivre une aventure qui sort de l’ordinaire. C’est gagné! Pour Loïc, 9 ans, le plus dur était de creuser: «Les gestes, ça va.»
Avec patience et dextérité, après un ou deux essais, il ne reste que les minéraux lourds au fond de notre batée. Il n’y a plus qu’à faire passer un tout petit peu d’eau sur le sable noir. Et si on est chanceux, la magie opère: des paillettes d’or apparaissent! A la fin de l’après-midi, grâce à l’aide de l’orpailleur, chacun repart avec plusieurs paillettes dans sa pipette, en guignant le pactole des autres participants!

Infos, inscriptions aux cours d’initiation à l’orpaillage auprès de Patrick Jan: 079 363 05 09. Pour petits et grands (dès 7 ans), du premier week-end de mars au premier week-end d’octobre.

L’Association suisse des chercheurs d’or organisera les Championnats du monde d’orpaillage en juillet 2016 à Berthoud (BE): www.goldwaschen.ch

Constituant de la matière

L’or est apparu une seule fois sur Terre

Avec dextérité, on ne garde dans sa batée que sable noir et or!

Elément chimique, l’or est l’un des constituants de la matière, au même titre que l’oxygène. Les chercheurs ont expliqué son origine par la nucléosynthèse, un phénomène observé dans les étoiles. «A un moment donné, les étoiles s’éteignent, la matière se disperse dans une gigantesque explosion et un nouveau cycle stellaire commence. Les étoiles se succèdent, elles explosent et se recondensent sur des milliards d’années! Plus ces cycles sont importants, plus les atomes lourds comme l’or vont apparaître», indique Nicolas Meisser, conservateur de minéralogie et pétrographie au Musée cantonal de géologie à Lausanne.
L’or est apparu une seule fois sur Terre, mais il est probablement le fruit de l’explosion de plusieurs étoiles. Le cycle géologique terrestre de l’or dure près de 100 millions d’années! «De pépite dans une rivière, il va devenir de plus en plus fin, finir dans un lac, s’accumuler au fond de la mer, puis se concentrer à nouveau dans les roches. Ces dimensions temporelles incroyables donnent le vertige», soupire le conservateur.

Les terres exploitées par John Sutter
ont inspiré Blaise Cendrars

La ruée vers l’or aux Etats-Unis (XIXe siècle).

La ruée vers l’or a beaucoup inspiré le cinéma, la BD et la littérature. Pour son roman «L’or» (1925), Blaise Cendrars (né Frédéric Louis Sauser à La Chaux-de-Fonds) s’est inspiré de l’histoire de Johann August Suter. Né en 1803 à Kandern, petite ville allemande située à une vingtaine de kilomètres de Bâle, cet homme a fait une partie de ses écoles à Saint-Blaise (NE). Après un apprentissage à Bâle dans l’imprimerie et l’édition, il a été commis en magasin et il est devenu sous-lieutenant dans la milice bernoise.
En 1834, après la faillite de son commerce, Johann August Suter quitte sa famille et émigre aux Etats-Unis. Du Missouri à l’Alaska en passant par l’Oregon et Hawaï, cet aventurier devient John Sutter et continue de boulonner dans les affaires. Alors que la Californie est encore mexicaine, il fonde en 1840 dans la vallée de Sacramento la colonie de la Nouvelle-Helvétie, qu’il développe autour de l’agriculture et du commerce. Début 1848, un événement bouleverse la colonie: une mine d’or y est découverte! Elle entraîne un afflux massif de chercheurs d’or. John Sutter confie sa colonie à son fils John A., fraîchement arrivé aux Etats-Unis. Ce dernier participe à la fondation de la ville de Sacramento.

Source: «Dictionnaire historique de la Suisse». Bernard Degen / EVU.

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Joëlle Challandes

Rédactrice

Photo:
Patrick Gilliéron Lopreno
Publication:
lundi 09.06.2014, 10:00 heure

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