Enfants et parents dorment ensemble  

Pour des raisons pratiques ou par habitude, des parents partagent leur lit avec leurs enfants. Le «cododo» fait débat. Avis de psychologues, témoignages de familles.

Oui au cododo

«C’est très pratique et aussi un plaisir»

Florian a 4 mois. Il passe ses nuits aux côtés de ses parents, Jennifer et Michaël.

Jennifer Greber (26 ans), de Senèdes (FR), est maman de trois enfants. D’une première union, elle a une fille de 7 ans et un garçon qui va avoir 4 ans. Avec son compagnon, Michaël Thomet (31 ans), elle a eu Florian (4 mois). Leur bébé dort dans leur lit. «C’est très pratique de faire du cododo. Quand bébé se réveille je l’allaite et on se rendort tous les trois. Les deux grands ont ainsi aussi des bonnes nuits dans leurs chambres, sans entendre les pleurs de bébé». Elle précise qu’en plus elle aime se réveiller à côté de son enfant, qui la regarde tendrement et lui sourit. «J’ai besoin d’en profiter. Le stade bébé à enfant passe tellement vite. Il aura tout le temps d’apprendre à faire les choses seul.» Lorsque Florian fera ses nuits, il intégrera sa chambre. Le papa vit bien cette situation. Il se dit ni frustré ni vexé: «On dort tous bien, c’est important. Ma compagne l’a porté en elle durant neuf mois, ce n’est pas évident de le parachuter dans une autre pièce du jour au lendemain. Elle m’a clairement demandé de lui dire le jour où je n’aurais plus envie de faire du cododo.» Le couple précise que leur intimité est préservée: «Il y a des moments et des pièces pour tout! Une mère est aussi femme et amante. Juste après une naissance le côté maternel prend le dessus et de fil en aiguille on compile les facettes», sourit Jennifer.

Non au cododo, sauf si…

«Il a eu le rhume ces derniers temps, alors on l’a pris dans notre lit»

Corinne et David avec leur fils Théo qui, enrhumé, a dormi dans le lit de maman et papa.

Théo a 16 mois. C’est le premier enfant de Corinne Guilloud (33 ans) et David Pala (38 ans), d’Yvorne (VD): «On a de la chance, il a très vite fait ses nuits.» Malgré tout, pour Corinne, ça a été difficile au
début de se séparer de son bébé la nuit. «J’avais peur de la mort subite du nourrisson. J’aurais aimé qu’il soit à côté de nous. Plein de gens nous l’ont déconseillé, dont les parents de mon compagnon. Ils l’avaient pris dans leur lit petit et ils s’en sont mordu les doigts car ils ont eu ensuite du mal à le faire à nouveau dormir dans le sien», raconte-t-elle. Théo dort donc dans sa propre chambre et tout se passe bien: «Je ne me fais plus de souci maintenant», assure la maman. Pour David, c’était une évidence que son fils ait son lit et sa chambre: «On est juste à côté si quelque chose ne va pas.» Il constate que Corinne s’est fait plus de soucis que lui: «Elle l’a porté pendant neuf mois, je comprends qu’elle ait un lien très fort avec lui. Je ne peux pas ressentir tout ce qu’elle peut ressentir.» Il arrive que le couple déroge à la règle: «Ces derniers temps il avait le rhume et il ne voulait pas dormir dans son lit. On l’a pris avec nous. Il a bien dormi mais pas nous!»

Non au cododo

«Ça a été très vite clair pour nous»

Myriam et Bruno Filipe avec leur fille Melissa, qui a toujours bien dormi dans sa chambre.

Melissa aura 1 an mi-novembre. Elle a son lit et sa chambre, ses parents Myriam (31 ans) et
Bruno Filipe Veloso (28 ans) leur lit et leur chambre: «On avait décidé qu’il en serait ainsi avant même d’avoir des enfants. On a nous-mêmes été élevés de cette manière et ça a été clair très vite. Nous tenons à notre intimité», explique ce couple d’Apples (VD). Leur fille dort bien: «La nuit n’a jamais été un problème. Les pleurs du soir ont été plus difficiles à gérer. Heureusement, j’ai eu une sage-femme géniale qui m’a beaucoup soutenue. Je suis quelqu’un de craintif et j’avais toujours peur de faire faux», se souvient Myriam. Comme tout s’est bien passé avec Melissa, elle n’a jamais été tentée de la garder avec elle la nuit. Elle et son mari espèrent qu’ils en resteront à cette manière de procéder s’ils ont d’autres enfants. Une fois le matin venu, la famille se retrouve. Maman ou papa va chercher Melissa et joue avec elle en attendant que le biberon soit prêt. Et le dimanche matin, c’est l’occasion de flâner tous les trois dans le lit parental.

Reportage

Quand les enfants ne font pas leurs nuits, les parents s’épuisent. Certains pratiquent le cododo. Le couple – ou juste la maman – dort avec son ou ses enfants.
C’est le cas de Mélanie*. Elle a deux filles, de 2 ans et demi et 4 mois. Elles dorment toutes les trois, dans un lit spécialement aménagé pour le cododo, avec des barrières de sécurité. «Je couche les filles, je passe la soirée tranquille avec leur papa et je les rejoins ensuite», explique cette maman. Son aînée a passé six jours en néonatologie. Cette séparation a été un choc pour Mélanie, qui a rapidement dormi avec sa fille. Son mari n’a pas bien pris l’idée au début. Sa compagne lui a expliqué pourquoi c’était important pour elle: «Je dors bien et comme ça je suis en forme le lendemain. C’est mieux que de passer des nuits quasi blanches et d’être énervée le lendemain. Cette situation aide au bien-être de la famille. Dès que la grande demandera à dormir seule elle ira dans sa chambre.»
Pour la psychologue et psychothérapeute Nathalie Cherpillod, qui a travaillé en néonatologie, le sommeil est lié à la culture de chaque parent, au niveau individuel, familial et sociétal. Tant qu’il n’y a pas de signe de souffrance du côté des parents ou des enfants, elle ne voit pas de problème à pratiquer le cododo, du moins durant les premiers mois de vie de bébé: «A chaque famille de réfléchir à la gestion du sommeil, idéalement avant de devoir y répondre dans l’urgence.» Elle rappelle qu’on n’endort pas un enfant, mais qu’on peut favoriser son endormissement avec les doudous, les berceuses et les histoires. Elle précise que les bébés ont besoin d’être entourés, contenus dans leur berceau. «S’il y a beaucoup de réveils nocturnes, les parents peuvent faire un calendrier des pleurs, histoire de mesurer leur temps réel, parfois en-dessous de leur ressenti.»
Elle souligne l’importance de ne pas utiliser le lit de l’enfant comme une punition. «J’encourage les parents à ne pas penser seulement à aujourd’hui mais à demain, en favorisant les moyens d’autonomie pour qu’un enfant puisse s’endormir seul.»

«

J’encourage les parents à penser aussi à demain»

Dormir seul, un apprentissage? «Outre l’acquisition de connaissances et de compétences pratiques, l’apprentissage de la capacité à réguler son état émotionnel et à prendre soin de ses besoins physiologiques par soi-même est un aspect essentiel du développement», répond la psychologue et psychothérapeute Pernette Steffen. Elle explique que l’attachement entre l’enfant et les personnes qui prennent soin de lui devrait être le support qui encourage l’exploration du monde extérieur, à l’image du fait qu’être encordé permet d’escalader une montagne escarpée: «C’est dans cette nuance que se joue la différence entre ce qui est sain et ce qui peut devenir pathologique avec le partage de lit.» Aux yeux de Pernette Steffen, la grande source de dérive possible est que les parents agissent plus en fonction de leurs besoins qu’en fonction de ceux de leurs enfants.
Elle précise que la question du partage de lit revient assez fréquemment dans les consultations pour enfants en âge scolaire: «Il arrive que les pères soulèvent le problème, à juste titre. Ils ont un rôle de tiers séparateur. Lorsqu’un père est décidé à remettre l’enfant dans sa chambre, c’est-à-dire à sa place, généralement ça fonctionne, pour autant que la mère joue le jeu.» Cette séparation peut être pénible: «Sur le moment, instituer un changement est plus difficile, mais sur le long terme, laisser les choses se faire coûte plus d’efforts.»
La psychologue invite tous les parents à avoir une discussion à froid pour se mettre d’accord sur la manière de gérer le sommeil, de l’expliquer à l’enfant et de se montrer cohérents quant aux décisions prises.


* prénom d’emprunt

Cododo: bonne ou mauvaise idée?

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Joëlle Challandes

Rédactrice

Photo:
Charly Rappo/arkive.ch
Publication:
lundi 28.10.2013, 13:00 heure

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