Le bédéiste Enrico Marini 
(48 ans) au Comix Shop 
de Bâle. Son palmarès? Trente ans de carrière dans 
la bande dessinée.

«Un Sherlock Holmes musclé»

Neuvième art Enrico Marini s’empare de Batman. Le premier tome de la bande dessinée sort ces jours. Rencontre virevoltante avec une pointure du dessin.

Bienvenue dans l’univers d’Enrico Marini. Le premier bédéiste européen à décocher une histoire originale de Batman. Le tome 1 de «The Dark Prince Charming» sortira le 3 novembre en français chez Dargaud et en anglais chez DC Comics, l’éditeur de Superman et de Wonder Woman. Un sacré challenge pour le Bâlois, connu pour être l’une des références de la BD dite réaliste. Imaginez, l’homme chauve-souris, maintes fois adapté au cinéma, est né en 1939, avant même Lucky Luke et Astérix. Jim Lee, bédéiste phare du chevalier noir, a déclaré en parlant d’Enrico: «Son imagerie riche et évocatrice, sa narration cinématographique et assurée permettent à Marini de nous offrir une histoire de Batman tout aussi classique et intemporelle que brillante par sa nouveauté et son audace.» De quoi démasquer l’auteur dans une interview!

Dessiner Batman, Enrico, c’est un rêve de gosse?
Oh, oui! Et je pense avoir abordé ce super-héros d’une autre manière. Que ça soit bien clair, je n’ai pas essayé de renouveler le genre, mais je l’ai fait avec ma vision, ma mise en scène en privilégiant peut-être d’autres choses que les Américains. DC Comics voulait que j’amène mon univers, ma technique, mes envies, mes idées, mon scénario et ça, c’est un cadeau!

Quel est le personnage de l’univers de Batman qui vous inspire le plus?
J’adore le Joker. C’est comme pour les acteurs, un bon méchant, c’est le comble, c’est génial. Il est très imprévisible et a énormément de personnalités en lui… On peut vraiment jouer, essayer des choses. Batman est beaucoup plus rigide, plus réservé. Le Joker, lui, est très émotif, très exubérant et jouissif!

Mais aussi très dangereux…
Oui, c’est un monstre. Mais j’ai essayé de le rendre un peu charmant. J’ai commencé par raconter une histoire de Batman et j’ai fini par aussi en raconter une du Joker!

Lire notre reportage sur l'École de bande dessinée de Genève
«

Batman est inspiré 
de Zorro, justicier vêtu 
de noir, et du vampire»

L’une des protagonistes de votre aventure s’appelle Mariah Shelley, référence avouée à l’auteur de Frankenstein!
Oui. Batman est devenu un roman graphique populaire, qui remplace les nouvelles fantastiques. Ses créateurs se sont inspirés de Zorro, justicier masqué vêtu de noir, mais aussi du vampire. Dans mon histoire, il y a quelques allusions aux contes de fées. À La Belle et la Bête, par exemple. Batman est une sorte de créature enfermée dans son château, qui sort la nuit pour combattre le crime. Il prend un petit peu le rôle du prince charmant qui doit sauver la princesse, enlevée par un monstre, le Joker.

D’où votre titre, «Le Sombre Prince Charmant»?
Absolument. Cette connotation me fait parfois penser à Shrek ou tout bêtement au prince charmant, qui arrive toujours à la fin, juste pour embrasser la belle. On verra bien si mon Batman arrivera à temps!

L’influence des comics de super-héros sur votre style graphique est importante, non?
Oui, je lisais Batman, Spider-Man, Captain America ou encore Hulk avant même de découvrir toute la diversité de la bande dessinée franco-belge.
Les comics, tout comme les mangas d’ailleurs, ont marqué ma jeunesse avec des personnages très physiques, très acrobatiques!

Ce qui m’a aussi marqué dans votre Batman, c’est la dose d’humour, qui manque parfois cruellement au genre!
À la base, l’histoire n’est pas drôle; elle est même très sordide. Mais j’ai besoin d’avoir un peu d’humour dans mes histoires, parce que j’ai du mal à rester trop sérieux, trop longtemps. Il y a surtout des personnages qui te le permettent et avec le Joker, je ne pouvais pas le faire autrement!

Avez-vous une philosophie qui vous accompagne?
Rien n’est gagné d’avance! Il faut bosser pour arriver à un résultat convaincant.
La bande dessinée est un travail qui demande beaucoup de temps, surtout si on la compare à la vitesse à laquelle on la lit! Il faut quotidiennement mettre la main à la pâte. Je travaille entre six et dix heures par jour (dessin, mise en scène, couleur, écriture) et cela, sept jours sur sept. Bien sûr, je diminue tout de même le rythme le week-end!

Et la philosophie de Batman?
Chasser le crime de sa ville. Par ses capacités physiques et par son intelligence. C’est tout de même un type brillant, une sorte de Sherlock Holmes musclé! Il fait aussi cela à l’aide de ses gadgets, qu’il peut créer, construire ou se procurer grâce à son argent. C’est une tâche pratiquement impossible et il en est conscient. Il n’y arrivera probablement jamais, mais tant qu’il est là, il va tout faire pour que les criminels ne puissent pas dormir!

C’est un peu une fatalité, non?
Oui, il est aussi un peu psychopathe. Il y a le Joker, mais Batman est également un peu fêlé! Avec toutes les aventures qu’il a vécues, il devrait déjà être mort mille fois. Et d’un autre côté, il a réalisé des exploits impossibles. Normalement, un gars comme ça, on l’interne dans un asile psychiatrique!

En fait, votre métier de bédéiste vous permet aussi d’entrer dans la peau des personnages que vous dessinez, n’est-ce pas?
Oui, on est un peu comme des acteurs. On passe aussi derrière la caméra pour choisir le plan qu’on va montrer. Depuis toujours, c’est ça qui m’intéresse: entrer dans le rôle des personnages. Et aussi dans le rôle du Joker. Parfois j’utilise même le miroir pour faire des grimaces et m’aider à dessiner. Si on n’entre pas dans la tête ou la peau des personnages que l’on dessine, on ne les comprend pas. On ne sait pas trop quoi en faire. Il faut également savoir comment les situer dans une pièce ou dans un décor. Tout comme il faut comprendre le décor et ses dimensions.

Bruce Wayne (alias Batman) est milliardaire, donc à coup sûr un fin gourmet. D’après vous, quel est son plat préféré?
J’imagine que c’est le homard, parce que c’est un gosse de riche. Son majordome lui prépare son repas, mais comme il est toujours en train de combattre le crime, il doit le réchauffer!

Et vous, quels mets vous donnent des super-pouvoirs?
J’ai longtemps cru que c’était les épinards, mais mes parents me faisaient marcher!

Quels sont vos plats préférés dans votre attirail de super-héros?
J’adore la cuisine italienne,la manger et la cuisiner. Les plats les plus simples sont parfois les meilleurs: la cuisine toscane assez épicée, les tomates-mozzarella, le poisson, le riz et la cuisine thaïlandaise. Les tomates font partie de ma cuisine quotidienne!

Si vous n’aviez pas fait de la bédé, quel aurait été votre job?
J’ai commencé à dessiner à 4-5 ans. Si ça n’avait pas été la bande dessinée, j’aurais peut-être tenté ma chance comme animateur chez Disney. Ça aurait de toute façon été en rapport avec le dessin ou quelque chose de créatif! Peut-être la musique, mais je n’en fais malheureusement pas, j’étais tellement occupé à dessiner… Ou alors danseur de claquettes ou acteur de films muets!

Autodidacte et fer de lance

Le bédéiste Enrico Marini, lors 
de notre interview à Bâle, devant 
ses deux séries à succès: 
«Le Scorpion» (2 millions d’albums 
vendus) et «Les Aigles de Rome» 
(500  000 albums vendus).

Enrico Marini (48 ans) a grandi et vit dans la région bâloise. De nationalité italienne, il est l’un des fers de lance de la bande dessinée franco-belge dite réaliste. À 17-18 ans, il publie son premier album. Depuis, il a évolué dans de vastes univers: western («L’Étoile du Désert»), futur proche («Gipsy»), gothique avec vampires («Rapaces»), roman de cape et d’épée («Le Scorpion») ou encore Antiquité («Les Aigles de Rome»). Sous l’égide de DC Comics et Dargaud, il publie le tome 1 de «Batman: The Dark Prince Charming» le 3 novembre, dont il signe aussi bien le scénario que les dessins et la couleur. Une première pour un bédéiste européen. Le second tome paraîtra en été 2018. 

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Alain Wey

Rédacteur

Photo:
Pino Covino
Publication:
lundi 30.10.2017, 13:50 heure



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