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Jacques Wullschleger
écrit le 20.09.2016 dans Athlétisme


Eticha Tesfaye, ancien marathonien

Eticha Tesfaye : papa et maman, à la fois. Sur son passeport suisse, qu’il a obtenu en 2011 après de très nombreuses demandes, voire interventions, il est Eticha Tesfaye. En Ethiopie - il est un Oromo -, son nom est Tesfaye Eticha. L’inversion est culturelle.

A l’école, distante de 8 km de la maison qu’il occupait, il était un bon élève. «J’aimais bien les mathématiques», dit-il avec le sourire ; un sourire qui ne le quitte presque jamais. «A l’école, poursuit-il, j’y allais en courant, comme beaucoup de petits Africains, et je rentrais à la maison, toujours en courant. Voilà pourquoi on est si forts, en athlétisme, dans le fond et le demi-fond.»  Après l’école, Tesfaye Eticha gardait les vaches, travaillait la terre avec ses parents, agriculteurs.

Un jour, il a quitté son pays, l’Ethiopie, parce que la vie n’était pas simple et la situation assez compliquée. Arrivé en Italie, il a rallié la Suisse en voiture «Par hasard». Un pays qu’il aime, une Suisse qui l’a adopté, un pays qu’il n’a plus quitté, sauf pour courir hors de ses frontières. «J’ai toujours des contacts avec mon pays d’origine. L’hiver, avec mon groupe d’athlètes on s’y rend parce que les conditions d’entraînement son excellentes. Addis-Abeba est à 2355 m d’altitude. Pour emmagasiner des globules rouges, il n’y a rien de mieux. Les montagnes culminent à 3000 mètres. Il y a de belles forêts. C’est vraiment idéal.»

Parce qu’elle ne se plaisait pas en Suisse, la maman des deux filles d’Eticha Tesfaye, 12 et 10 ans, est retournée vivre en Ethiopie. En 2009. «Elle a connu des problèmes de santé, mais elle va nettement mieux, aujourd’hui. Nous gardons le contact», rassure-t-il. Si bien que Tesfaye Eticha assume le rôle de papa gâteau et celui de maman protectrice. «Je veille sur elles et à ce qu’elles mangent. On mange bio. Elles sont fit (il joint le geste à la parole). J’accompagne ma fille, qui a 12 ans, à l’école même si elle me dit : «Papa, je suis assez grande pour y aller toute seule.»  On s’y rend en marchant. L’école se trouve à 2 km de la maison. Je suis famille, très famille, comme tous les Africains. L’aspect social fait partie intégrante de ma personnalité et dans l’existence qui est la mienne ici, je fonctionne comme ça.» Ses filles sont des athlètes comme papa. «Comme moi, elles sont membres du Stade-Genève. Sur 1000 m, elles «valent» 3’16’’ (pour la plus grande) et 3’19’’. A son âge, elle est la meilleure. C’est pas mal.» A l’école, ses filles alignent les bonnes notes. «Tous les soirs, je contrôle leurs devoirs. Je suis dans le calme et pour la discussion. Entre nous, il n’y a pas de fâcherie. Avant le sport, il y a l’école, elles le savent. C’est pour ça qu’elles se distinguent partout.»

Dans le regard du père, il y a de la fierté.

Eticha Tesfaye est…

…entraîneur d’un groupe de coureurs de fond comprenant 5 à 6 athlètes. Parmi eux, il y a Julien Lyon, champion d’Europe par équipe sur le semi-marathon d’Amsterdam (c’était en juillet dernier). «L’hiver, on se rend à Addis-Abeba et l’été, en juillet et en août, à St-Moritz», dit Eticha Tesfaye en partance pour un nouveau stage.

Il aurait aimé, Eticha Tesfaye, représenter la Suisse, terre d’accueil, dans un grand événement. Il s’était préparé à tenter les minimas, à sa portée, pour le marathon des JO de Londres en 2012. Hélas,   il est tombé malade, à cause d’un virus qui l’a atteint aux yeux et au nez. Une infection gravissime. «J’ai passé 6 mois à l’hôpital. Je ne voyais plus rien. Aujourd’hui, je suis en bonne santé.» Cette forme revenue, additionnée à l’amour qu’il voue à ses filles en bonne santé, compense ce regret sportif, lié aux JO.

Il s’entraînait 2 fois par jour, 12 fois par semaine, pour un total de 220 km, hebdomadaire. «C’est fou !», lâche-t-il en regardant furtivement dans le rétroviseur. «Le sport est mon ADN, jamais je ne l’abandonnerai. J’ai toujours travaillé dans ce domaine, j’espère que ça continuera.»

Eticha Tesfaye court pour son plaisir, avec son groupe, ses filles. «Je pense encore valoir 2h30’ sur le marathon. La base est là.» Il sourit, dit qu’il a une amie, Helen Bekele, athlète de bonne valeur qui a gagné, entre autres, le marathon de Lausanne et qu’il est aidé par la Commune du Petit-Lancy dont il est un citoyen connu et reconnu.

A l’Hôpital cantonal de Genève, il a un ami, Grégoire, qui l’appelle. «Des patients ont parfois besoin d’un conseil, touchant un certain nombre de domaines que je connais bien. J’y vais, je prends plaisir à rendre service ; j’ai passé par là, je sais ce que c’est.»

Eticha Tesfaye est une belle personne, qui aime les gens. Ils le lui rendent bien. Au centuple.

Palmarès

Eticha Tesfaye est né le 27 juin 1974 à Woliso ou Waliso (Ethiopie)

Ancien marathonien.

Est arrivé en Suisse en 1998 (à Genève)

A été naturalisé suisse en 2011.

Ses hauts faits.

1994, 1er à Amsterdam.  1997, 5e à Rome. 2001, 2e à Dubaï. 2001, 5e à Paris et 9e à Berlin. 2002, 8e à Paris, 1er au marathon de la Jungfrau. 2003, 1er à Zurich, 2e à la Jungfrau. 2004, 2e à Zurich, 1er à la Jungfrau.  2005, 5e à Houston, 7e à Zurich, 1er à Genève, 1er à Bâle, 1er à la Jungfrau. 2006, 1er à Zurich, 1er à Genève, 1er à la Jungfrau. 2007, 1er à Genève. 2008, 7e à Zurich, 1er à Genève. 2009, 3e à Zurich.

A gagné à 7 reprises le Marathon de Lausanne : 1998, 1999, 2000, 2001, 2002, 2003, 2005

Son record sur le marathon : 2h 10’05’’, chrono obtenu au Marathon de Lausanne en 2003.

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Jacques Wullschleger

 

Un fou de sport. Et le mot est faible. Jacques Wullschleger (62 ans) a consacré sa carrière au journalisme sportif, d’abord pour la «Feuille d’avis de Lausanne» (devenue «24 heures»)dès 1972, puis au «Matin» dès 1984. Son palmarès parle pour lui: plusieurs Coupes du monde de football, des Tours de Romandie et d’innombrables championnats de hockey, tennis, natation, patinage artistique… Au final, des milliers d’articles, mais aussi des événements et des rencontres qui ont marqué l’homme.

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